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Guinée-Israël, amis un jour, amis pour toujours ( Sylla Abdoul )

juillet 23rd, 2016 | par Leguepard.net
Guinée-Israël, amis un jour, amis pour toujours ( Sylla Abdoul )
Article
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La Guinée et Israël viennent de renouer en ce mois de juillet 2016 après 49 ans de brouille. Une décision que je trouve à titre personnel, salutaire dans la mesure où elle a une portée historique hautement symbolique.

Il est à rappeler que Israël est un vieil ami de la Guinée. Après la proclamation officielle de l’indépendance de notre pays le 02 octobre 1958, Israël fut l’un des premiers Etats à le reconnaître dès le 10 octobre 1958. Ensuite il entreprit des relations d’amitié avec notre pays. Ce qui se traduisit par l’installation d’une ambassade à Conakry en Août 1959, le premier ambassadeur Israélien en Guinée fut: Shlomo Hillel, une coopération sera établie dans des secteurs clés de notre économie tels que, l’exploitation diamantifère, le domaine agricole, la construction des routes, l’adduction en eau potable, la formation professionnelle etc.

A souligner que le premier président de la Guinée indépendante: Sekou Touré, avait déjà de bonnes relations avec des officiels Israéliens du parti travailliste bien avant même notre indépendance. Il rencontrait ces derniers dans des conférences syndicales internationales. C’est ainsi qu’il fit la connaissance de Mme Golda Meir, qui sera ministre des affaires étrangères puis premier ministre d’Israël. Golda Meir avait une grande admiration et un profond respect pour Sekou Touré et pour la Guinée.

C’est en 1967 après la guerre des 6 jours que la Guinée rompit les relations diplomatiques avec Israël et ce, dès le mois de juin, devenant ainsi le premier Etat Africain à rompre les relations d’amitié avec Israël. L’ambassadeur d’Israël en Guinée à l’époque: Nahum Gershon, quitta Conakry en juillet 1967. L’organisation de libération de la Palestine (OLP) installera sa représentation diplomatique à Conakry la même année. Aux lendemains de la guerre du Kipour en 1973, 27 autres Etats Africains emboîteront le pas.

Une première approche en vue du rétablissement des relations entre les 2 pays eût lieu en 1982 à Paris. Le président Sekou Touré, en marge de sa visite en France rencontra Shlomo Hillel à l’hotel Marigny en face du palais de l’elysée. Sekou Touré voulant renouer les relations diplomatiques avec Israël dans l’optique de jouer un rôle central dans la résolution du conflit Israélo-arabe. Il jouissait à cette époque d’un grand respect dans le monde arabe, la Guinée avait la vice-présidence de l’organisation de la conférence islamique (O.C.I) et était aussi membre du comité Al-Qods (à propos de Jerusalem). Cette démarche de rapprochement fut compromise par le massacre de Sabra et Chatila au Liban. Le président Sekou Touré dira à Shlomo Meir:  » le gouvernement Begin n’arrange pas les choses ». La question sera mise en suspens, néanmoins il demandera à son ambassadeur à paris: Aboubacar Somparé, de continuer les contacts avec les officiels Israéliens.

Sur Invitation du gouvernement Guinéen, Shlomo Hillel se rendit à Conakry en 1983 accompagné du directeur des affaires africaines au ministère des affaires étrangères Israélien: Avi Primor. Ce dernier proposera au ministre Guinéen des affaires étrangères d’alors: Abdoulaye Touré, de visiter Israël. Il était prévu que la Guinée et Israël rétablissent les relations diplomatiques en 1984 après le sommet des chefs d’Etats et de gouvernements Africains à Conakry. Malheureusement, Sekou Touré disparaîtra le 26 mars 1984.
Aux lendemains de la prise du pouvoir par l’armée guinéenne, les autorités Israéliennes menèrent des démarches auprès des nouvelles autorités en vue d’une reprise du dialogue. En dépit de leur bonne volonté, ils se heurteront à un refus catégorique de la part de ces derniers en raison de la solidarité islamique. Des appels du pied des ambassadeurs Israéliens basés à Dakar tels que Arie Avidor et Doron Grassmann n’y changeront rien. Les autorités de la 2ème république n’accepterons jamais de renouer avec Israël.
La Guinée a finalement décidé de saisir la perche tendue par Benyamin Netanyahou: le premier ministre Israélien, en ce mois de juillet 2016. Elle a ainsi mis fin à 49 ans de brouille avec un vieil ami en signant la reprise des relations diplomatique avec celui-ci.

Cette décision, au-delà du fait qu’elle suscite de nombreuses polémiques en raison de la question du sort du peuple Palestinien qui, au demeurant reste un sujet sensible dans la plupart des pays du tiers monde et en particulier le notre, néanmoins ceci ne devrait pas être un frein au rétablissement des liens d’amitié avec ce pays. D’ailleurs, il est à souligner que certains pays arabes ont des relations avec Israël sans que cela ne suscite la moindre interrogation. Nous ne pouvons pas être plus royaliste que le roi. La Guinée, en rompant les relations diplomatiques avec Israël, s’est privée de nombreuses assistances dans des domaines essentiels à son épanouissement: en matière de défense, de sécurité, de techniques agricoles, de formation professionnelle, de recherche scientifique etc. Cette reprise ne pourrait qu’être bénéfique à notre pays.

