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Le difficile chemin de la réconciliation

juillet 5th, 2016 | par Leguepard.net
Le difficile chemin de la réconciliation
Analyse
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Le mercredi 29 juin 2016, La commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), mise en place en août 2011 aux lendemains des deux (2) tours de l’élection présidentielle dans notre pays, a remis son rapport final des consultations nationales sur la réconciliation au chef de l’Etat: Alpha Condé. A souligner que cette commission a été mise en place au sortir d’un processus électoral émaillé de violences politico-communautaires. Inspirée du modèle Sud-Africain, elle a été dirigée depuis 5 ans par 2 personnalités religieuses: Monseigneur Vincent Koulibaly, archevêque de Conakry et El hadj Mamadou Saliou Camara, grand iman de la mosquée de Conakry.

Le président de la république après la remise dudit rapport, a évoqué la difficulté en ce qui concerne, la recherche de la vérité, qui s’expliquerait par l’ambiguïté du statut des personnes concernées, qui peuvent être à la fois bourreaux et victimes. Il a informé qu’une commission sera mise en place pour consulter le document que les coprésidents de la commission lui ont soumis. Ces propos du président de la république, constituent à la fois la triste réalité mais également un aveu d’échec. Il est indéniable que la constitution d’une telle commission part d’un bon sentiment. Néanmoins, la CDVR dans le cadre de son travail s’y est mal prise. Elle aurait dû s’inspirer de l’exemple sud-africain non pas seulement dans sa dénomination mais également dans le cadre de son mode de fonctionnement.

En Afrique du sud, la CDVR a obtenue des résultats tangibles, parce qu’elle a d’abord cherché à savoir ce qui s’était réellement passé, en donnant la parole aux victimes, qui ont donné une explication sans pathos de ce qu’ils ont vécu. Ensuite elle a encouragé les responsables des violences à faire preuve de contrition et de repentance. Ceci a permis aux victimes de faire plus facilement leur deuil et pardonner à leurs bourreaux. Cette méthode constitue une véritable thérapie collective à la fois pour les victimes mais aussi pour les bourreaux, qui libèrent ainsi leur conscience. L’Afrique du sud s’est même permis le luxe de ne pas mettre en branle la machine judiciaire.

En Guinée, la CDVR a privilégié l’apaisement des victimes, en les assénant de discours théologiques sans demander aux responsables ou présumés responsables des faits de s’expliquer et demander pardon aux victimes. D’ailleurs la classe politique, les médias, les religieux ainsi que les forces vives de la nations devraient eux aussi demander pardon à la nation, pour ce qu’ils ont fait ou pour ce qu’ils auraient dû faire pour empêcher les violences. Une société apaisée ne se construit pas avec des rancunes et des rancoeurs. La négation de la réalité fait qu’aujourd’hui la réconciliation est presque devenue un voeux pieux dans notre pays.

Depuis notre indépendance, beaucoup de crimes ont été commis au nom de la raison d’Etat. L’impunité y faisant légion. Les victimes ou leurs familles n’ont qu’une seule obsession: la vengeance. Une fois qu’ils arrivent à obtenir les mêmes pouvoirs décisionnaires que leurs bourreaux, ils se livrent aux mêmes exactions, voir pire. C’est le désir de vengeance animant un certain nombre de personnes qui empêche l’abolition des crimes d’Etat. Il s’agit d’une attitude qui s’apparente au triangle de chapman en psychologie: victime, sauveur et bourreau-persécuteur.

Un autre aspect non négligeable de la question est celui de la culpabilisation des victimes de violences politiques. Il est même ancré dans nos traditions que ceux qui meurent pour des raisons politiques, sont morts pour rien et que l’Etat a toujours raison. Pire, on va jusqu’à dire qu’ils l’ont cherché. Comme s’il s’agissait de personnes qui avaient l’intention de se suicider en exprimant leurs opinions politiques ou en exerçant leur droit à manifester de façon pacifique dans les rues.

Pour finir, nous conclurons en disant que la réconciliation nationale sera réellement effective dans notre pays, quand il y aura une commission d’enquête indépendante sur les crimes politiques perpétrés depuis notre indépendance et qui donnera la parole à la fois aux victimes et aux responsables des atrocités, afin que chacun puisse « vider son sac » en toute franchise suivi d’un pardon sincère de la part des personnes concernées. Il y va de l’intérêt de la nation ainsi que de son avenir.

 

Sylla Abdoul, membre de la rédaction du site leguepard.net

 

2 Comments

  1. SY SAVANE says:

    Vous mettez bien en évidence certaines des raisons qui font que la « réconciliation » dont on parle tant, est difficilement réalisable. Car derrière cette question de « victime », « responsables », il y a trop d’ambiguïtés. Et ceux qui commanditent des « commissions de réconciliation », ne sont pas forcément les mieux indiquées pour le faire. Ils ne sont pas exempts des CRIMES qu’il s’agit de pardonner.

