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GUINÉE : le retour de l’Ajustement structurel (FMI): Le gouvernement entre l’enclume et plusieurs marteaux.

février 13th, 2016 | par Leguepard.net
GUINÉE : le retour de l’Ajustement structurel (FMI): Le gouvernement entre l’enclume et plusieurs marteaux.
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C’est grave pour les pauvres, les malades et les entrepreneurs car, le FMI est de retour en Guinée muni d’un programme d’austérité assorti de conditionnalité économique.

Maintenant, le gouvernement s’encastre dans les chiffres (les agrégats macroéconomiques), et fait dos à l’homme et à l’économie. Son seul objectif réside dans la restauration des équilibres macroéconomiques.

En agissant ainsi, le gouvernement atteint le statut de gouvernement intérimaire, gérant l’État pour le compte des agences étrangères multilatérales et du capitalisme international. Il devient de moins en moins sensible aux intérêts nationaux et se place sous un contrôle de plus en plus serré du couple F.M.I/ Banque Mondiale.

                   Mais, que vient faire le FMI en Guinée ?

 

Le FMI, médecin des économies malades, donne les premiers soins aux économies malades à travers les mesures de stabilisation. Ces mesures visent la réduction de la demande publique, c’est-à-dire, la consommation publique et privée par la réduction du déficit de la balance des paiements et de l’inflation à un niveau viable ou acceptable.

La réalisation de ces objectifs nécessite des ajustements budgétaires, monétaires et de la politique de change. Ces différents ajustements se réaliseront dans la douleur et seront parfaitement perceptibles au second trimestre de l’an 2016.

Les ajustements budgétaires ont pour vocation la réduction de la dépense publique à travers la :

– Coupe des dépenses d’investissement qui n’affecte qu’une population dispersée de petits entrepreneurs et d’ouvriers qui ne sont pas influents au niveau de la prise des décisions. A ce niveau, le budget a connu un recule de 5.02% par rapport à 2015.

Aussi, il faut ajouter que l’État reste débiteur de beaucoup d’entrepreneurs des sommes astronomiques dont le retard de paiement entrainera des difficultés pour ces entreprises ;

-Coupe de dépense de transfert, par la suppression de la subvention et la taxation à forte taux de TVA (20%) de certains produits de première nécessité jusque-là subventionnés. Les dépenses de transfert reculent de 11.42% par rapport à 2015. Donc, pour le gouvernement la pauvreté peut attendre.

– Coupe des dépenses de fonctionnement par la réduction des dépenses d’achat de biens et services qui entraine l’impossibilité de prise en charge financière des nouveaux agents publics et de la moindre création d’emploi dans le secteur public en 2016.

La mise en œuvre des ajustements monétaires ou politiques monétaire permettra la réduction de la masse monétaire à travers la réduction du crédit à l’économie afin de diminuer l’inflation par la monnaie.

Aussi, avec l’application de la politique de change, on assistera probablement à la dévaluation du Franc guinéen. A titre d’exemple, aujourd’hui le dollar s’échange au marché parallèle à raison d’un dollar contre 9000 Francs guinéens, alors qu’il était échangé contre 7000 Francs guinéens au premier semestre de l’année 2015.

On peut légitimement se demander si les mesures préconisées par le FMI sont constitutives de solutions de sortie de crise ?

 

Cette question semble trouver sa réponse dans les affirmations des spécialistes de renommée internationale au sujet du Fonds Monétaire International(FMI) parues dans le monde diplomatique, manière de voir n°18. Il s’agit de :

– M. Rudiger Dornbusch de MIT : « même en réalisant de gros efforts d’ajustement, les pays ne tombent pas sur les pieds en courant, ils tombent dans un trou ».

– M. Chossudovsky, dans son ouvrage : « les ruineux entêtements du FM », note à propos de l’échec de la décennie d’ajustement que : « la thérapie proposée par le F.M.I. détruit l’économie, disloque la société civile des pays endettés et entraîne le monde vers l’abîme ».

Encore, selon W. Bello et S. Cunningham, « l’ajustement structurel a eu pour vocation non point de favoriser la croissance des pays en voie de développement, comme on le prétend, mais de mettre un coup d’arrêt aux progrès économiques qu’ils avaient accomplis de 1950 à 1980. Ces trente années dont on dit parfois qu’elles furent les trente glorieuses ».

