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L’alliance Dadis-Dalein vue par la mouvance(partie 1)

juin 29th, 2015 | par Leguepard.net
L’alliance Dadis-Dalein vue par la mouvance(partie 1)
Politique
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A priori, je n’avais pas l’intention d’écrire sur ce sujet, car je suis partisan de l’unité de l’opposition et tout ce qui va dans ce sens me ravit, au grand dam de personnes qui ne le comprennent pas toujours. Mais au vu de la particularité de cette alliance, qui déchaîne les passions – les nombreuses réactions enflammées en témoignent -, il m’a paru opportun de rappeler un certain nombre d’éléments, aussi bien aux RPGistes qui s’offusquent de façon très hypocrite (partie 1), qu’aux UFDGistes qui se posent légitimement des questions (partie 2), ainsi qu’à la société civile en général (partie 3).

Mon propos cherchera donc à comprendre les avantages et inconvénients d’une telle alliance, aussi bien pour les 2 partis en question, que pour la mouvance, et de façon plus générale pour les citoyens guinéens.

Cette partie 1 proprement dite, vise à montrer que le pouvoir actuel a instrumentalisé cette tragédie pendant ces 5 dernières années, pour intimider tous les hommes dont il voulait se débarrasser (et notamment Dadis), afin de contrôler de façon totalitaire l’ensemble du pays.

 

L’attitude d’Alpha Condé vis-à-vis de Moussa Dadis Camara

En 2010, Alpha Condé avait promis aux forestiers de leur ramener leur fils Dadis, lorsqu’il sera élu Président, comme si un Guinéen ne pouvait pas rentrer chez lui. Cinq ans plus tard, non seulement ce dernier n’est pas revenu, mais on sait même qu’Alpha Condé a tout fait pour qu’il en soit ainsi. Pire les forestiers ont payé un lourd tribut en Août 2013 avec de nouveaux massacres, et en outre la ville de N’Zérékoré n’a même pas eu, pour ainsi dire, « le droit » de voter à l’occasion des élections législatives, puisque 65% des électeurs de N’Zérékoré n’ont pu voter et/ou leur vote n’a pas été pris en compte. On comprend aisément pourquoi.

Dans cette dernière affaire, rien n’a été fait au plus haut niveau, à part une demande de réconciliation verbale à partir de Conakry, Alpha Condé n’ayant même pas daigné se déplacer pour soulager la douleur des familles, au moins symboliquement.

Dans l’affaire du 28 Septembre, si Alpha Condé avait voulu faire la lumière sur les violations des droits de l’homme ce jour et les jours suivants, la justice aurait déjà tranché : Dadis aurait été condamné s’il est reconnu coupable (dès lors il ne serait pas qualifié pour une candidature aux présidentielles de 2015) ou relaxé (dès lors sa candidature ne poserait pas de difficulté).

Alpha Condé a préféré « épargner » Dadis, pour des raisons électoralistes évidentes jusqu’à aujourd’hui. Tout le monde a constaté que certains dossiers, tels Womey (mais uniquement la partie meurtre des représentants de l’État, la répression des militaires n’ayant jamais été évoquée), Saoro, Galakpaye et Diécké ont été évoqués par la justice (mais pas Zowota, on se demande bien pourquoi ?). Pourtant ces affaires sont bien postérieures à celles du 28 Septembre, qui n’a même pas été évoquée.

De même le pseudo-attentat pourtant postérieur lui aussi, est déjà « résolu », sans compter les réponses quasiment immédiates de la Cour Suprême à la CENI, pour habiller juridiquement certaines de ces décisions, alors que rien n’est prévu en ce sens. La Cour Suprême fait donc du zèle dans certaines décisions, et refuse de prendre ses responsabilités en matière électorale. Et pendant ce temps-là l’affaire du 28 Septembre court toujours.

Pire Alpha Condé a même déclaré qu’il fallait passer cette affaire par pertes et profits, ce que Fatou Bensouda a bien intégré, puisque la CPI en est toujours au stade de l’enquête préliminaire… depuis 6 ans, que certaines ONG internationales font leur travail avec la patience d’une tortue, et que certaines ambassades (USA, France) ont une position ambiguë au regard de leurs discours et de leurs actes.

Par contre pour éviter des interférences, et Dadis et Konaté, sont « interdits de séjour » ou en exil forcé. Que ceux qui en doutaient, se remémorent le voyage éclair de Dadis en Avril 2013 en forêt, pour assister au décès de sa mère. Tibou Kamara, lui par exemple, n’a pas eu droit au même égard pour le décès de son père en Août 2013, il est vrai qu’il n’a aucune base électorale.

