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Changer la Guinée (partie III): Insurrection populaire, guerre civile et terrorisme(par Ourouro BAH).

juin 14th, 2015 | par Leguepard.net
Changer la  Guinée (partie III): Insurrection populaire, guerre civile et terrorisme(par Ourouro BAH).
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Changer la  Guinée (partie III): Insurrection populaire, guerre civile et terrorisme.

 

Quels sont les risques de guerre civile ou ethnique en cas d’insurrection populaire?

 

En 1976, durant la campagne de Sékou Touré contre l’ethnie peule – bien que  la mainmise totale du PDG sur le pays fut totale – les populations refusèrent de s’attaquer aux citoyens peuls. Il en est de même des évènements de 1985. Malgré les instigations du CMRN, des commerçants de toutes les ethnies vinrent au secours des malinkés dont les magasins étaient attaqués. Les soulèvements de 2007, 2006 n’avaient pas un caractère ethnique. La mutinerie des forces armées de 1996 avec l’arrestation de  Conté et le pilonnage du palais présidentiel, rassemblait la quasi-totalité de la troupe du camp Alpha Yaya. Plus dans le passé, le soulèvement de 1977 procédait d’un ras-le-bol généralisé tandis que la grève de 1961 était contre l’arrestation arbitraire des leaders syndicaux. Il faut remonter à 1956 et 1957 pour parler d’affrontements ethniques.  Même dans ces cas, les affrontements n’étaient pas du fait d’une animosité entre soussous et peuls. Sékou Touré, avec l’assentiment des colons, instigua les attaques contre les peuls. Une fois qu’il s’assura de la préparation de sa milice, il s’envola pour Dakar. Constatant la complicité des autorités coloniales avec les milices du PDG-RDA, les leaders peuls de l’époque organisèrent des  ripostes dont l’ampleur fut circonscrite dans le temps et dans l’espace.

En 2007, quand des foules s’attaquèrent  aux biens des dignitaires dans tout le pays, la radio nationale fit des insinuations pour accuser des coalitions malinkés-peuls (sic!), de peuls contre malinkés etc. La manœuvre n’eut aucun effet. L’échec du soulèvement de 2007 n’était pas dû à des divisions ethniques. Il faut le rappeler, à cette époque avec un Lansana Conté déliquescent, les guinéens croyaient avoir atteint le paroxysme de  la division ethnique. L’échec du mouvement populaire procéda de son caractère spontané. La faiblesse organisationnelle ouvrit la brèche  du  gouvernement de consensus au lieu du départ du président. Lansana Conté saisit l’occasion; la nomination du ministre dit de consensus l’aida à prolonger son règne et l’agonie du pays.

Dans tous les soulèvements populaires passés, la violence  – incluant  le viol des femmes – fut exclusivement  le fait des forces de sécurité. Ainsi, les risques d’affrontements ethniques que le RPG monte en épingle pour saborder l’idée d’insurrection populaire sont une fiction pour diluer la contradiction majeure entre  le peuple guinéen et ceux qui le gouvernent. En cas d’insurrection populaire en Guinée, les affrontements opposeront – comme par le passé –  d’un côté  des milices du gouvernement, une frange de l’armée et de l’autre côté  l’avant-garde de l’insurrection et des populations innocentes.  Aucune ethnie ne s’est jamais attaquée à une autre en Guinée. En plus, aucune ethnie en tant que telle ne s’est attaquée à un gouvernement. L’inverse s’est certes produit ; mais les ostracismes et les atteintes répétées des gouvernants à la cohésion nationale ont prouvé ne pas être des conditions suffisantes de guerre ethnique en Guinée. Ces constantes de l’histoire guinéenne doivent diffuser et enterrer les psychoses de la guerre ethnique. Elles pourraient en fait constituer le terreau de l’insurrection populaire.

