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Rediffusion / Est-ce le début de la désillusion ? (par Dr Abdoul Baldé)

juillet 5th, 2015 | par Leguepard.net
Rediffusion / Est-ce le début de la désillusion ? (par Dr Abdoul Baldé)
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Une nouvelle rediffusion de l’un des articles de Dr Abdoul Baldé  publié le 1er février 2011 intitulé « Est-ce le début de la désillusion ? » s’agissant du pouvoir d’Alpha Condé et sa méfiance  relative à la gestion qui était faite du dossier des massacres  du 28 septembre 2009. Compte tenu de nombreuses nouvelles inculpations relatives à ces massacres et l’implication récente de la CPI, il nous a semblé que cet article aussi colle de façon significative à l’actualité guinéenne. Bonne lecture.   

 

 

Est-ce le début de la désillusion ?

 

Dernière Mise à jour : 01/02/2011

 

C’est un truisme d’affirmer que le pouvoir en Guinée a toujours rendu fou ceux qui l’ont occupé, ceux qui l’ont convoité et ceux qui l’ont perdu. La Guinée se veut désormais un État de Droit, en conséquence le changement si cher aux citoyens implique de réintroduire du sens et de la perspective dans l’action, car le pays a nécessairement besoin de « sang nouveau » pour rompre avec son passé.

Il n’y a aucune surprise en cela, puisque ce qui caractérise notre pays depuis 52 ans, c’est l’inextricable mélange de propagande, d’idéologie et de préoccupations mercantiles, aboutissant à un tintamarre où toutes les perspectives sont faussées et, où chacun crie très haut les paroles de la chanson de la liberté tout en écoutant tout bas la musique de ses choix passionnels.

Aujourd’hui c’est vraiment le destin de la nation qui se joue. Hélas il apparait déjà une contradiction entre ALPHA CONDE « opposant historique inflexible » et ALPHA CONDE Président de la République élu. Certes, il faut naturellement laisser un délai de grâce au nouveau Président, mais malheureusement on ressent déjà un malaise au regard des actes posés qui sont loin de répondre aux attentes de nos compatriotes, à tel point que l’on peut être inquiet pour l’avenir de cette troisième République.

Sans contester sa légitimité on peut s’interroger sur ses choix, et en particulier sur la présence des militaires tels que Korka Diallo, Mathurin Bangoura, Mamadouba Toto Camara dans son gouvernement. Car, leur présence dans un gouvernement civil est illégitime, illégale, et immorale. Avec Sékouba KONATE et le colonel Moussa KEITA, ils ont été les principaux organisateurs des viols et massacres du 28 septembre 2009 au stade du même nom à CONAKRY Qu’ils aient réussi à faire admettre que seuls le capitaine Moussa Dadis CAMARA et quelques officiers, tous originaires de la Guinée Forestière, sont responsables de ces crimes, n’est pas une qualité, mais une ignominie que le nouveau président doit faire poursuivre par les tribunaux, sans tarder. En effet, derrière leur démarche, il y a bien une manipulation ethnique dirigée contre les militaires originaires de la FORÊT.

Qui peut comprendre que le capitaine Moussa Dadis CAMARA soit stigmatisé, tandis que le général autoproclamé, Sékouba KONATE, le véritable concepteur et exécuteur de tous les massacres en Guinée, est reçu à ADIS-ABEBA comme quelqu’un de fréquentable ?

Comment peut-on faire de la Guinée un pays émergent, avec le slogan du Président de la République « Guinée is back » sans opter pour un « changement radical» et non pour un « changement dans la continuité » ?

Mieux les anciens dignitaires de l’ère CONTE peuvent-ils être et doivent-ils être les vecteurs de ce changement ? CERTAINEMENT NON.

Tout comme le pense sans doute le Président de la République lui-même, puisqu’ il a invité les membres du gouvernement lors de son premier Conseil des Ministres à s’abstenir de former des clans préjudiciables à tout travail d’équipe.