Enfin dernier élément, lorsque Dadis a démissionné de l’armée (pour éviter d’avoir Alpha Condé comme supérieur hiérarchique) et a indiqué qu’il se présenterait aux présidentielles d’Octobre 2015, personne dans les rangs de la mouvance ne s’est plaint. On l’a même autorisé rapidement à intégrer un parti politique, et à devenir président du FPDD. S’il y avait eu un problème, le pouvoir avait la possibilité de le gêner. On se rappelle en effet les difficultés qu’a rencontrées Faya Millimouno pour créer son parti, le Bloc Libéral.

 

Pourquoi ce revirement alors ? Fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais

Deux évènements vont changer la donne. En premier lieu, l’annonce du retour de Dadis en Guinée à des dates précises, a accéléré l’inculpation de nombreuses personnes liées au 28 Septembre. En un jour une douzaine de personnes ont été inculpées, soit davantage que le nombre de personnes depuis 5 ans. Une manière indirecte de dire à Dadis que s’il rentre en Guinée, il sera forcément inculpé.

Sur le plan théorique inculpé ne veut pas dire accusé il est vrai, mais notre pseudo professeur de droit a une définition bien particulière de la présomption : en effet, en droit, la présomption d’innocence est garantie par l’article 9 de la Constitution qui dispose que : « toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’une procédure conforme à la loi », mais avec le droit guinéen revisité par Alpha Condé, il faut désormais distinguer :

  • le présumé innocent (pourtant inculpés, mais non encore condamnés, Claude Pivi et Moussa Tiegboro Camara en constituent une illustration ; ils ont même obtenu une promotion),
  • et le présumé coupable (Nouhou Thiam par exemple, inculpé nulle part, mais poursuivi pour un délit de désertion et de violation de consignes, dont la peine maximale est de 2 mois pour le premier – article 547 du Code pénal – et de 6 mois pour le second – article 601 du Code pénal -, moisit dans les geôles guinéennes depuis 4 ans).

De quoi faire éventuellement faire réfléchir Dadis. Toutefois si Dadis revenait, les masques tomberaient, si tant est que ce ne soit toujours pas clair pour tout le monde.

La deuxième information qui a déclenché – encore plus que la première – la réaction des RPGistes, qui ont montré là leur vrai visage, est la décision de Dadis de faire éventuellement alliance avec Cellou Dalein Diallo (CDD).

Sur les forums, certaines expressions de RPGistes en disent long sur leur volonté réelle de réconciliation, telle que prônée verbalement par leur mentor. Évidemment je n’ai relevé que celles qui avaient un minimum de tenue :

  • « Dadis est devenu un des leurs ».
  • « les leaders politiques sont prêts à tout pour accéder à la magistrature suprême ».
  • « Dadis n’est guerzé que du côté maternel, son père est konianké », et ces derniers voteront Alpha Condé comme un seul homme.
  • « CDD et ses partisans sont totalement tombés dans un piège. Ils ne pourront plus mobiliser leurs ONGs communautaires pour réclamer justice dans l’affaire du 28 Septembre, comme elles l’ont fait quand Alpha déclarait qu’il a demandé aux blancs de laisser tomber cette affaire ».

Si on « traduit » de manière succincte les réflexions précédentes, on pourrait se poser les questions suivantes :

  • pourquoi Dadis ne serait-il pas Guinéen avant tout, certains font donc des distinctions entre eux et tous les autres ?
  • Alpha Condé faisait-il du tourisme en Juin 2010 pour les présidentielles ou a t-il tout fait pour gagner ?
  • même si Dadis est guerzé, pourquoi va t-on quand même chercher si on ne peut pas raccrocher son père, pourquoi pas l’un de ses grands parents, aux « seuls » qui vaillent ?
  • enfin pour une fois que les RPGistes reconnaissent qu’Alpha Condé a demandé de laisser tomber l’affaire du 28 Septembre.

Finalement en résumé les RPGistes pensent qu’on peut tout pardonner à Dadis (la preuve Alpha Condé a même demandé qu’on laisse tomber « l’affaire »), sauf une alliance avec CDD, qui semble le pire des crimes. Pour une fois qu’ils se lâchent…

 

Des RPGistes défenseurs zélés des droits de l’homme

En effet, il a suffi que Dadis annonce un projet d’alliance avec CDD pour que les langues se délient. Certains commentateurs, inconnus jusque là, compatissent à la douleur des victimes : j’ai recherché sur Internet le pourquoi de cette compassion soudaine (euh à vrai dire 6 ans après), je n’ai pas trouvé. Pourtant certains scribouillards connus pour leur sectarisme, deviennent bizarrement des défenseurs zélés (mais en paroles) des victimes, dont ils proclamaient hier qu’elles l’avaient cherché.