Enfin, dans son ouvrage,  «  jusqu’au cou », George Suzanne citant Cameron Duncan écrit : « Si une longue soumission aux instructions du F.M.I. et de la Banque Mondiale garantissait le salut, cette île des Caraïbes devrait être un paradis. Elle suit scrupuleusement la doctrine des avantages comparatifs, elle est ouverte aux investisseurs étrangers et au commerce extérieur… ».

 

 

De même, S. George note: «  … tant que le F.M.I. sera aux commandes au nom du consortium, et si l’on exclut un soulèvement général le changement ne sera guère possible l’ironie tragique de la chose est que la faim, la misère et les morts prématurées n’aideront même pas le pays à rembourser sa dette, raison pourtant avouée de tant de sacrifices »[1]
Taux de change ce samedi 13/02/2016: 5000cfa=  72.000 fg/ 100ϵ= 1.000.000 fg/ 100ṩ 900.000 fg

 

Dr KAKE Makanera Al-Hassan

Enseignant chercheur/Université Sonfonia-Conakry

2 Comments

  1. Mamadou Moustapha Diallo says:

    c’est vraiment un raisonnement bien fait on veut maintenant la baisse du prix du carburant

  2. KABA Ousmane says:

    Je partage d’emblée votre point de vue dans ce développement Docteur KAKE. Personnellement, je n’ai aucune confiance dans les institutions internationales dont le couple FMI/Banque Mondiale et ce pour plusieurs raisons :
    Quand nous regardons dans le rétroviseur de l’histoire de cette institution, nous nous apercevons à travers des preuves tangibles, qu’au lieu de soigner les économies comme le veut sa vocation théorique, elle les démonte pour les rendre plus vulnérables et dépendantes vis-à-vis d’elle. Les témoignages de certains hauts fonctionnaires consciencieux de l’institution et la nature anachronique et inopportune de certaines de ses recommandations le démontrent à suffisance. Il faut se rendre à l’évidence que le but affiché d’aider les économies à se redresser, n’est pas en réalité le but poursuivi par le FMI. Sous cet angle, je vois le couple FMI/ BM comme des instruments déguisés à la disposition de quelques pays et individus pour soumettre et contrôler les Etats faibles.
    Si le FMI et les pays les pays qui le pilotent souhaitaient sincèrement l’indépendance économique de l’Afrique, ils auraient accompagné positivement la mise en place du fond monétaire africain que le feu président Kadhafi voulut voir opérationnalisé courant 2014. Mais, au contraire, vu que d’une part, leur participation au capital leur a été refusée et, d’autre part, cette institution pourrait couper le cordon financier avec la mafia financière et accélérer le développement de l’Afrique, ils ont trouvé le raccourci de le supprimer ce grand panafricaniste afin de retarder le projet.
    Concernant le cas précis de notre pays, fraichement sortie d’une épidémie qui a freiné la cadence de sa machine économique, il est aberrent de mettre en œuvre des mesures qui, a la fois, impacteront négativement sur les deux composantes essentielles d’une économie à savoir la production et la consommation. Est- ce là une bonne prescription pour une économie malade ? Indéniablement la réponse est non.
    L’argumentaire standard des « soi-disant experts » est simple « pour construire une économie viable à long terme, il faut payer le prix de la douleur des réformes à court terme ». Sauf que, le plus souvent, les reformes préconisées sont déconnectées des réalités et des objectifs visés. Ce qui fait que les pays qui entreprennent aveuglement ces genres de reformes subissent une double peine : sacrifice à court terme et échec à long terme. Quel paradoxe !
    Pour vous conforter dans votre raisonnement Docteur KAKE, moi je pense que certains ministres ont été imposés au président par le FMI afin que ces derniers facilitent la mise en œuvre de leurs politiques au détriment de l’intérêt national. On pourrait croire que l’actuel gouvernement n’a aucune autonomie pour décider de la marche de notre pays, il est plutôt une marionnette du capitalisme international.
    A la décharge des institutions internationales, il faut noter la corruption, le manque de patriotisme, de compétence et de vision de certains « hauts cadres » de L’Etat.
    En conclusion, pour entamer un développement durable, le pays ne doit compter que sur ses ressources propres (humaines et financières) et non pas sur la mafia financière internationale.
    M.KABA Ousmane diplômé en Master 2 Banque et Marchés financiers à l’Institut d’Administration des Entreprises de Tours (FRANCE)

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