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Jean-Pierre Bat : « Houphouët-Boigny était la tête de pont du système » de la Françafrique

avril 17th, 2016 | par Leguepard.net
Jean-Pierre Bat : « Houphouët-Boigny était la tête de pont du système » de la Françafrique
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Les archives de Jacques Foccart, le premier « Monsieur Afrique » de la Ve République livrent leurs secrets. Entretien avec le chercheur qui a la charge de ce fonds d’une richesse exceptionnelle.

« Les archives répondront à votre question. » C’est ce que disait Jacques Foccart quand Philippe Gaillard, ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique, l’interrogeait sur ses souvenirs. Désormais libres d’accès, ces documents conservés aux Archives nationales, à Pierrefitte (au nord de Paris), peuvent livrer leurs secrets.

Conseiller à Matignon en 1958 puis à l’Élysée en 1959, secrétaire général à la présidence pour les Affaires africaines et malgaches à partir de 1960 – fonction qu’il conservera sous la présidence Pompidou, de 1969 à 1974 -, Foccart sera le seul à s’entretenir quotidiennement avec de Gaulle. Grâce à ces archives, où l’on retrouve notes, correspondance, cartes ou photos, et grâce à la publication d’un inventaire numérique détaillé, chacun peut désormais découvrir les arcanes de la politique africaine de la France et démêler l’écheveau de ce que l’on a appelé les « réseaux Foccart ».

Le mérite en revient en grande partie à Jean-Pierre Bat, agrégé et docteur en histoire – c’est lui qui a la charge de ce fonds d’archives. De sa thèse, cet archiviste-paléographe a tiré La Fabrique des « barbouzes ». Histoire des réseaux Foccart en Afrique (Nouveau Monde éditions).

Jeune Afrique : Sur quels pays se concentrait l’attention de Foccart et du général de Gaulle ?

Jean-Pierre Bat : C’était d’abord sur la Côte d’Ivoire, cela ne fait aucun doute. Le président Houphouët-Boigny était la tête de pont du système. Il y avait aussi des pays qui étaient clairement des poids lourds, comme le Sénégal. D’autres étaient considérés comme stratégiques : au début, en Afrique centrale, c’était le Congo, puis cela a été le Gabon. Et puis il y avait ceux dont il fallait gérer les crises, comme le Tchad… Cela ne veut pas dire que Foccart hiérarchisait. En fait, dans une même journée, il était informé sur tout : il disposait notamment d’une dizaine de chargés de mission qui lui rédigeaient des notes quotidiennes. Et c’est sur cette base-là qu’il préparait ses entretiens avec de Gaulle. Dans le fonds Foccart, en plus de ces fameuses notes, on retrouve les documents à partir desquels elles ont été établies.

Foccart démentait l’existence de réseaux organisés et niait celle d’agents rémunérés. Qu’en était-il ?

Foccart avait une conception très normative de ce qu’était un réseau. Pour lui, un réseau c’était une organisation clandestine, avec des agents rémunérés et un objectif politique, subversif ou pas. Il prenait comme référence les réseaux de la Résistance. Et, effectivement, il n’y avait pas à proprement parler autour de lui d’organisation constituée suivant cette définition.

Reste que Foccart était informé de tout. Ses sources pouvaient être des sources officielles et institutionnelles de la République française, de la diplomatie aux services de renseignements en passant par la coopération. Ce pouvait être aussi des sources officieuses, plus informelles et personnelles, via des réseaux d’anciens de la Résistance réactivés ou des agents anticommunistes.C’est souvent dans ce dernier cercle que se trouvent les barbouzes, au carrefour entre monde officiel et connexions officieuses.

Ces barbouzes n’avaient-ils que des motivations idéologiques ?

De fait, cette génération était très peu motivée par l’argent. Ils considéraient qu’ils agissaient pour la France. Il va sans dire que, dans les années suivantes, les choses ont pu évoluer – l’âge de la retraite arrivant, certains d’entre eux ont même été « rachetés » par des présidents africains.

 

 

 

Source: Jeune Afrique

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