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Mali : le déclin

septembre 17th, 2015 | par Leguepard.net
Mali : le déclin
International
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Succession d’espoirs avortés, banalisation des plus grands vices, détournement impuni des deniers publics, corruption, népotisme, délinquance financière, insécurité….Le Mali sombre, peu à peu, dans la dépression. Elu, il y a deux ans, avec un score de plus de 77 % des voix, IBK peine à redonner espoir à ses concitoyens. En Afrique, et au Mali en particulier, nous avons trop cru à la providence. Nous avons été, trop longtemps, optimistes. Avec les résultats qu’on connaît.

«L’esclavage est fini, nous sommes sauvés. Tout ira bien, désormais ! », disaient nos ancêtres. Vint, ensuite, la colonisation. «La loi cadre de 1956 a supprimé les travaux forcés. Nous sommes libres ! », s’extasiaient nos grands-parents, avec un optimisme béat. Pourtant, jamais nous n’avons autant travaillé pour les autres. «L’indépendance est, enfin, là. Nous allons développer nos pays, rendre à nos populations leur dignité et leur fierté ». Le résultat crève les yeux : jamais notre pays n’a été aussi dépendant de l’ex-colonisateur.

L’éternel recommencement
Puis arriva la première République, avec à sa tête le charismatique Modibo Keïta. «Nous voilà, enfin, souverains ! », s’écriaient nos pères, en bombant la poitrine. Mais les dérives du régime socialiste d’alors et la terreur, que la milice faisait régner sur les populations, ont fini par sonner le glas de la première République.

Réunis au sein du Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN), un groupe de jeunes officiers prennent le pouvoir. C’était en 1968, à l’issue d’un coup d’Etat mené par le lieutenant Moussa Traoré. Du coup, les populations se remettent à chanter et à danser en scandant «liberté ! ». Mais en lieu et place, nos populations auront droit à une dictature militaire, qui aura duré 23 ans d’affilée. Avec, à la clé, des arrestations arbitraires, des tortures et la déportation des leaders politiques d’alors au Bagne de Taoudéni d’où, ils ne reviendront jamais. Du moins, pour la plupart.

Aussi, le détournement des fonds publics est devenu un sport national. Les caisses de l’Etat étaient vides. Désespérément, vides. La corruption est d’un naturel insoupçonné. Privés de salaires, durant trois ou quatre mois, les fonctionnaires usaient de tous les moyens, même illicites, pour joindre les deux bouts.

Réclamée par le Mouvement démocratique d’alors, et les organisations de la société civile, l’ouverture démocratique a été réprimée dans le sang. C’est ainsi qu’en mars 1991, l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) décrète une grève illimitée, jusqu’à la démission du général Moussa Traoré, président de la République. Le pays est paralysé. Les Forces armées et de sécurité sont déployées dans les rues de la capitale, tirant à balles réelles sur les manifestants.

C’est dans cette confusion, générale et généralisée, qu’un autre groupe d’officiers, avec à sa tête un certain ATT, procède à l’arrestation du général Moussa Traoré. C’était dans la nuit du 26 mars 1991. Comme il fallait s’y attendre, c’était la liesse populaire. Longtemps bâillonnés, les Maliens ne boudent guère leur plaisir. Avec la conviction ferme, cette fois-ci, que rien ne sera comme avant.

«La corruption sera combattue, le népotisme et le détournement des fonds, aussi », promettaient les nouveaux maîtres du pays.

Après une transition réussie, le Mali organise des élections libres et démocratiques. C’était en 1992. Les présidentielles avaient été sanctionnées par l’élection du président Alpha Oumar Konaré. La suite, on la connaît. Tous ceux qui ont chanté, ont fini par déchanter.

L’espoir fout le camp
Certes, le président Konaré a construit des écoles, des ponts, des routes, des centres de santé, des stades, des monuments……Mais il a oublié l’essentiel : l’homme malien avec une nouvelle mentalité, celle d’un patriote. Conséquence : la corruption a repris du poil de la bête ; le pillage des biens publics, aussi. Censée être le rempart à toutes les dérives, la justice est devenue, selon la célèbre formule de Me Fanta Sylla, «indépendante de tout, sauf de l’argent sale ». Plus grave, l’école était et est encore au bord de la faillite. Nos écoles supérieures, nos instituts de formation et nos universités…. Sont devenus des «fabriques » de chômeurs.

