L’Assemblée Nationale vient d’adopter le budget général de l’Etat pour 2016. Un budget déficitaire qui s’inscrit dans une logique d’austérité et d’ajustement qui se fera probablement dans la douleur.
Il faut rappeler qu’en dépit de multiples sacrifices des populations pour l’atteinte de l’IPPTE, la loi de finances pour 2016 montre que l’état des finances publiques guinéennes reste encore très préoccupant.
Les dépenses publiques reculent par rapport au budget de 2015, entrainant dans son sciage les dépenses d’investissement et de transfert. Mais, paradoxalement, la progression des dépenses de la dette atteint un niveau inquiétant.
Les prévisions en matière de dépenses et d’impôts ne riment ni avec l’optimisme, ni avec réalisme.
Ainsi, en matière de dépenses publiques, on assiste à:
Cette baisse des dépenses publiques montre le profil d’une loi de finances qui fait dos aux réalités du pays et en même temps contredit la loi de l’accroissement continue des dépenses publiques.
L’augmentation de la dette publique interne (impayés) peut engendrer des difficultés financières non seulement au niveau des entreprises, mais aussi et surtout, au niveau des banques primaires.
En effet, les entreprises adjudicataires des marchés publics préfinancent les marchés par le nantissement de leurs marchés auprès des banques. En réalité ce sont les banques qui préfinancent les marchés de l’Etat en Guinée. Toute conséquence du retard ou défaut de paiement est supportée par la trésorerie des entreprises.
Si l’augmentation de la charge de la dette extérieure de 116.43% s’inscrit dans le long terme, tous les efforts consentis dans le rétablissement des équilibres macroéconomiques depuis 1986 seront perdus.
La réduction des dépenses sociales est contraire au document de stratégie de lutte contre la pauvreté qui constitue le document de référence de la gouvernance actuelle. Le budget social de 2016 rappel les tristes et difficiles périodes de l’ajustement structurel avec son cortège de malheurs.
La baisse des dépenses d’investissement touchera directement les entrepreneurs qui exécutent les marchés de l’Etat.
Si l’action de l’État par la dépense publique pour 2016 frise le pessimisme, que peut-on dire des ressources publiques ?
Dans la corbeille des ressources publiques, la fiscalité se taille la place de lion à travers :
En agissant ainsi, le gouvernement guinéen semble sacrifier les maillons faibles de la société guinéenne au profit des équilibres macro-économiques à rétablir.
Il est évident que les mesures fiscales contenues dans la loi de finances pour 2016 aura des incidences sociales et économiques négatives.
Dans ce sens, le relèvement du taux de la TVA de 2% décourage la consommation des biens taxés et freine leur circuit commercial. Il en est de même de l’élargissement du champ d’application de la TVA sur la farine et les huiles alimentaires. Cette dernière mesure pénalise fortement les ménages qui disposent de revenus de nature contractuelle dont l’augmentation n’est pas indexée à celle du coût de la vie, et qui supportent difficilement les augmentations significatives des produits de base.
Pour ces ménages, toute augmentation du prix des produits de grande consommation entraine soit la réduction de leur consommation, soit son financement pour certains par des moyens illégaux ou illégitimes (vol, corruption et pratiques assimilées, prostitution, détournements etc.).
A ces multiples difficultés relatives à l’exécution de la loi de finances pour 2016, le décret interdisant l’importation des véhicules d’occasion dont l’âge est supérieur à 8 ans rend l’addition encore plus compliquée et l’exécution du budget de plus en plus difficile.
Outre les pertes énormes des recettes douanières, le décret ci-dessus va tuer un secteur important de l’économie guinéen dont la disparition entrainera des conséquences sur d’autres secteurs (transport par exemple).
Que faut-il dire d’une loi de finances avec un solde négatif, un montant qui recule par rapport au budget de 2015, qui sacrifie les couches les plus vulnérables et les plus pauvres, et qui compte sur l’endettement extérieur?
L’observation la plus banale montre qu’une telle loi de finances ne rime pas avec la croissance, mais plutôt frise le naufrage économique, social et financier.
Pourtant, l’alternative au naufrage existe, non seulement au niveau des dépenses, mais aussi au niveau des ressources.
Au niveau des dépenses, des économies sont possibles par :
– la réduction considérable des crédits au titre des achats des biens et services qui ne sont que des cadeaux budgétaires accordés aux agents d’exécution du budget ;
– l’audit de la dette interne ;
– la mise en place d’un comité de trésorerie qui veillera sur la sincérité des dépenses ;
– la limitation du nombre de missionnaires et des missions à l’extérieur ;
– l’interdiction de toutes dépenses extrabudgétaires.
Au niveau des recettes internes, des augmentations sont possibles à travers :
Il est évident que la réussite de la loi de finances pour 2016 dépendra de la volonté politique et d’un consensus populaire.
Mais, à l’heure actuelle, le consensus au tour de la gouvernance se heurte à des freins d’ordre politique et social. Il s’agit notamment :
Dans ce sens, sans une solution urgente et adéquate, la Guinée risque de plonger dans une situation de précarité, d’insécurité et de crises sociales qui rappelleront les événements de janvier et février 2007.
Dr KAKE Makanera Al-Hassan, enseignant chercheur/Université Sonfonia-Conakry
Vraiment c’est un cours ça.
le grand Makanera
Vraiment Dr Makanera, Vous avez une vision très éclairée sur les finances publiques, même à travers les cours des finances publiques que vous nous avez donné hier à Kipé au compte de la L3 de L’ISFAD Entrepreneuriat et organisations corporatives, prouve à suffisance que il y a Docteurs parmi les Docteurs.
Vous êtes un cadre intègre et confirmé de ce pays.
Seulement dans notre pays, les méritants ne méritent pas le droit à leurs récompenses sauf les copinages et les parentés, choses qui, si les dirigeants ne cherchent pas à lutter contre, peuvent tuer le pays à petit feu.
Merci
Mr Koui Maxime SOUOMY
Ministère Élevage et productions animales