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Le rapprochement entre le président Alpha condé et les réfractaires à la limitation du mandat présidentiel, bon ou mauvais augure ?

mars 19th, 2016 | par Leguepard.net
Le rapprochement entre le président Alpha condé et les réfractaires à la limitation du mandat présidentiel, bon ou mauvais augure ?
Article
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Après sa « brillante » réélection à travers le fameux « coup ko » en 2015, le constat est que notre président Alpha Condé manifeste de plus en plus d’intérêt collaboratif et d’admiration pour certains présidents qui, dans leurs pays respectif, ne sont pas les meilleurs exemples en matière de respect des règles constitutionnelles a fortiori la limitation du mandat présidentiel. A priori, ce gain d’intérêt entre ces hommes d’État n’a rien d’exceptionnel pour faire l’objet de conjectures. Mais, a posteriori, compte tenu des parcours politiques des uns et des autres, le résultat de ce rapprochement pourrait être globalement positif ou négatif confirmant ainsi le bon ou le mauvais augure.

Bon augure ?

Le président Alpha Condé, pendant son premier quinquennat, a eu à poser quelques actes qui sont en parfaite adéquation avec son slogan du changement, notamment l’initiation et/ou la réalisation des projets publics d’une grande importance pour le bien des guinéens dont entre autres :

  • La mise en application du principe de l’unité de caisse (tous les fonds publics doivent être gérés par le Trésor en termes de recettes et dépenses) : Cela permet normalement de limiter les saignées financières
  • La reforme de la fonction publique avec le recensement biométrique et le système de pointage électronique : Évidemment, cette reforme a permis de mettre au jour 11 000[1] fonctionnaires fictifs qui émargent à la fin de chaque mois à la Fonction Publique. Ce qui coûte plus de 26 millions d’euros par an.
  • Initiation des fêtes rotatives de l’indépendance dans les quatre régions naturelles avec pour objectif de doter d’infrastructures administratives de bases, toutes les grandes villes de la guinée : Cette politique est d’autant plus efficace et intéressante qu’elle a réalisé en cinq ans, ce que près de trente ans d’administration n’a pas réussi ;
  • La réalisation du barrage Kaléta : bons nombres de politiciens ou d’administrateurs diront que c’était un projet mûr à cueillir, oui bien sûr comme le veut la continuité de l’administration ; certains conçoivent, d’autres réalisent. Pour le projet de Kaléta, le mérite revient au président Alpha Condé d’avoir traduit en réalité, un rêve en sommeil depuis plusieurs années. Nul ne peut estimer malgré quelques disfonctionnements techniques avérés liés à la mise en route prématurée, les retombées positives de l’électricité fournie par le barrage réalisé quand on sait que « pas d’énergie, pas de développement » ;
  • L’atteinte du point d’achèvement dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Initiative PPTE) : cela a permis un allègement de la dette équivalant à 2,1 milliards de dollars en faveur de la Guinée, représentant une réduction de 66 % du futur service de sa dette extérieure (les intérêts) sur une période de 40 ans[2]. Il faut reconnaitre que plusieurs gouvernements successifs avant 2010 sont passés à côté de ce programme. Désormais, ce qui aurait été consacré à rembourser les dettes, servirait à investir dans des projets sociaux ;
  • La politique de la campagne agricole visant à assurer l’autosuffisance alimentaire ; etc.

Ces différents accomplissements du président sont à féliciter et encourager en toute bonne foi.

Pour continuer dans cette dynamique de changement, surtout dans le domaine économique, j’ose estimer que le rapprochement avec le président Rwandais Paul KAGAME, serait indéniablement d’un très bon présage sachant que ce dernier incarne incontestablement, un modèle de réussite exceptionnelle en Afrique grâce à la modernisation de son économie ; un exemple qui mérite d’être suivi. A rappeler que le Rwanda, petit pays enclavé de l’Afrique centrale, sorti du génocide en 1994, a démontré en vingt (20) ans à travers son président, la possibilité d’un miracle économique dans un pays africain quel que soit le niveau de ses ressources. De ce point de vue, l’intérêt manifesté à l’endroit du président Rwandais est d’un augure vivement souhaitable.

Mauvais augure ?

Au courant de la dernière décennie, l’Afrique sub-saharienne a enregistré des cas de modifications constitutionnelles et de tentatives (Burkina, Burundi, Congo, Rwanda ; etc.) constituant de très mauvais exemples pour le processus de démocratisation en cours. Dans mon analyse, seuls les cas du Congo et du Rwanda m’intéressent.

Pour le Congo

Il s’agit du referendum de modification constitutionnelle du 25 octobre 2015 qui s’est soldé par une « victoire » de Sassou N’guésso et une régression de la démocratie congolaise. Ce président, insatisfait de trente (30) ans de pouvoir, s’était résolu, malgré les contestations et les mises en garde de la communauté internationale, à faire sauter le verrou de la limitation du mandat que garantissait la constitution aux prix des vies humaines et des dégâts matériels inchiffrables. Je rappelle que ce chef d’État faisait parti des invités de marque lors de l’investiture du président Alpha Condé le 14 décembre passé. A mon sens, le président Sassou N’guésso n’incarne que du mauvais exemple.

Cas Rwandais

On sait que, Paul Kagamé qui vient de boucler une visite d’amitié et de coopération dans notre pays le 08 mars dernier, a initié et réussi récemment une révision constitutionnelle en sa faveur concernant la limitation du mandat. Désormais, il a théoriquement la possibilité de rester au pouvoir jusqu’en 2034. Le nouveau texte lui autoriserait à briguer un nouveau mandat de sept ans en 2017, puis deux mandats de cinq ans par la suite. En plus, ces derniers temps, Washington, l’allié inconditionnel du gouvernement rwandais, n’a pas manqué de signifier sa déception au président par rapport à cette initiative et a accusé Kigali d’être « impliqué dans des activités déstabilisatrices » pour le Burundi voisin en recrutant des réfugiés burundais pour les enrôler dans une opposition armée contre le régime du président Nkurunziza. De cet autre point de vue, le président Kagamé n’est pas un bon exemple à suivre.

Aujourd’hui, connaissant les péripéties et les manœuvres politiques que le pays a connues ces dernières années, mon inquiétude tient à la probabilité de tentation induite par la collaboration de notre président avec ces deux réfractaires à la limitation du mandat présidentiel, sachant qu’il est dans le même cas de figure ; comme le disent ces dictons « tout ce qui s’assemble, se ressemble », «dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es » . Dans ce cas d’espèce, l’augure ne peut inspirer de l’espoir.

En fin, se référant à certaines déclarations du président Alpha Condé concernant sa volonté d’entrer par la grande porte dans l’histoire et d’être le Mandela de la Guinée, j’espère qu’il est suffisamment lucide et rationnel pour ne pas s’aventurer dans des manœuvres de révision constitutionnelle ; qu’il se servira plutôt du bon exemple de ses nouveaux partenaires pour une succession apaisée et répondant au souhait du peuple. Mais, l’avenir nous en dira plus ….

 

 

 

Kaba Ousmane, membre de rédaction leguepard.net

Titulaire d’une Maitrise en Économie-Finance à L’université de Kankan et d’un Master2 Banque et Marchés Financiers à l’Institut d’Administration des Entreprises de Tours

[1] D’après le gouvernement

[2]  Les chiffres correspondent aux estimations d’un allégement effectif de la dette par les services du FMI.

One Comment

  1. Amadou Baillo BAH says:

    Voila qui est bien dis mais le peuple de Guinée ne se laissera pas duper. C’est fini l’heure de la dictature.

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