L’espoir suscité par la révolution de mars 1991 a fait place au désespoir. Pour l’écrasante majorité de nos concitoyens, c’est un retour au régime militaire.

Déçu par sa classe politique, le peuple malien décide de faire appel, cette fois-ci, à une candidature indépendante. C’est ainsi qu’ATT est réélu, en 2002, comme président de la République. Mais à l’issue de son premier mandat, marqué par une gestion «consensuelle » du pouvoir

Détournements impunis du denier public
Nul ne met en doute le patriotisme d’ATT, ni son intégrité morale et intellectuelle. Mais sa volonté de combattre la corruption et la délinquance financière avait été prise en otage par son entourage. Qui avait fait du trafic d’influence une source inépuisable de richesses. S’y ajoutent le détournement du budget de l’armée par des officiers supérieurs connus et le vieillissement continu du matériel militaire.

Sous son premier, comme sous son second mandat, ATT a construit des ponts, des routes, des écoles, des stades, des logements sociaux, des hôpitaux, des barrages…. Et donné à notre capitale sa coquetterie actuelle. Mais comme son prédécesseur, ATT a oublié de construire «l’homme malien », modifié par 23 ans de dictature militaire, auxquels se sont ajoutés 10 ans de règne Adema. Nos universités, ou supposées comme telles, sont devenues des usines pour «demi-lettrés ». Et pour des «intellos invertébrés » ; c’est-à-dire des cadres incapables de sortir une phrase de leur bouche, sans secouer le cercueil de Vaugelas.

Mais à deux mois de la fin de la fin de son second et dernier, les groupes armés occupent le nord de notre pays. Les murmures, au sein de certaines garnisons, gagnent toute l’armée. Dans certains camps, comme celui de Kati, les soldats réclament plus d’armes ; mais aussi, l’amélioration de leurs conditions de vie.

A l’issue de leur rencontre avec le ministre de la Défense d’alors, le général Sadio Gassama, un groupe de sous-officiers pillent le dépôt d’armes de Kati. Avant de descendre dans la rue. Des chars tirent sur le Palais présidentiel. ATT et ses proches quittent la présidence et le pouvoir. Sans coup férir.

Un certain Amadou Haya Sanogo, obscur capitaine et chef des putschistes, se déclare «Calife » à la place du Calife. Du coup, les partenaires techniques et financiers suspendent leur aide au Mali. S’ouvre la course aux richesses et aux glorioles. Les membres de la junte militaire s’enrichissent à tour de bras. Les fonds du trésor public sont transférés dans des caisses au camp Soundiata de Kati où, ils sont partagés entre les chefs de la junte militaire. S’en suivent l’arrestation des leaders politiques, le pillage des biens publics et privés et les expéditions punitives…

Les Maliens, entre désespoir et désespérance
Pour mettre fin à ces dérives totalitaires, la CEDEAO menace le Mali d’embargo. Après une autre transition, dirigée par Pr Dioncounda Traoré, des élections sont organisées en juillet 2013. Elu avec un score de plus de 77 % des voix, IBK a du mal à redonner espoir à ses concitoyens. La misère gagne du terrain. Sept familles sur dix peinent à se procurer trois repas par jour. Les affaires se succèdent, sans discontinuer : achat du Boeing présidentiel, équipements militaires, engrais frelatés… Selon le dernier rapport du Vérificateur général, près de 150 milliards CFA auraient été passés à la casserole par les «bouffecrates » de la Rue publique. En dépit de la signature de l’accord de paix, les 15 mai et 20 juin derniers, l’insécurité a gagné toutes les régions du Mali. Ou presque. A quelques jours de la plus grande fête musulmane (Tabaski), les Maliens ne savent plus à quel sein, pardon à quel saint, se vouer. Pour fuir les regards interrogateurs de leurs enfants, certains chefs de famille quittent le domicile conjugal, dès l’aube, sur la pointe des pieds. Parce qu’ils ne disposent pas, encore, d’un mouton à la maison. Ou des 1.000 CFA, nécessaires pour faire bouillir la marmite.

Considéré comme le seul candidat, capable de mettre fin à la crise du Nord, de lutter contre la corruption et la délinquance financière, IBK a été élu avec un score inédit de 77,3 % à l’élection présidentielle de juillet 2013. Deux ans après, la promesse des fleurs n’a pas tenu celle des fruits. Requiem !

 

Oumar Babi

Canard Déchainé du 16 Septembre 2015

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