Formes et risques de l’insurrection populaire

Il est certes hasardeux de prédire quand et comment une insurrection peut se déclencher. Il serait tout aussi futile de donner  des détails sur  des mesures éventuelles de contre-attaque du gouvernement ou des recettes pour y faire face. Mais, à l’intérieur d’une stratégie qui tienne compte du contour socio-historique de la Guinée, de l’environnement d’incertitudes et de culture répressive, des spéculations raisonnables sont possibles. Le rôle de l’avant-garde de l’insurrection est d’inventorier les divers scenarios qui pourraient prendre place et de s’y préparer. Seulement avec ce  recensement exhaustif pourrait-elle élaborer des mesures adéquates de contre-attaques et parer aux inévitables imprévus.

L’insurrection populaire prend forme  quand il y a convergence de frustrations émanant de groupes  sociaux divers. C’est le cas de la Guinée d’aujourd’hui. Cette convergence peut être orientée par une force d’avant-garde préalablement enracinée dans le paysage politique. Tel n’est pas le cas de la Guinée. Les régimes successifs se sont employés à détruire les embryons d’organisation civile, à dissoudre les institutions sociales et à diviser les populations.  Cela laisse la place à la forme non-organisée et non programmée de l’insurrection populaire qui a des faiblesses notoires. Toutefois, ces faiblesses peuvent être remédiées durant le processus insurrectionnel.  Le contexte et l’histoire de la Guinée laissent augurer que l’insurrection peut être déclenchée par des évènements d’allure anodine. Elle pourrait être initiée par les couches de la population cibles de la répression et de l’ostracisme du RPG dans des zones spécifiques de la capitale. Elle pourrait commencer à l’intérieur du pays. La proclamation des résultats des élections présidentielles pourrait être un des évènements déclencheurs. D’où et comment qu’elle émerge, pour remédier à sa faiblesse intrinsèque de spontanéité, l’insurrection  devra encourager la diversité des courants et rapidement multiplier les foyers d’action. Du fait de la généralisation des frustrations et du ras-le-bol des guinéens, cette multiplication des foyers insurrectionnels est tout à fait possible. Elle constitue la clé du succès. Elle obligera les forces répressives à mener des combats de longue durée et sur plusieurs fronts. Des gouvernements  et des forces répressives qui ont toujours usé de la ruse, de la division, du mépris des citoyens et de la brutalité ne sont pas préparés à un tel défi. La vulnérabilité et l’impopularité du gouvernement RPG relève des évidences. Sa capacité de nuisance et de répression en est d’autant plus sérieuse. Mais si du fait de son impopularité, le gouvernement va rapidement épuiser ses atouts. Il aura peu de jours pour jouer de  la division et empêcher l’émergence de plusieurs foyers de contestation. Ensuite, des arrestations  de boucs-émissaires pourraient être son seul recours. Dans un tel contexte, le processus insurrectionnel devra inclure la protection de l’avant-garde ainsi que des actions de longue haleine pour consolider le mouvement de façon progressive en mettant l’accent sur la réduction de la capacité de nuisance des forces de sécurité.

Les risques d’échec d’une insurrection populaire en Guinée ne viennent  donc pas des tensions entre ethnies ni de leurs éventuels affrontements qu’on agite à tout va. Les vrais risques sont avec des groupes organisés ou des personnes qui surgiront pour enfourcher le mouvement  populaire et profiter du désarroi pour se faire une carrière. Plusieurs scenarios sont possibles. Des groupes proches du pouvoir pourraient profiter des circonstances pour se débarrasser d’adversaires par des  règlements de comptes qui seront habillés de couleurs ethniques. Des crimes pourraient être commis contre des innocents et  imputés aux  insurgés – toujours avec la même  connotation ethnique. Les escouades du gouvernement pourraient perpétrer des assassinats contres des personnalités politiques – du gouvernement et de l’opposition – pour faire dérailler le mouvement populaire. Des clans au sein du RPG, pourraient écarter le président de la république qui devient de plus en plus encombrant et décrié, même à l’étranger. Cela leur permettrait de perpétuer le statuquo, préserver leurs privilèges et ne pas répondre de leurs crimes. L’atmosphère des tensions ethniques en Guinée n’est créée et entretenue que pour servir de paravent à ces manœuvres planifiées. La propagande  de RÉCONCILIATION NATIONALE est la partie visible de l’arsenal d’une stratégie plus large de dissimulation – derrière des conflits ethniques – de la culture d’impunité et de  violations des droits de l’homme en Guinée.