Force est de reconnaitre que la promotion des dignitaires de l’ère CONTE est déjà devenue une source de préoccupation pour lui. Pourquoi ? Parce que Kiridi Bangoura, Mady kaba Camara, Ibrahima Kéira et autres sont passés maîtres dans l’art de former des clans au sommet du pouvoir.

D’ailleurs, le nouveau Président de la République fait avec du déjà vu, en sachant mieux que quiconque qu’on a beau chasser le naturel il revient au galop. Alors, il appartient en conséquence au Président de la République de nous éclairer sur les raisons qui l’ont conduit dans le choix de ses collaborateurs, tout en prônant le changement si cher aux Guinéens.

Plus loin, le Président de la République a rappelé qu’il faut favoriser la promotion des bons cadres. Pourquoi ne donne-t-il pas l’exemple en reconnaissant qu’ils ont été écartés pour cause de sensibilité différente et non pour incompétence ?

En outre, comment la nouvelle Administration peut-elle faire « peau neuve » lorsqu’on sait que c’est le sieur Fodé Bangoura, devenu aujourd’hui son Conseiller aux affaires administratives, qui fut l’un des principaux artisans de sa déliquescence.

La Démocratie, c’est le refus de l’arbitraire et l’application des pratiques vertueuses, avant d’être un quelconque programme de développement.

De plus, la mise en place d’un système judiciaire impartial et indépendant est un élément essentiel dans la sécurisation de l’environnement des investissements, sans oublier l’existence d’un appareil législatif crédible.

Comment peut-on rassurer les Investisseurs en voyant revenir aux affaires les « cadres indélicats » qui les ont assassinés en boycottant leurs affaires et surtout en réduisant à néant des projets de développement techniquement et financièrement viables ?

Avant de risquer le plus petit investissement dans un tel pays, tout investisseur doit pouvoir compter avec certitude sur les institutions caractéristiques de la Démocratie, c’est-à-dire l’empire des lois. Sans la création d’un véritable Etat de Droit, il n’y aura aucun investisseur digne de ce nom pour s’aventurer en Guinée et, par voie de conséquence, il n’y aura pas de création d’emplois pour les millions de jeunes désœuvrés qui espèrent toujours une vie meilleure en sachant que c’est l’une des priorités des nouvelles autorités (avec plus de 3 Ministres qui s’occupent de la problématique de l’emploi).

Que dire des investisseurs qui sont victimes de l’Etat Guinéen ? Le nouveau Président de la République le Professeur Alpha CONDE dans sa volonté de moralisation disait que :

« Les Guinéens victimes de crimes économiques découvriront des cadres Guinéens qui ont mis le pays à genoux, affamés les populations à travers une gestion catastrophique des biens publics. En la matière, il faudra que les choses soient claires, personne ne sera épargné… »

Il ne faut pas se voiler la face le principal problème qui se pose à la Guinée et, qui constitue l’un des plus gros obstacles à son développement est la problématique des ressources humaines. Pour conduire le changement est-il si difficile de trouver 100 à 200 cadres qui n’ont jamais été impliqués dans la gestion désastreuse des régimes passés ?

Ressaisissez-vous monsieur le Président ne soyez pas le fossoyeur de cette troisième République balbutiante .Montrez aux guinéens votre volonté de rupture avec le passé en choisissant une nouvelle équipe de cadres compétents et intègres prêts à poser les bases nécessaires au véritable changement. Ne soyez pas l’otage d’anciennes factions au nom d’une union nationale factice.

L’Histoire va très vite et, à l’éclat des promesses que le nouveau Président prodigue à tout vent, succédera bientôt la dure réalité des faits. Car les guinéens ne laisseront pas un autre piège se refermer sur eux.

Il serait regrettable que demain, à l’image d’autres pays, l’avenir de la Guinée se joue dans la rue.

 

 Dr Abdoul BALDE (Rouen)

 

Leguepard.net

 

 

 

 

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