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Ramadan : l’osmose spirituelle et sociale

juin 18th, 2015 | par Leguepard.net
Ramadan : l’osmose spirituelle et sociale
Culture
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D’après Abou Houreira (qu’Allah L’agrée), le Prophète (bénédiction et salut soient sur Lui) a dit : « le mois de Ramadan vous est venu, c’est un mois béni, Allah vous a imposé de le jeûner. Durant ce mois les portes du ciel sont ouvertes, les portes de la géhenne sont fermées, les diables rebelles y sont attachés. Il y a dans ce mois une nuit qui est meilleure que mille mois. Celui qui est privé du bien de cette nuit est quelqu’un qui est privé de bien ».

Le ramadan, également orthographié ramadhan ou ramazan, constitue l’un des 5 piliers et principes de l’Islam que sont :
– la profession de foi qui consiste à témoigner que nul autre que Dieu ne peut être adoré et que Mouhammad est le prophète de Dieu ;
– les 5 prières quotidiennes et obligatoires ;
– le paiement de l’aumône appelée « Zakat » ;
– le Pèlerinage à la Mecque dit « Hajj » ;
– et le jeûne qui a lieu tous les ans pendant le neuvième mois de l’année lunaire.

Le ramadan est un acte religieux avec une dimension sociale, collective, coercitive et économique ; c’est un moyen pour le Musulman de se purifier et de gagner le pardon de Dieu l’Omniscient. Il a pour but d’enseigner aux Musulmans la patience, la modestie, l’humilité et la spiritualité.
L’« Aîd al-Fitr » est la fête de la rupture du jeûne.

1) Les règles fondamentales régissant le jeûne : l’intention et l’abstinence
Le jeûne est une pratique dont l’institution repose sur le Coran et la Sunna. La Sunna prophétique (cheminement ou pratiques) est l’ensemble des dires, des actions et des décisions du Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) et est considérée par les Musulmans comme la deuxième partie du discours religieux en Islam.

Mais le jeûne ne peut être valable sans ces deux règles fondamentales que sont l’intention et de l’abstinence.

a) L’intention
C’est la ferme résolution de jeûner en signe de soumission à Allah l’Omniscient. La parole prophétique dit que « les actions ne sont rétribuées que suivant les intentions qui les ont inspirées ».
Lorsque le jeûne est obligatoire, cette intention doit être formulée avant l’aube chaque nuit, une fois pour tout le mois ou la nuit de la veille du Ramadan.
Lorsque le jeûne est surérogatoire, supplémentaire, l’intention est acceptée même après le lever du soleil, à condition de n’avoir rien mangé, ni rien bu depuis l’aube.

b) L’abstinence
Elle consiste à s’abstenir de manger, de boire, d’avoir des rapports sexuels et d’éviter de commettre tout acte illicite de l’aube au crépuscule. Celui qui commet un seul de ces actes interdits par oubli doit continuer à observer le jeûne et faire un rattrapage de ce jour après. Les malades, les femmes enceintes ou qui allaitent, les femmes ou jeunes filles qui sont dans leur période menstruelle ainsi que tout individu dont ce jeûne pourrait mettre la santé en péril en sont exemptés.

c) La rupture volontaire ou non du jeûne entraine des réparations
Cas de rupture volontaire : celui qui rompt le jeûne volontairement sans aucun motif religieux valable ou celui qui fait une interprétation non logique et non justifiée pour rompre le jeune doit rattraper les jours concernés et réparer pour chaque jour non jeûné cette infraction selon un des 3 moyens suivants : libérer un captif musulman ; jeûner 2 mois successifs ; nourrir 60 pauvres ou leur payer en argent l’équivalent de la nourriture prescrite. C’est ce qu’on appelle l’expiation (al-kaffâra).

En cas de rupture involontaire (ignorance et mauvaises interprétations), on répare seulement par le fait de jeûner le ou les jours après la fête de la fin du mois de Ramadan et avant le Ramadan prochain. C’est le rattrapage (al-qadâ).
Celui qui a négligé de rattraper le jeûne d’un Ramadan précédent et qui se laisse ainsi surprendre par la vue du Ramadan suivant, devra en plus du rattrapage faire la Fidya (compensation) : c’est à dire une nourriture à un pauvre (ou lui verser l’équivalent en argent) pour chaque jour manqué.