Dadis est-il devenu un diable – terme employé sans vergogne par les RPGistes – parce qu’il aurait massacré des citoyens guinéens en 2009 ou parce qu’il s’est allié avec CDD ? La question est posée, mais en revanche la réponse est désormais claire.

Lorsque CDD indiquait que les victimes du 28 Septembre étaient essentiellement des militants de l’UFDG, la mouvance contestait cette affirmation…. jusqu’à aujourd’hui, puisqu’on reproche à CDD de se désintéresser de ses militants. Les RPGistes plus royalistes que le roi ? Font-ils partie des plaignants dans cette affaire ? Pas à ma connaissance, pour la simple raison qu’il y avait très peu de RPGistes au stade ce jour là, allez savoir pourquoi ? Yéro Baldé en faisait partie, mais comme ce n’était pas écrit RPG sur son front, chacun imagine ce qui a pu lui arriver. Quant à Mohamed Diané, je ne me souviens plus qu’il faisait partie des blessés, même si on ne peut que s’en réjouir pour lui, bien entendu.

Par contre François Fall, touché personnellement, ainsi que ses sœurs, n’est pas passé au travers, mais à cette époque, il était président du Fudec et n’appartenait pas au RPG. Il y a donc là une hypocrisie malsaine à vouloir se prévaloir de ses propres turpitudes. Mais nous avons l’habitude avec ce régime, qui utilise la stratégie du miroir consistant à accuser ses adversaires de ses propres pratiques.

Non seulement Alpha Condé brasse du vent en matière de droits humanitaires, considérant que plus il en fait, plus on doit s’en satisfaire, que plus il en parle, plus les choses sont réglées. On voit là qu’il n’a jamais rien dirigé, car diriger ne consiste pas à donner des directives, mais à vérifier que celles qui sont prises, sont exécutées.

Ainsi c’est ce régime qui a mis en place un nombre farfelu de structures pour « gérer » les droits de l’homme, puisqu’il existe en effet :

  • l’Observatoire National des Droits de l’Homme,
  • la Direction Nationale des Libertés publiques et de la Réglementation au MATD,
  • la Direction Nationale des Droits de l’Homme au ministère de la Justice,
  • la Commission Nationale des Droits de l’Homme,
  • le Ministère des Droits de l’Homme et des Libertés publiques,
  • l’Institution Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (INIDH).

Si ceux-là ont des choses à dire, qu’ils ne se gênent pas. Malheureusement depuis Avril 2011 (et le meurtre de Zachariou Diallo), une soixantaine de manifestants ont été tués à Conakry, quelques citoyens guinéens exécutés, et près de 300 autres citoyens massacrés en forêt. Je ne me souviens pas avoir entendu ces différents organismes, sachant que l’INIDH n’existait pas. Mais cette dernière ne s’est pas offusquée de la loi sur la possibilité pour les forces de sécurité de tirer sur des manifestants, et sur la détention arbitraire de 2 militaires proches de Dadis en forêt. Elle a donc manqué l’occasion de se faire connaître, même si on n’a rien à en attendre, d’autant qu’elle est de toute façon inconstitutionnelle.

 

Des RPGistes qui n’apprécient pas les ONG de défense de droits de l’homme indépendantes d’eux

On vient de voir que les RPGistes possédaient des associations, ONG et même organismes gouvernementaux spécialisés dans la défense des droits de… leur mentor.

Aussi il parait donc tout à fait logique qu’ils s’en prennent aux ONG, qu’ils supposent être proches de l’UFDG (tout ce qui n’est pas avec nous est forcément contre nous, pensent-ils). Sont visées notamment Pottal Fii Bhantal, l’OGDH et l’Avipa.

Certains RPGistes reprochent à Asmaou Diallo, présidente de l’Association des victimes, parents et amis du 28 Septembre (Avipa), de ne rien dire sur cette alliance possible, comme si une ONG spécialisée dans la défense des droits humains devait faire de la politique politicienne. De toute façon, elle s’est largement exprimée, et elle a même porté plainte. Si quelqu’un est responsable de la lenteur des procédures ce n’est pas elle, et il y a lieu de pointer son regard dans la bonne direction. Pourquoi les RPGistes ne stigmatisent-ils pas la lenteur de la justice ?

