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J’étais à l’inauguration de la mosquée Karamoko Alpha mo Timbo(Par Alpha Sidoux Barry)

juin 3rd, 2016 | par Leguepard.net
J’étais à l’inauguration de la mosquée Karamoko Alpha mo Timbo(Par Alpha Sidoux Barry)
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« Ko sadhi ! ko tooli ! » : « Bienvenue à nos hôtes ! » La banderole d’accueil des invités s’étend le long de la voie d’accès à la ville sainte. Ce vendredi 27 mai 2016 est un jour historique. La communauté musulmane ouest-africaine tout entière se rassemble pour célébrer l’inauguration de la grande mosquée de Timbo, l’ancienne capitale du Fouta Djallon théocratique.
C’est la première mosquée du Fouta Djallon. Elle a été créée par Saïkou Ibrahima Sambégou connu sous le nom de Karamoko Alpha mo Timbo (« mo » signifiant « de »), le chef spirituel et fondateur de l’Etat théocratique du Fouta Djallon. Le sanctuaire a été entièrement rénové sur fonds privés provenant d’une collecte populaire et d’une contribution du CNDD sous le régime du capitaine Moussa Dadis Camara pour le gros œuvre et la finition a été assurée par une donation du président Condé Alpha. Celui-ci s’est rendu par deux fois à Timbo pour suivre l’état d’avancement des travaux et a personnellement recommandé les artistes qui ont achevé l’œuvre d’art. Le coût global de l’édifice est difficile à évaluer. Tout au plus, sait-on que ce sont plusieurs dizaines de milliards de FG.
De l’entrée de la ville sainte, au lieu dit « Diwanou konondo » (« les Neuf provinces ») jusqu’à la mosquée, sur plus de deux kilomètres, la foule est immense. Innombrable. L’usage de la langue malinké pour désigner la pierre sur laquelle ont été creusés neuf trous symbolisant les neuf provinces du Fouta théocratique témoigne de l’unité qui existait à l’époque entre les différentes ethnies du pays. Cette pierre a été scellée dans une stèle. Un panneau indique les neuf Diwé (pluriel de Diwal qui signifie province), dont Timbo (la capitale politique), Fougoumba (la capitale religieuse où sont couronnés les Almamys, titre qui veut dire chef spirituel et commandeur des croyants), Timbi ou Labé (la plus grande par sa superficie). La neuvième, Fodé Hadji, regroupant tous les Hal poular (ceux qui parlent peul) Djallonkés et Mandingues. Une masse compacte de fidèles se recueillent autour de la pierre pour prier et pleurer à chaudes larmes, à l’évocation des pères fondateurs, dont le meilleur d’entre eux, le plus érudit en science coranique et le plus vertueux, Karamoko Alpha mo Timbo, qui fut le premier Almamy du Fouta Djallon, dont le patronyme était Barry.
La foule est si compacte qu’on a de la peine à se mouvoir. Tous les véhicules doivent stationner dans un grand parc à l’entrée de la ville. Il faut marcher à pied pour atteindre la mosquée. C’est dire si la journée va être rude.
Tout le monde est en tenue traditionnelle, le caftan ou le grand boubou brodé, avec la coiffe dite « pouto ». C’est tout un rituel pour mettre celle-ci. De forme conique, on écrase le haut au-dessus de la tête et on relève l’arrière. Deux poutos ne sont jamais identiques tant la broderie est sophistiquée. Toutes les figures géométriques y sont représentées, avec deux couleurs dominantes, le vert, couleur du Prophète de l’Islam, et la couleur orange, symbolisant l’oranger du Fouta.
Les femmes sont parées de leurs meilleurs atours avec des tenues de préférence d’un blanc immaculé. Elles sont toutes d’une beauté néphertitienne. Quoi de plus naturel, pour ceux qui savent !
