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Démocratie et tribalisme (Par Kayoko A. Doré

août 10th, 2016 | par Leguepard.net
Démocratie et tribalisme (Par Kayoko A. Doré
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L’appropriation de la philosophie et de la pratique de la démocratie est un processus long et complexe qui a durement éprouvé, parfois durant plus d’un siècle, les grandes Nations démocratiques d’aujourd’hui. De 1789 (année de la prise de la Bastille) à 1872 (naissance de la Première République), la France a connu une succession de républiques autocratiques et démocratiques et de monarchies. Nombre d’Etats africains dont la Guinée s’exercent depuis un peu plus d’un demi-siècle, avec plus ou moins de réussite, à l’apprentissage de la démocratie. Cette œuvre de longue haleine doit vaincre dans notre pays un avatar particulier, le tribalisme.

L’exercice de la démocratie telle que vécue dans les pays de référence, a débuté, dans les colonies, à la fin de la deuxième Guerre Mondiale, avec l’élection de représentants des territoires, dans les différentes Assemblées (Parlements européens, Conseils territoriaux, etc.). A l’époque, en Guinée, les premiers partis se constituent autour de regroupements tribaux du genre Gilbert Vieillard pour la Moyenne Guinée, l’Union Mandingue pour la Haute Guinée, etc… qui sont les espaces d’expression et d’expansion des opinions politiques mais aussi d’éclosion des velléités revendicatives de droits civiques. Les partis politiques sont, sur le plan doctrinaire, proches des partis politiques de la métropole. Durant la décennie 1950, ces partis, notamment le Parti Démocratique de Guinée, section territoriale du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) élargissent et consolident leur assise populaire sur l’ensemble du Territoire, entraînant parfois l’adhésion massive des différentes ethnies. Aucun parti n’est réellement d’obédience tribale, même si le PDG fort de son appartenance au RDA, mouvement à vocation fédérative, a une meilleure implantation à l’échelle territoriale contrairement à d’autres partis, confinés dans quelque contrée du pays. On n’adhère pas à un parti politique parce qu’on est de la même tribu que son leader. Il n’y a pas de parti à connotation tribale, comme c’est le cas aujourd’hui. En effet, on frémit à la lecture des résultats des élections législatives de septembre 2013. Les maigres scores du RPG Arc-en-ciel en Moyenne Guinée et de l’UFDG en Haute Guinée ne reflètent-ils pas le caractère fondamentalement tribal du vote ? Le choix de l’électeur est en général fondé sur le tribalisme, dans un contexte où les tribus excellent dans la stigmatisation en travaillant à construire une perception défavorable de l’autre. Ces deux grands partis ne sont pas, du reste, les seules victimes des effets pervers de cette démocratie galvaudée. L’UFR, l’UPG, le GPT, etc. en souffrent autant. Comme en démocratie le choix des gouvernants obéit à la loi du nombre, on peut parier que les minorités ethniques qui peuplent la Mangrove et la Forêt auront bien du mal à briguer la magistrature suprême. Pour être efficace, effective et viable, notre démocratie doit être refondée en l’expurgeant de sa fétidité tribale. Car, il est indéniable qu’au sein des minorités, il existe aussi des femmes et des hommes talentueux disposant de grandes qualités d’homme d’Etat. La Guinée doit-elle s’entêter de se corseter dans des considérations subjectives et se priver de compétences de nature à la doter d’un leadership politico administratif efficace ? Pays de spécifiés, la Guinée est l’un des rares Etats en Afrique de l’Ouest dont la classe politique a développé à outrance le vote communautariste. Au Sénégal, bien avant La Baule, le Président Senghor avait expérimenté la démocratie restreinte (ou relative) à trois partis répartis sur l’échiquier politique à Droite, au Centre et à Gauche. Pour réduire le poids des tribus dans la sphère du politique et préserver l’unité nationale, tentons l’expérience sénégalaise. L’Assemblée Nationale pourrait débattre de la question et adopter une nouvelle Charte des Partis Politiques, dans cette perspective. Au cas où cette initiative s’avèrerait irréalisable, il ne me parait pas impertinent que la Forêt et la Basse Guinée s’allient pour créer une troisième grande force politique de tendance social-démocrate ( le RPG Arc-En-Ciel et l’UFDG étant déjà idéologiquement positionnés) favorisant ainsi l’émergence d’une configuration politique plus harmonieuse et moins inique.

Si la classe politique ne fait pas montre d’imagination pour construire des perspectives qui transcendent la problématique de «  l’ehtnostratégie », la démocratie, loin de contribuer à la consolidation de la cohésion sociale et la construction de la nation à travers une gouvernance qui répond mieux aux aspirations des populations, ne sera qu’un leurre, de l’opium destiné à endormir la partie du peuple tenue à l’écart de la mangeoire.

 

 

 

Kayoko A. Doré

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