Des pièges à déjouer

La récupération et le noyautage

Les conditions de démultiplication des foyers d’insurrection existent. Elles se manifestent par des mouvements spontanés à travers  le pays. Ces mouvements encore disparates sont un signe de détermination des populations à se libérer de ce qui les oppresse.  Le rôle de l’avant-garde est de les consolider avec une plateforme cohérente de revendications sur la justice et l’égalité citoyenne. Cette plateforme devra être large et rigoureuse. Large pour intégrer les problèmes réels et divers des citoyens. Rigoureuse pour les formuler avec clarté afin éviter un émiettement des forces sur lequel le gouvernement va s’employer. Toutefois, la plateforme devra éviter des inclinations doctrinaires (ethnique, religieuse, idéologique ou politique).

Les théories sur les insurrections populaires ont insisté sur la nécessité d’une avant-garde doctrinaire. Ces théories ne s’appliquent au contexte guinéen où il n’y a pas de problèmes agraires, un néo-colonialisme exacerbé ou une base industrielle avec un prolétariat exploité.  En Afrique, l’insurrection populaire a comme adversaire des dictatures indigènes qui fonctionnent sous le couvert du label de démocratie. Ce combat demande  une plateforme spécifique fondée sur les préoccupations citoyennes d’impunité, de justice et de bonne gouvernance. Et rien d’autre. Il est essentiel que les divers courants ne soient pas récupérés et téléguidés par un organe central ou une quelconque doctrine.  Une telle centralisation rendrait le mouvement populaire naissant vulnérable. Elle créerait des problèmes de préséances, des querelles de chapelles là la clairvoyance est indispensable. En outre, la décapitation éventuelle de l’organe central conduirait à la destruction de  l’élan. Par contre, une coordination continue entre les différents foyers insurrectionnels est indispensable. Une telle plateforme citoyenne ne peut faire l’objet de récupération par des  forces politiques motivées principalement par la conquête du pouvoir. Par le passé, c’est une telle récupération politique qui essouffla le mouvement populaire. Enfin, face à la multiplication des foyers, l’état  ne pourra pas invoquer ses excuses préparées de longue date – l’ethnie, Mandén-Djalon, mercenaires, islamistes terroristes ou sécessionnistes – pour isoler et mater les groupes d’avant-garde de l’insurrection.

Milices et mercenaires

La présence de milices ethniques et de conseillers en sécurité étrangers en Guinée est un aveu supplémentaire de l’illégitimité du gouvernement. Elle procède de la hantise du président guinéen contre les coups d’états militaires. C’est en plus une source de mécontentement dans les forces de sécurité. Le mouvement insurrectionnel devra exploiter cette situation à son avantage. Les mercenaires et les milices  n’ont qu’un rôle dissuasif. Ils servent à effrayer la galerie et à tenir l’armée en respect. N’étant motivés que par l’argent, les milices et les mercenaires constituent en fait un handicap majeur pour le gouvernement. Dès que la source de leurs profits est déstabilisée, ces forces sont enclines à baisser les armes ou à prendre la fuite. Avec une campagne et des méthodes adéquates,  des franges – mêmes réduites – des forces de sécurité  pourront  les neutraliser.

Pressions internationales et négociations prématurées

Quand tout mouvement populaire prend de l’ampleur, des intermédiaires surgissent  de tous les côtés pour offrir leurs bons offices. Prêts à «se sacrifier pour la nation  et éviter  la catastrophe», en fait l’insurrection est pour ces intermédiaires un  marchepied pour le pouvoir. Cela on l’a vu à l’œuvre, en 2007 notamment.  La plateforme de l’insurrection devra se prémunir contre ces opportunismes – qu’ils proviennent des ténors des partis politiques guinéens, des chefs religieux ou des organisations et personnalités internationales. L’inexpérience politique mêlée aux ambitions présidentielles débridées dont les dirigeants de l’opposition font preuve aura été une aubaine  pour le gouvernement du RPG. Face à une insurrection,  le gouvernement jouera de la division dans leurs rangs, avec des promesses. Il fera appel  à l’aura de certains chefs religieux pour jouer à l’apaisement.  Tout sera mis en œuvre pour gagner du temps qui sera mis à profit pour noyauter l’avant-garde de l’insurrection.