Parmi les participants, il y a des représentants de tous les foyers islamiques (doudhè) des neuf anciennes provinces du Fouta Djallon. Sont invités tous les alliés de Basse Guinée, de Haute Guinée et de Guinée Forestière. Il y a là aussi les représentants de toute la diaspora peule sur les cinq continents, des délégations venues des pays voisins, Guinée-Bissaü, Gambie, Sénégal, Mali, Burkina, Niger, Tchad et jusqu’au Nord Nigeria. Il y a enfin les autorités ès-qualité représentées par le premier ministre Mamady Youla en personne venu à bord de l’hélicoptère présidentiel et le chef de l’opposition républicaine, Cellou Dalein Diallo. Celui-ci est accueilli sous les vivats : « Prési ! Prési ! Prési ! »
Ces deux hôtes de marque et leurs suites sont logés séparément dans les deux demeures restaurées de Karamoko Alpha mo Timbo dans la cour attenante à l’enceinte de la grande mosquée. Cellou Dalein s’est déplacé pour aller saluer et rendre une visite de courtoisie au chef du gouvernement Mamady Youla, selon la tradition d’accueil et d’hospitalité bien connue du Fouta Djallon. Quelle belle image d’unité nationale que cette rencontre informelle entre le pouvoir et l’opposition, unité nationale qui est l’un des thèmes majeurs de la cérémonie d’inauguration de la mosquée !
Les deux temps forts de la cérémonie sont l’accueil des hôtes dans les gallés (concessions ou demeures des habitants de Timbo) et le déroulé de la prière solennelle du vendredi à 14 heures. Le président du Haut conseil de Timbo, Barry Alpha Bacar, connu sous ses initiales BAB, ancien ministre puis ambassadeur sous la Ière République, est en convalescence à Paris. L’inauguration est placée sous le haut patronage du Comité central d’organisation composé des grands dignitaires des deux clans Alphaya et Sorya qui alternaient au pouvoir tous les deux ans, à l’époque où celui-ci était régi par la démocratie foutanienne avec un Sénat souverain (Assemblée des sages).
Sont membres du Comité central d’organisation, les descendants du dernier Almamy du Fouta Djallon, l’Almamy Ibrahima Sory Daara, dont les deux aînés, les jumeaux Alhassane et Alséïny Barry et les descendants de l’illustre Bocar Biro, dit le Lion, dont Mody Oury Barry, qui préside à l’heure actuelle cette institution. Cette fête est celle de tout le Fouta Djallon mais aussi celle des Barry, dépositaires de l’ancien Etat théocratique.
La nouvelle mosquée Karamoko Alpha mo Timbo est d’une beauté toute rayonnante. Elle peut accueillir 1 500 fidèles. C’est un édifice de type R+1 aux couleurs blanc et bleu azur, entouré de quatre minarets hauts de 35 mètres placés aux quatre points cardinaux. Du dôme de 5 mètres de rayon qui s’élève à 14 mètres du sol, pend un lustre central de toute beauté. L’intérieur de la mosquée a fait l’objet d’un choix minutieux de couleurs et de luminaires. A l’extérieur, le bloc d’ablution qui contient un bassin de 20 mètres de long et de 8 mètres de large est destiné à la toilette rituelle et à la toilette mortuaire. Il est alimenté par un château d’eau de 7 mètres de haut. L’esplanade est garnie de gravier de bowal provenant du relief granitique typique du Fouta Djallon (appelé bowal). L’enceinte extérieure comporte 7 portails métalliques peints en noir de 4 mètres de large chacun. L’alimentation électrique est assurée par un groupe électrogène de 20 kVA et de 4 panneaux solaires. Un système de sonorisation interne et externe a été installé. Malheureusement, ce dernier fera défaut et le service d’ordre ne pourra pas l’utiliser pour discipliner la foule.
Aux alentours de 13 heures, la grande prière du vendredi qui va marquer le point culminant de la cérémonie d’inauguration de la mosquée Karamoko Alpha mo Timbo s’annonce. L’impressionnant dispositif des forces de l’ordre et de sécurité composé de gendarmes et de policiers en tenue de combat entourant le premier ministre Mamady Youla se met en place pour protéger son entrée dans la mosquée. La foule est si dense que cela provoque un mouvement de masse. La bousculade s’intensifie car chacun veut pénétrer à l’intérieur de l’enceinte. Nul ne peut manquer le recueillement dans le sanctuaire près du mausolée de