De même on reproche à l’Association Pottal Fii Bhantal de ne pas s’exprimer, mais elle aussi s’est largement exprimée. C’est mal connaître l’organisation de s’imaginer que pour ne pas contrarier CDD, elle passera par pertes et profits les massacres du 28 Septembre. Doit-on rappeler que plus de 400 personnes ont été entendues en Guinée pour obtenir justice, sans que cela n’aboutisse sur quoi que ce soit pour l’instant. La faute à qui ?

De toute façon, à titre personnel, donc de citoyen, le président de Pottal a produit un texte intitulé « UFDG entre âme et conscience ». Comme on reproche à ce texte de ne pas être diffusé partout, on espère que ce texte – mais aussi ceux de Pottal Fii Bhantal !!! – aura, pour une fois, les honneurs de la RTG. Ce n’est pas exclu pour le premier, mais il ne faut pas rêver pour le reste.

Ces 2 organisations ont donc clairement exprimé leurs points de vue sur la candidature de Dadis, rappelant que la justice guinéenne instrumentalisée, ne faisait pas son travail. Les choses sont pourtant très claires, les ONG n’ont pas la main sur la diligence et l’opportunité des procédures. Au moins, contrairement à d’autres, les plaintes ont été enregistrées. Ces associations peuvent donc émettre un avis sur un individu et elles l’ont fait clairement. En revanche, elles n’ont pas à s’immiscer dans la stratégie de l’UFDG, qui est libre de nouer des alliances avec qui elle veut. Commenter cela reviendrait à faire de la politique. Mais il est vrai que ce que l’on reproche à ces ONG, celles téléguidées par le pouvoir ne s’embarrassent pas de ces préjugés.

 

La raison de ces réactions passionnées

Des incohérences habituelles

Pourquoi tous les RPGistes qui se plaignent de Dadis, mais aujourd’hui seulement, et qui le considèrent subitement comme un diable (y a t-il un lien avec son alliance possible avec CDD ?), ne font pas pression sur leur mentor pour obtenir satisfaction ? Eux qui veulent apparaître comme plus zélés qu’Asmaou Diallo par exemple, on ne peut pas dire qu’ils font preuve d’efficacité.

S’ils sont réellement motivés pour la défense des droits humains, pourquoi ne portent-ils pas plainte contre l’État, qui emploie des personnes inculpées ? Si inculpées ne signifie pas accusées – absolument – et qu’il faut respecter la présomption d’innocence, alors il faut appliquer le principe à Dadis, qui lui, n’est même pas inculpé.

Après le 28 Septembre, Alpha Condé avait accusé publiquement Papa Koly Kourouma sur TV5 Monde (dans l’émission « Afrique presse », dont faisait partie le journaliste Antoine Glaser), d’avoir planifié le 28 Septembre pour effrayer les leaders politiques et mater les militants. Il l’a pourtant ensuite intégré dans son gouvernement.

Quand Dadis a décidé de présenter sa candidature, certaines ONG de défense des droits de l’Homme (pas celles de l’État) ont fustigé le projet de candidature de Dadis, et les RPGistes ont justement rappelé la présomption d’innocence (la vraie). Aujourd’hui celle-ci n’existerait plus, ou se rapprocheraient de la présomption de culpabilité élaborée par Alpha Condé en Guinée.

Les RPGistes ne comprennent pas parce qu’ils sont dans la vengeance, ils parlent beaucoup de réconciliation, mais lorsque vous les poussez dans leur dernier retranchement, ils ne parlent jamais des complots sous AST, sauf pour préciser qu’ils étaient réels (et donc justifier les crimes d’alors), 2007 ou 2009, mais exclusivement de 1985. Faites-le test.

Il y a donc plusieurs raisons à cet emballement, mais je me limiterai à trois.

 

Empêcher le retour de Dadis

Au lieu d’évoquer les promesses faites à Dadis par Alpha Condé pour le laisser tranquille, à condition qu’il accepte son exil forcé, et fidèles à leurs habitudes les RPGistes affabulent en transposant sur CDD, l’attitude de leur mentor. Ils mentent de façon éhontée – CDD aurait promis à Dadis de le blanchir – ce qui montre non seulement l’absence de déontologie de ces pseudo-scribouillards (aucun compte-rendu détaillé des entretiens n’a été fait), mais également leur incompétence, un PRG n’ayant aucune capacité juridique et/ou politique de blanchir un individu, qui serait poursuivi pour crimes contre l’humanité (voir partie 3).

