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Communiqué de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon sur les travaux de la commission de réconciliation nationale.

juillet 23rd, 2016 | par Leguepard.net
Communiqué de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon sur les travaux de la commission de réconciliation nationale.
Article
1

Les membres de Pottal-Fii-Bhantal ont pris connaissance de la conclusion des travaux sur la « réconciliation nationale » qui a été lancée il y a cinq ans par le gouvernement guinéen. Les recommandations faites par la commission sont décevantes, reflétant la façon dont les travaux ont été inspirés et conduits ainsi que le choix des principaux membres de la commission.

Pottal-Fii-Bhantal dénonce sans ambages les travaux de la commission et rejette ses conclusions et recommandations.

La campagne de réconciliation veut entériner l’idée de conflits ethniques et régionaux larvés entre les populations guinéennes. Les faits historiques de la Guinée prouvent le contraire. La violence et les affrontements en Guinée ont de tout temps été le fait des forces de sécurité ou de milices manipulées par les régimes guinéens. La violence a toujours été dirigée contre des citoyens désarmés. Parler de réconciliation au lieu de justice en pareilles circonstances n’est qu’une grossière manipulation politicienne qui vise à entretenir des tensions afin de désarmer et diviser les forces sociales. La campagne de réconciliation nationale sert à escamoter l’impunité dont ont toujours jouie les criminels, auteurs des nombreuses violations des droits de l’homme dans notre histoire.

Les dictatures guinéennes –celle d’Alpha Condé en particulier – absolvent des crimes individuels afin de laisser planer des culpabilisations collectives diffuses sur des ethnies et des groupes sociaux ou régionaux. Cette pratique est exploitée par ricochet par la classe politique pour masquer l’incurie, la médiocrité et la corruption qui sont le propre de toutes les dictatures. L’ethnocentrisme est ainsi érigé en idéologie de gouvernement. Mr. Alpha Condé a prouvé être un adepte des plus zélés de cette idéologie. Depuis son accession au pouvoir, le président guinéen s’est acharné systématiquement à appliquer cette idéologie sur le champ social guinéen pour semer divisions et discordes sociales. Il protège dans les rangs de l’administration des fonctionnaires et décorent des agents des forces de sécurité accusés de crime contre l’humanité tout en doublant son forfait par le mépris des victimes. Il est ironique qu’un tel président parle de réconciliation. Nonobstant son rôle de premier magistrat, garant de la constitution, le président prêche que toute le monde est coupable et tout le monde est innocent en même temps. Il fait dans l’amalgame pour entériner le déni de justice dans notre pays en disant que les « bourreaux d’hier sont les victimes d’aujourd’hui et vice versa… ». L’histoire des régimes répressifs est pleine d’exemples de tortionnaires qui deviennent des victimes à leur tour. Le président guinéen utilise ces exemples pour virtuellement excuser les bourreaux, souiller la mémoire des victimes innocentes et brouiller les faits historiques de la nation. Mettre dans le même sac des tortionnaires notoires comme Siaka Touré avec leurs victimes innocentes est immoral.

Les déclarations du président guinéen suffiraient pour invalider la manœuvre politicienne qu’est la campagne de réconciliation. Le choix de deux chefs religieux comme dirigeants de la commission répond à une logique grossière de manipulation de la religion. On note une volonté manifeste du chef de l’état guinéen de remuer le couteau dans les plaies mal fermées afin de perpétuer l’éclatement actuel des forces sociales. Cette disposition d’esprit explique la nomination comme co-président de la commission de réconciliation, de l’archevêque Vincent Coulibaly qui a nié en publique les crimes du 28 Septembre 2009. Le second co-président, Elhadj Mamadou Saliou Camara qui s’était forgé une image d’indépendance et de franc-parler se disqualifie avec des propos dithyrambiques – indignes d’un leader moral et religieux – qui font de Mr. Alpha Condé de père de la nation et de ses adversaires politiques.

Il est regrettable que la classe politique guinéenne et la société civile célèbrent ou acceptent avec mutisme les recommandations de la commission. Les forces qui prônent le changement et la démocratie dans notre pays devraient comprendre une fois pour toute qu’il n’y a aucun gain politique sans la justice. Elles devraient baser leurs actions sur ce principe. Le laxisme sur le front de l’impunité est la garantie de renforcement de la dictature. Il ruine les chances d’une alternance politique crédible et crée les conditions de la perpétuation des mascarades électorales avec leurs lots de violences. Quant à l’assemblée nationale, elle aura failli encore une fois à son devoir de contrôleur et de garant de la bonne conduite de l’exécutif et des charges confiées à des citoyens.