Historiquement, les négociations prématurées et les improvisations ont été  les causes principales d’échec des mouvements insurrectionnels. En Guinée, il est à prévoir  de pressions considérables – nationale et internationale –sur les acteurs sociaux pour les amener à dévier de leur plan.  Seule l’adhésion  scrupuleuse au plan préalablement établi  permettra d’éviter l’effet dommageable des pressions externes. Le plan d’action devra être assorti de  critères précis d’engagement de négociations, une définition des compromis possibles, des accords à passer et des gages de leur application.  La démission du gouvernement et la neutralisation des  personnes présumées coupables de crimes de sang ne doivent pas être négociables. La mise sur pied d’un gouvernement de transition vers un régime démocratique plus inclusive devra s’appuyer sur un programme détaillé et un  calendrier  précis. Elle dissipera les spéculations et les discrédits des adversaires de l’insurrection. Une représentation centrale avec un porte-parole autorisé ne devra avoir pour rôle que de mettre en avant et défendre ce plan.

Terroristes et  insurrection populaire

Les actions spectaculaires de groupes terroristes à travers le monde sont des excuses  toutes faites pour les gouvernements pour des amalgames afin de discréditer tout mouvement insurrectionnel. D’où la nécessité de réitérer et de répéter la fondamentale différence entre terrorisme et insurrection.

Le terrorisme opère sans discrimination et uniquement avec de la violence. Il cherche à faire peur et non à émanciper ou à libérer les citoyens. Il veut des masses soumises et non un peuple conscient. Le terrorisme enrôle ses agents de forces ou par endoctrinement. Il embrigade les esprits en attisant des haines. Il maintient son emprise avec des promesses fallacieuses ou par la coercition. Des  slogans  simplistes et creux servent de doctrine aux terroristes. Leurs solutions unilatérales face à des problèmes complexes sont inapplicables à la Guinée. Les dictateurs et les terroristes ont des profils psychologiques similaires. L’avant-garde terroriste n’est constituée que de virtuels dictateurs. Dictateurs et terroristes opèrent de façon similaire ; avec des méthodes de combats spécifiques dont l’ultime objectif est la mainmise sur la société. Les terroristes et les dictateurs prohibent les intérêts divergents dans leurs rangs au nom de la discipline. La quête de la justice n’est pas leur souci – majeur ou mineur. Ils sont prêts à tout  pour accéder au pouvoir. L’insurrection populaire n’est acceptable à leurs yeux qui si elle conduit au pouvoir absolu.   Les négociations pour établir des équilibres entre différents foyers d’insurrections leur sont inacceptables. Dictateurs et terroristes se servent de l’insurrection populaire. Les uns comme une opportunité pour justifier la répression larvée et les autres comme couverture des visées de domination et comme outils de recrutement.

Le RPG encourage divers petits groupes à tendance terroriste sur le paysage social guinéen. Sont phagocytés par le régime, des fanatiques de la haine ethnique, des revanchards du PDG, des intégristes religieux, des opportunistes des castes etc. Ces groupes sont disparates et minoritaires. Leur activisme peut  dissimuler des desseins politiques. Il peut aussi être un atout pour l’insurrection. En tout état de cause, il est impératif de comprendre la genèse de ces militantismes. L’échec de la construction de la nation guinéenne est la cause principale  de  leur émergence sur le paysage politique guinéen.  Ces courants  s’alimentent du désarroi et des frustrations sociales d’une jeunesse sans avenir, déracinée dans son propre pays. Une analyse des motivations des militants de ces groupes est indispensable. Elle permettra d’isoler les dirigeants qui joindront l’insurrection populaire avec l’objectif de  la noyauter pour arriver à leurs fins et ceux qui sont en mission de la dérailler. Les militants qui verront en l’insurrection populaire un début de solution à leurs problèmes devront être encouragés à y adhérer et  ils pourraient en être l’ossature.

 

 

Ourouro Bah (À suivre)

PROCHAIN ARTICLE – L’INSURRECTION POPULAIRE ET LA NÉVROSE DE LA RÉCONCILIATION NATIONALE.

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