    Cela dit, je ne partage pas votre vision des « Victimes », ou de ce que j’en ai compris. Vous parlez des familles et des enfants des « victimes ». Je suppose que vous parlez des Dignitaires qui ont parfois été arbitrairement embastillés par leur ami Sékou TOURÉ. Le parti qu’ils ont créé, le P.D.G. et la personne dont ils ont favorisé la promotion, le sinistre Sékou TOURÉ ont effectivement commis d’abominables crimes contre eux.

    Pour certains d’entre eux, je suis obligé de constater que, c’est leur « machine meurtrière » qui leur a échappé. Celui qui était leur pire ennemi camouflé en leur sein et dont ils on favorisé l’ascension, en avait pris le contrôle. Il s’en est malheureusement servi pour les éliminer. Mais avec l’arrivée de Lansana CONTÉ, leurs familles ont pu récupérer leurs biens immobiliers, en tout cas pour certains d’entre eux. Cela ne remplace bien évidemment pas une vie perdue. Mais on peut s’en consoler.

    Toutefois, mon cher Abdoul SYLLA ! Vous avez oublié les autres VRAIES VICTIMES INNOCENTES, innocentes du fait qu’ils n’ont jamais participé, ni voulu l’émergence et l’ascension du bourreau Sékou TOURÉ et de sa machine meurtrière. Je veux parler de ces millions de petits menuisiers, des petits soudeurs, d’ouvriers, de paysans, d’éleveurs,…. plus ou moins illettrés qui ne cherchaient qu’à vivre tranquillement de leurs petites occupations sur la TERRE de leurs ANCÊTRES et qui en ont été empêchés, lorsqu’ils n’ont pas été tués, au motif d’être « contre-révolutionnaires ». Ils n’ont pas pu élever leurs enfants, ni leur léguer des biens immobiliers à récupérer plus tard, comme on l’a vu avec l’avènement de Lansana CONTÉ. Voilà selon moi, les vraies victimes.

    En disant cela, je reconnais plaider pour ma « paroisse », ou plutôt pour ma « mosquée », mais aussi pour des millions de ma condition, dont les parents comme les miens, illettrés, mais restés DIGNES et STOÏQUES, lorsque le P.D.G. les dépouillait de leur seul et unique bien: leur BÉTAIL. Et ainsi, les réduire à une sorte e déchéance matérielle. Petit garçon à LINSAN, je me souviens de la détresse de mon père et de ses amis éleveurs, impuissants devant les racketteurs du P.D.G. exigeant d’eux des rançons, toujours des rançons en bétail. Les autres VRAIES victimes, c’est nous: ce fils de petit chauffeur de taxi devenu pharmacien, ce fils de ferrailleur de CORONTIN devenu ingénieur, ce fils de petit éleveur de SINMINYA devenu informaticien de haut niveau, ….Tous sont devenus ce qu’ils sont grâce à la BIENVEILLANCE de pays comme la FRANCE, ou la Côte d’Ivoire de HOUPHOUET BOIGNY.

    Sékou TOURÉ, et ses amis du P.D.G., en organisant la déchéance sociale de nos parents, par leur ruine matérielle, nous vouaient nous-mêmes à une ‘errance » tragique qui heureusement, a bien tourné pour nous. Nous n’avons pas de biens fonciers et immobiliers à réclamer. Nos parents ont été ruinés, quand ils n’ont pas été liquidés par le système P.D.G.

    Alors OUI! Je maintiens que les VICTIMES c’est nous, enfants de pauvres illettrés, emportés par de tourbillons qu’ils n’ont jamais voulus. Contrairement à nos parents qui en ont été prématurément empêchés, les DIGNITAIRES déchus de Sékou TOURÉ et du PDGISME ont quand même laissé des Biens immobiliers et fonciers à leurs descendants.

  2. Sylla Abdoul says:

    Je partage totalement votre avis cher doyen Sy Savané. Il faudrait que l’Etat tienne compte d’un certain nombre de paramètre, notamment celui de la restitution des biens des personnes qui ont été injustement dépossédées pour des raisons politiques et aussi l’indemnisation des victimes de cette sinistre période. La requalification des personnes portant la « double casquette » de bourreaux et de victimes doit être aussi réglée, car comme vous l’avez si bien évoqué, ceux qui ont été victime du système (le système P.D.G) qu’ils ont eux même contribué à bâtir, ne sont pas des véritables victimes. Les victimes ou les familles des victimes extérieures à ce système politique devraient bénéficier des mesures de réparation de la part de l’Etat. J’ai voulu par mon article mettre l’accent sur le pardon, seul moyen nous permettant d’aller vers une vraie réconciliation. Il est indéniable que les initiateurs de la réconciliation nationale ne sont pas exempts de toute responsabilité. C’est pourquoi j’ai suggéré dans l’article que la classe politique, les religieux, les médias ainsi que les forces vives de la nation demandent pardon pour ce qu’ils ont fait ou pour ce qu’ils auraient dû faire pour empêcher ses crimes d’Etat: car à mon avis, même leur silence est synonyme de culpabilité.
    Il ne suffi pas seulement d’apaiser les victimes, la démarche à faire c’est de faire en sorte que les bourreaux fassent leur mea culpa pour les actes innommables qu’ils ont eu à commettre. L’avenir du pays en dépend.

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