Si le besoin de réconciliation était une nécessité ou une préoccupation sérieuse du gouvernement, le processus et les pratiques auraient dû commencer par des sanctions sur les crimes récents. En outre, la réconciliation devrait s’inspirer des commissions de vérité, justice et de réconciliation à travers le monde. Dans tous les exemples de réconciliation nationale, le processus a été centré sur les sévices subis par les victimes et le repentir des accusés avec l’assistance de juristes et de spécialistes des droits de l’homme. En Guinée, le processus aura brillé par des conciliabules, des auditions sélectives, des recommandations de prière et d’expiation collective au lieu et à la place d’instructions judiciaires avec des inculpations personnelles et des protocoles rigoureux de découverte des faits. Le résultat est qu’aujourd’hui les accusés sont plus que jamais arrogants et prompts à déclarer quand on les interpelle qu’il y a plus coupables qu’eux.

Eût égard aux spécificités de la violence politique en Guinée le programme de réconciliation nationale engagé par le gouvernement ne fera que ruiner d’avantage les chances de construction d’un état de droit qui passent par la gestion saine du passé de violences politiques en Guinée. Ce programme doit être rejeté. Au lieu et à la place, nous en appelons à toutes nos sections pour saisir l’organisation afin d’organiser des débats d’information et d’éducation sur la nécessité de la justice, de la vérité et l’éradication de l’impunité. Nous invitons les leaders d’opinion, les organisations des victimes et de défense des droits de l’homme à mobiliser les efforts sur l’exigence de traduction en justice des accusés de crimes. Cette étape incontournable devra être suivie de l’organisation d’une consultation nationale de vérité et de justice sans laquelle les ferments d’un passé non géré continueront à attenter à l’avenir de notre pays.

 

 

 

 

La commission centrale de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon

 

One Comment

  1. Mohamed L KEITA says:

    Chers compatriotes de l’Association « Pottal-fii-bhantal Fouta djallon, bonjour !
    Voilà une génération entière que nous parlons avec consternation, des manquements et des insuffisances de ce fameux cas guinéen, malgré tout, au lieu de s’améliorer ou de se stabiliser, il s’est généralisé et est devenu un cancer presque en phase terminale.
    Loin de moi toute intention de critique de qui que ce soit, car je reste convaincu que nous sommes tous victimes et avons tous le même souci certainement pas de vengeance, mais de changement positif et définitif dans notre Pays, pour que plus jamais les guinéens ne connaissent ces drames répétés.
    Cependant, force est de constater, qu’en dépit de tous ces efforts, l’objectif semble de plus en plus s’éloigner. Ce communiqué POTTAL-FII-BHANTAL Fouta Djallon le décrit suffisamment ; vous y expliquez éloquemment l’une des raisons fondamentales qui font qu’il n’y a jamais eu d’amélioration, bien au contraire. Vous conviendrez avec moi que quand on est Procureur et juge pour un délit dans lequel on est associé, ce procès n’aura aucune chance d’avoir lieu. Je crois personnellement qu’aussi longtemps on comptera sur les gouvernements successifs, aussi longtemps on se contentera de nos yeux pour pleurer.
    Il est temps de changer de méthode, d’envisager une autre recette, car à bien analyser la conjoncture actuelle, il est facile de remarquer que les difficultés ont cru, on a dépassé la haine de l’autre, nous avons atteint la haine de soi-même.
    A ce stade, la remise en question et l’autocritique sont permises. Nous sommes à un stade où il est indispensable et salutaire de globaliser et de partager sans distinction les stratégies en restant réaliste et serein : Savoir qu’il ya de l’eau qui est versée qu’on ne pourra ramasser, des générations entières ont été presque sacrifiées. Il est question maintenant de nous protéger et de sauver les générations futures. La démarche objective et réaliste devra consister à voir la situation actuelle en face et de l’aborder de façon concerté et intelligente dans le cadre de la société civile, afin de contourner la mauvaise foi et les multiples manipulations de certains dirigeants comme vous l’aviez ci bien évoqué dans votre communiqué.
    Chers amis, nous pouvons encore expérimenter d’autres pistes. Oui c’est possible si nous avons le courage de nous rassembler d’échanger et de travailler ensemble. Je reste convaincu en ce qui me concerne, que le simple fait de réussir à nous rassembler et à agir ensemble représentera en soi l’essentiel de la solution au problème ; sinon mes chers frères, nous risquons de devenir tous responsables, si on ne l’est déjà……
    Je présente vous toutes excuses, si de près ou de loin, mes propos ont trahi l’expression de mon agréable plaisir de partager avec des frères et sœurs ma perception d’une question éminemment nationale, qui nous concerne tous.
    Mohamed Lamine KEITA.

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