La zakat (l’aumône) de la rupture du jeûne est recommandée.

En dehors du jeûne obligatoire du mois de Ramadan, il existe dans l’Islam d’autres jours qu’il est recommandé de jeûner et, à l’opposé, des cas où le jeûne est blâmable, voire totalement prohibé.

2) Le Ramadan : un phénomène à multiple dimension

Cette pratique religieuse engendre d’autres phénomènes, avec notamment une dimension à la fois sociale, festive, collective, coercitive et un aspect économique en pleine expansion.

a) une forte dimension sociale et festive

Le ramadan est un acte religieux avec une dimension sociale particulière.
Pour David Emile Durkheim (1858-1917), l’un des fondateurs de la sociologie, « la religion et la société sont presque des synonymes et la religion émerge comme lien social fondamental ». Il avait défini le ramadan comme « toute manière d’agir, de penser, de sentir, fixée ou non, susceptible d’exercer sur l’individu une contrainte extérieure ; et, qui est générale dans l’étendue d’une société donnée tout en ayant une existence indépendante de ses diverses manifestations au niveau individuel ».
Selon lui, « la religion se crée dans des moments « d’effervescence collective » lorsque tous les individus d’un groupe sont rassemblés pour communiquer dans une même pensée et dans une même action » (…) « Une fois les individus assemblés, il se dégage de leur rapprochement une sorte d’électricité qui les transporte vite à un degré extraordinaire d’exaltation ». Il appelle cette énergie « mana ».
Ce « lien social fondamental », cette « effervescence collective » et cette énergie « mana » sont perceptibles pendant la période du ramadan entre ses adeptes musulmans.
Le ramadan est une exigence religieuse pour tout Musulman et s’exprime par un comportement individuel qui pourrait ne regarder que le croyant ; pourtant sa pratique possède une dimension collective considérable.
Pendant le mois sacré, c’est toute la société qui vit au rythme de l’abstinence et de sa rupture : horaires continus, heures de fermeture dans certaines entreprises et des services publics pour permettre aux employés de rompre le jeûne ; veillées, repas gargantuesques en famille, etc. Toute la société vit à l’unisson et la dimension festive se mesure à l’importance de la cuisine, des pâtisseries, la grande table de fête, la réunion familiale, la communion, etc.
Le ramadan participe ainsi à une forme de cohésion sociale par le biais de la religion.

b) une dimension coercitive

Dans certaines sociétés, les non-jeûneurs sont considérés comme des provocateurs qui sont appréhendés et condamnés. La loi y punit tout Musulman qui mangerait en pleine journée pendant le ramadan. Cette règle sociale qui permet d’unir les Musulmans se double alors d’une obligation légale.
On notera les dénonciations et les interventions parfois intempestives de la police. Plusieurs procès ont été ainsi intentés dans des pays musulmans, en Algérie notamment, pour non-observance du jeûne. Par exemple, lors du procès du tribunal correctionnel d’Akbou en août 2010 qui concernait neuf non-jeûneurs musulmans, le parquet avait requis de 2 à 5 ans de prison pour « atteinte aux préceptes de l’islam ». Son action se basait principalement sur l’article 144 bis, alinéa 2 du code pénal et le respect « de l’ordre public, des bonnes mœurs ».

Un collectif d’avocats, soutenu par des organisations de la société civile, s’était constitué pour défendre les prévenus en s’appuyant sur :
– l’article 36 de la constitution relatif à « la liberté de conscience et la liberté d’opinion qui sont inviolables ».
– l’article 2 de l’Ordonnance n° 06-03 du 28 février 2006 fixant les conditions d’accès et les règles d’exercice des cultes autres que musulman : « l’État algérien garantit également la tolérance et le respect entre les différentes religions ».

L’article 222 du Code pénal marocain prévoit que : « Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du Ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois » ainsi que d’une amende.
Cet article exempte les minorités non musulmanes du Maroc – telles que les Juifs et les étrangers non musulmans – de cette interdiction.

L’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations-Unies du 16 décembre 1966 et entrée en vigueur le 23 mars 1976, dont le Maroc est signataire stipule que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction,  individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé. […] La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection […] de la morale d’autrui ».
Ce Pacte protège aussi la liberté d’association et d’opinion, et inclut des limites strictes à la possibilité qu’ont les Etats signataires de restreindre ces droits.