En fait, Alpha Condé veut à tout prix éviter un retour de Dadis avant les élections d’Octobre 2015, car si Dadis rentre, Alpha Condé n’aura que 2 choix, soit le faire inculper avec le risque de cette paternité qu’il veut à tout prix éviter, soit ne rien faire, mais dans ce cas, la CPI pourrait considérer que le principal « suspect » de l’affaire restant libre de ses mouvements, est un fait qui démontre que la justice guinéenne est aux ordres (sic), puisque par cet acte, Alpha Condé prouverait qu’il veut assurer l’impunité aux auteurs présumés des massacres et viols du 28 Septembre, ce qui constituerait un élément déclencheur de la compétence de la CPI. En effet, la défaillance volontaire ou involontaire des juridictions internes déclenche automatiquement la compétence de la CPI.

En définitive, dans les 2 cas, tenter de protéger de présumés criminels ou les livrer indirectement à la CPI, c’est un cadeau juridiquement et politiquement empoisonné pour Alpha Condé.

Ceci étant un délai d’observation de 3 à 4 ans suffit généralement pour évaluer la bonne ou la mauvaise volonté des juridictions internes relative à la poursuite des crimes contre l’humanité. La Guinée bénéficie actuellement d’une indulgence qu’on pourrait qualifier de coupable. Cela a t-il un lien avec la proposition d’Alpha Condé de laisser tomber cette affaire ?

Certes si Dadis ne rentre pas, ceux qui ont encore des doutes – si si, ça existe – auront la preuve ultime qu’il a été empêché, mais Alpha Condé pourra toujours dire qu’il n’y est pour rien. En revanche après Octobre 2015, le sort de Dadis n’importera plus à Alpha Condé.

Ne pas enrayer la mécanique de fraude électorale

Tout le monde se souvient les conditions dans lesquelles Alpha Condé est parvenu au pouvoir en 2010. Avec un pourcentage autour de 20% qui a pu éventuellement réellement doubler au second tour, un miracle s’est produit, miracle aussitôt « légalisé » par une CENI « indépendante » et une Cour Suprême qui ne l’était pas moins. Officiellement, et sans que l’on regarde les incohérences de cette « victoire », l’honneur fut sauf puisque les « institutions » avaient validé ce résultat, également entériné par CDD.

Alpha Condé a donc pu intégrer l’idée que ce qui compte (partout en Afrique, donc également en Guinée), ce n’est pas le résultat réel des urnes, puisqu’il n’a jamais été pris en compte en Guinée (à part en 1958), mais l’habillage juridique validant des élections libres, crédibles et transparentes. Dans une élection à l’africaine – et non à l’occidentale -, le code électoral, la CENI, les bureaux de vote, le fichier électoral… tout ça c’est pour le décorum. Car pour Alpha Condé, que toute la Guinée vote pour l’opposition ou pas, il sera déclaré vainqueur, et dès le premier tour, point barre.

La présence de l’alliance Dadis/Dalein n’est pas de nature à modifier le résultat déjà acté des résultats d’Octobre 2015, consistant à proclamer quel que soit le vainqueur dans les urnes, y compris si c’est l’opposition, qu’Alpha Condé est le vainqueur. Mais il sera plus difficile de faire croire qu’Alpha Condé emportera la forêt sans même combattre, alors que Dadis y est populaire. D’où les nombreuses déclarations de RPGistes indiquant que Dadis ne représente rien sauf un phénomène médiatique, justifiant ainsi par avance les résultats officiels qui seront annoncés. A entendre les RPGistes sur les forums, une distinction est faite entre les forestiers et les koniankés (on se demande bien pourquoi, on distingue tous ces Guinéens), et ces derniers seraient majoritaires, de sorte que les forestiers, et notamment les guerzés, n’existent pas ou plus chez eux.

Au besoin on diminuera légèrement les résultats du RPG à N’Zérékoré, pour les augmenter ailleurs en forêt. Le problème n’est donc pas là, il est que cela a complètement déstabilisé le RPG, qui se dit que peut-être l’UFDG qu’on prend pour des « enfants », si elle est capable de ça, s’est peut-être organisée ailleurs.

Car une des préventions possibles contre la fraude guinéenne est la participation des militants pour contrôler les bureaux de vote, et plus l’UFDG peut disposer d’alliés dynamiques, et ceux de Dadis le sont, plus le risque de fraude s’en trouve limité.