Karamoko Alpha pour s’abreuver à cette source de sagesse et d’honneur. Car il s’agit pour tout ressortissant du Fouta Djallon d’un véritable pèlerinage. On se bouscule, on joue des coudes. Le mouvement de foule dégénère en bagarre. Certains grimpent pour enjamber le mur d’enceinte et tombent à l’intérieur de la grande esplanade. Les forces de l’ordre lancent alors des grenades lacrymogènes pour dégager le passage. L’éclat des bombes sème la panique dans la foule massée contre les grilles. Des personnes surtout âgées s’évanouissent, tombent et sont piétinées. La fumée suffocante des gaz s’étend jusqu’à des nids d’abeilles non loin de là qui s’égaillent et envahissent les lieux. C’est le comble ! A présent, les gens refluent pour fuir les gaz et les abeilles. Exaspérés par les bombes lacrymogènes des forces de sécurité, des jeunes lancent des pierres en direction des policiers et des gendarmes. La colère se mue en une véritable émeute. J’ai vu au moins 3 véhicules tout-terrain officiels VA (Véhicule Administratif) complètement détruits et hors d’usage. Puis, en peu de temps, c’est place nette autour de la mosquée. Bilan : 6 blessés graves sont évacués à Mamou et une cinquante d’autres soignés sur place. Le diable politique n’était pas bien loin, camouflé sous des dehors en apparence trompeurs. Vers 15 heures, une pluie diluvienne s’abat sur la ville sainte.
La grande prière du vendredi s’est déroulée à l’heure dite. De nos jours, les neuf Diwé sont regroupées en trois régions : Timbo, Timbi et Labé. Alors, Timbo qui est l’hôte et le maître de cérémonie confie la récitation du Katmoul Ghour’ân à Timbi et Labé. Après une rapide concertation, Labé cède cet immense honneur à Timbi. Mais, Labé en sera récompensée et conduira la prière par l’intermédiaire du grand imam de Daralabé. Comme lors du pèlerinage annuel à la Mecque, tous les fidèles ne peuvent pas tenir dans l’enceinte de la Mosquée. Il est permis à chacun de prier sur le lieu où il se trouve dans un rayon de 5 kilomètres autour de la Kaaba. C’est exactement comme si l’on priait à l’intérieur du sanctuaire. Ici, on demande aux fidèles de prier dans les gallés où ils sont hébergés. Le bénéfice en bénédictions est le même que pour ceux qui se trouvent dans la mosquée Karamoko Alpha mo Timbo.
Les péripéties autour de la mosquée ont perturbé le déroulement de la cérémonie d’inauguration. C’est ainsi que les discours officiels qui étaient prévus ont été annulés, de même que le récital de poésie peule. Cependant, les prières d’Asr, de Maghrib et d’Ichaï se déroulent normalement et clôturent la célébration. Mais, depuis 15 heures et la grande pluie, des milliers de fidèles avaient entamé la pérégrination pour leur retour chez eux. Des embouteillages monstres encombrent la route Mamou-Dabola qui traverse la ville sainte située dans une vallée encaissée entourée de montagnes. Un site idéal pour héberger une cité. Mais, la longue descente qui mène à Timbo s’est transformée en calvaire. Machines et hommes s’interpénètrent et se bloquent mutuellement. Il faudra attendre jusqu’aux alentours de minuit pour en sortir.
La fête a pourtant été belle et grandiose malgré les échauffourées. Jamais, de mémoire d’homme, la ville sainte n’a vu tant d’hommes, de femmes et d’enfants. Le pèlerinage s’est accompli par la grâce divine. Et Timbo a retrouvé sa sérénité.
Ô Saïkou Ibrahima Sambégou, Ô Karamoko Alpha mo Timbo, le bienheureux, que ton nom soit sanctifié, que le Très-Haut t’accueille en son sein, nous t’appelons au secours pour que la Guinée retrouve l’unité nationale bafouée par le pouvoir politique, que notre pays bien aimé accède au rang d’économie émergente pour le bien-être de ses citoyens ! Allahou maamîna !

 

 

Hadj Alpha Sidoux Barry
Président de Conseil & Communication International (C&CI

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