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) fut créé au Maroc en 2009 sur le réseau social Facebook, afin de lutter pour les libertés individuelles.
Ce groupe de « dé-jeûneurs » avait cherché à organiser le pique-nique en dépit du choix d’un lieu discret pour leur tentative de rompre le jeûne et du fait que les autorités ont empêché qu’elle ait lieu ; la police avait arrêté au moins quatre personnes qui étaient venues à Mohammedia pour cet événement.
Cette dimension coercitive est unique en son genre, notamment au Maghreb.

Les autres piliers de l’islam n’ont pas le même degré d’obligation au sein de la société. Ainsi, la loi ne condamne pas le fait de ne pas faire la prière 5 fois par jour.

c) une dimension économique exponentielle

Dans les villes européennes, le ramadan a même intégré les rayons des magasins. Avec une croissance de plus de 10% par an, le marché français des produits halal s’envole, suscite des convoitises et fait saliver les grands groupes agro-alimentaires et de distribution, les marques spécialisées dans le halal qui en profitent pour faire un chiffre d’affaire conséquent. Ce marché a son « salon de l’alimentation et des services Halal » chaque année durant deux jours à la porte de Versailles à Paris ; celui d’avril 2011 où 7189 professionnels ont visité le salon et plus de 25 médias ont couvert l’événement.
En 2009, il avait enregistré une croissance remarquable : le chiffre d’affaires avait atteint 5,5 milliards d’euros en 2010, dont 1 milliard d’euros pour la restauration. C’est un dynamisme largement imputable à une population musulmane croissante qui compte 5 millions d’âmes en France et reste surtout respectueuse du principe halal.
Une pratique en progression : selon un sondage Ifop dans le journal « La Croix », plus de 71% des Musulmans de France respectent le ramadan. D’où un potentiel énorme de consommateurs à séduire.

Conclusion :
Si le ramadan est accepté dans sa dimension sociale, familiale voire économique, il reste bel et bien un exercice religieux de l’Islam.
Dans le contexte de la peur des communautarismes et de la montée de l’islamophobie en Europe, comme nouveau lien idéologique des extrêmes droites, il est aussi perçu comme un révélateur de la présence des Musulmans et de l’expansion de l’Islam qui est devenu la religion la plus pratiquée et qui connait de plus en plus d’adeptes.
Dans un contexte préélectoral des élections régionales et présidentielle enfiévré par la droite et l’extrême-droite qui stigmatisent les Musulmans et l’Islam, doit-on s’attendre à des remarques cinglantes sur le ramadan, voire des dérapages ?
Le gouvernement français, dans un souci d’apaisement, vient de concrétiser une initiative lancée après les attentats de janvier et d’engager une concertation, un « Dialogue sur l’Islam » le lundi 15 juin dernier pour  évoquer de nombreux sujets liés à : construction de mosquées, formation des imams, pratiques rituelles.
Signe des espoirs que l’Etat place dans cette initiative, Manuel Valls (PM), Bernard Cazeneuve (Intérieur), Najat Vallaud-Belkacem (Education) et Fleur Pellerin (Culture) étaient présents.

En Guinée, meurtrie par la pandémie EBOLA, nous devons mettre à profit ce mois de ramadan moubarak, ce moment de répit pour retisser les liens distendus entre nous tous, pour faire preuve de tolérance, de tempérance. L’unité est notre bien commun le plus précieux : nous partageons le même destin entrelacé, le même passé, le même présent et sommes condamnés à partager le même futur.

Que ce mois de dévotion, de piété, d’abstinence et de prières soit, pour NOUS TOUS sur la terre qui est notre patrimoine commun, l’aube annonciatrice d’une longue période de santé, de prospérité, de bonheur et surtout de paix.
Que l’Islam soit notre embarcation, le Prophète notre guide, le désir de servir d’Allah notre stimulant, la patience et l’humilité nos armes !
Qu’Allah l’Omniscient accepte nos prières, nos sacrifices et veille sur nous et nos familles !

Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
nabbie_soumah@yahoo.fr

Paris, le 17 juin 2015

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