Pour conclure, je dirai que la reprise des relations diplomatiques de notre pays avec Israël, n’est pas synonyme de rupture de nos liens d’amitiés avec les pays arabes ou d’une désolidarisation en ce qui concerne la question du sort du peuple Palestinien. La démarche vise à diversifier nos rapports d’amitié. Comme le dit un célèbre homme politique Africain:  » Nous devons être l’ami de tous et l’ennemi de personne.

 

 

 

Sylla Abdoul membre de la rédaction du site leguepard.net
 

 

 

2 Comments

  1. SY SAVANE says:

    La perspective pour notre pays de renouer des relations diplomatiques avec ISRAËL, est en soi une bonne nouvelle. La Guinée n’aurait jamais dû rompre ses liens avec Israel, non pas que ce pays nous est indispensable. On s’en est passé pendant plus de quarante ans. Sur le plan économique, nous n’avons pas besoin d’ISRAEL qui à son tour, n’a pas besoin de notre pays.

    Cependant, pour moi, il y a des raisons autrement plus importantes de renouer avec ISRAEL. Je vais en citer quelques unes:

    1°. Dans le conflit israelo-palestinien, la Guinée s’était montrée plus « royaliste que les rois ». Or aux yeux du monde arabo-musulman non Noir, les Africains subsahariens sont des « mineurs » méprisables au sens où l’entendait l’Occupant colonial Blanc Occidental, c’est-à-dire » immatures naturellement ». La preuve ?–le président SADAT et l’Egypte avaient renoué avec Israël, sans jamais en informé aucun chef d’Etat africain Noir qui avait pourtant consenti à rompre avec Israël, par solidarité avec les Arabes. Certes en ISRAËL aussi, les Noirs y sont ségrégués d’une certaine façon. Mais à la différence du monde arabo-musulman non noir, la discrimination y est légalement punie, et il n’est pas rare que de simples citoyens juifs manifestent contre leur gouvernement parce que, ils trouvent que leurs pouvoirs publics sont complaisants avec les racistes juifs en Israël. Je ne suis pas sûr que les Subsahariens vivant en Afrique du Nord, ou dans les pays arabes puissent compter sur le soutien de autochtones lorsqu’ils sont brutalisés par la police. Ce qui malheureusement est fréquent.

    2°. En rompant hâtivement avec Israël, et selon moi, sans raison valable du point de vue de notre intérêt en tant qu’Etat, Sékou TOURÉ avait cherché à se faire une propagande personnelle auprès de certains pays arabes, au détriment de son propre pays. Puisque, en coupant tout lien avec Israël, il se privait lui-même de toute possibilité de contact, ne serait-ce que pour tenter une médiation parallèle pour les Palestiniens.

    3°. C’était une absurdité totale, incompréhensible de faire dépendre nos liens diplomatiques de la position des pays pour lesquels nous ne sommes que des « bilal », c’est-à-dire des êtres destinés à être corvéables et méprisés.

    Cela dit, je déplore la manière dont le rétablissement des relations diplomatiques entre la Guinée et ISRAËL se fait. A entendre M. NETANIYAHOU, premier ministre très droitier, les Africains feraient la queue devant les délégations israéliennes. Autrement dit, les Africains prieraient ISRAËL d’accepter leur offre de relation diplomatique. Hypothèse qui n’est d’ailleurs pas à exclure totalement, car je prétends que certains « chefs »d' »Etats, perçoivent déjà l’opportunité de demander aux services de sécurité israéliennes de les AIDER à se maintenir au pouvoir contre le gré de leurs concitoyens. Or les talents d’ISRAËL dans les manipulations sécuritaires sont indéniables.

    Si à l’occasion de ces retrouvailles diplomatiques légitimes, ISRAËL mettait son savoir-faire sécuritaire à la disposition des tyranneaux noirs Africains qui martyrisent leurs concitoyens, alors à court terme, il gagnera beaucoup d’argent, mais à long terme, récoltera la HAINE de plusieurs générations d’Africains. Je n’ai aucun doute sur ce point.

    Je suis heureux que la Guinée rétablisse des relations avec ISRAËL que rien ne justifiait de rompre. Mais je crains la tentation d’une diplomatie de « BARBOUZE » dont les tyranneaux Noirs Africains sont friands. En tout cas sur ce point, je souhaite avoir tort.

  2. Sylla Abdoul says:

    Très belle analyse doyen Sy Savané, je partage totalement votre avis là-dessus. La crainte que les autocrates africains se servent du savoir-faire israélien en matière de sécurité pour se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir en réprimant toute forme d’opposition, est à prendre en considération. Il y a très longtemps que je suis pour ce rétablissement. Néanmoins j’aurais préféré l’ouverture d’un débat avant toute prise de décision, ça aurait donné plus de valeur à ce rapprochement.

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