Quid de la loyauté de certains « forestiers » ?

Claude Pivi et Moussa Tiegboro Camara, pour ne citer que les plus connus, étaient des piliers du régime Dadis, même s’ils doivent beaucoup à Alpha Condé aujourd’hui, car non seulement ils continuent d’aller et de venir comme si de rien n’était, mais en plus ils ont été promus. Malgré tout l’épée de Damoclès reste toujours pendue au-dessus de leur tête et il en restera ainsi jusqu’à un jugement éventuel. Or en matière de crimes contre l’humanité, le temps ne s’arrête jamais.

Si Dadis revient, que se passera t-il pour ces deux piliers et leurs sbires ? Devront-ils continuer à soutenir celui qui les protège un tant soit peu, ou doivent-ils anticiper un nouveau patron qui prendrait le relais ?

La réponse n’est pas simple, mais en tous cas suffisamment dérangeante pour jeter le trouble dans leur esprit, et donc pour le régime qui doit forcément se poser la question de leur fiabilité et de leur loyauté.

La réplique propagandiste des RPGistes

Il faut donc conforter par de la propagande, que les résultats (victoire d’Alpha Condé au premier tour) ne peuvent pas être modifiés, même avec la présence de Dadis, d’où le fait de minimiser l’influence de celui-ci sur le corps électoral, de réduire le nombre de guerzés à 10% à N’Zérékoré (contre 70% de koniankés, forcément tous favorables – on se demande bien pourquoi – à Alpha Condé), de faire comprendre que la communauté mandingue est importante en forêt (elle vote donc comme un seul homme ?).

Les RPGistes avancent même l’idée, que même si Dadis avait un électorat plus important, ses électeurs ne suivront pas ses consignes, car ils considèrent CDD comme le responsable de la chute de leur champion, en étant les principaux organisateurs du rassemblement du stade. Ainsi même si Dadis soutient CDD, ses électeurs ne le suivront pas. À les entendre Alpha Condé pourrait même être élu avec 100%, qui serait justifié par la colère des UFDGistes contre ce deal. On n’arrête pas les fantasmes, alors que ce sont les forces vives, dont faisait partie Alpha Condé, qui avaient organisé cette marche.

Les RPGistes indiquent même qu’en coupant l’herbe sous les pieds de Sidya, qui avait en projet une alliance avec Dadis pour peser face à CDD, ce dernier incitera Sydia à jouer contre lui, ce qui va déclencher une guerre UFR/UFDG. Évidemment une alliance Sydia/Dadis ne leur aurait sans doute pas posé de problème, dès lors qu’il a coupé les ponts avec l’UFDG.

Enfin les RPGistes affirment que les électeurs de Dadis doutent de CDD, qui n’est pas fiable, cette alliance ne garantissant rien pour Dadis. Il est clair que l’exil de Dadis de son pays est une situation très enviable.

La propagande ultérieure consistera aussi à faire croire qu’à Mamou, où les proportions « normales » sont de 80/20 en faveur de l’UFDG (au regard des élections de 2010 et 2013), on observera désormais 60/40, et cela ne devra choquer personne, car les RPGistes diront qu’el Hadj Biro Diallo avait dit qu’il voulait Alpha Condé, et cela s’est traduit dans les urnes. Par contre à Mandiana on sera toujours à 97%.

En résumé, ce ne sont pas les chiffres qui vont poser problème, puisqu’ils sont déjà actés, ce sont les réactions possibles à ces chiffres. Les communautés peules et guerzés ont été victimes sous Alpha Condé et des jeunes qui n’ont rien à perdre sont toujours imprévisibles. Or par définition, un pouvoir, quel qu’il soit, n’aime pas l’imprévu.

 

Conclusion

En définitive, le projet d’alliance Dadis/Dalein a déclenché des réactions RPGistes, qui ne sont comme d’habitude pas à la hauteur. Malheureusement bien qu’ils soient mal placés pour critiquer cette alliance, ils ne se sont pas gênés pour parler de morale, ou même de droits de l’homme, transformant quelques débats en véritables bals des « faux-culs ». Bien que nous soyons habitués à ces comportements, nous nous lassons de voir ces RPGistes accuser d’autres, de ce qu’ils pratiquent tous les jours, mais qu’ils considèrent être les seuls à pouvoir faire. Pour une fois, ils ont été pris de court. Nul doute que d’autres surprises de ce type les attendent…

 

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

 

 

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