breaking news

Au bord du fleuve Babylone (par David Gakunzi)

août 17th, 2016 | par Leguepard.net
Au bord du fleuve Babylone (par David Gakunzi)
Article
0

Pulsations, rebondissements, explosion de vie, c’est une musique qui bat. Le chant allégresse mêlant dans son souffle l’or de la majesté, le vert de la terre promise et le pourpre de la mémoire de la canne.

Bobe Marly

 

C’est une musique qui bat, qui bat, comme un cœur qui bat. De bulles en rebonds, le bleu infini dans le tempo, la symphonie flamboyante, l’espérance par-dessus les flots, c’est une musique éblouissante, mystérieuse, la peau salée, chauffée au soleil, fraîche de danses, rafraîchissante de voyages. Et la batterie qui claque, claque, s’arrête, repart, claque de nouveau en éclairs, la foudre en fracas, les cymbales jetant à terre la morosité ; et la basse, la douceur rayonnante, veloutée de tendresse, ou alors tourbillon de volupté qui roule, roule, fière et triomphante au cœur du jour, au cœur de la nuit.

Uptown ou Downtown, comme une saison palpitante de réjouissances qui déroule ses ailes, c’est une musique, Dread Natty Dread, les guitares courbes félines, le courant électrique charriant la félicité, les cuivres, la ronde hypnotique, déployés comme mille cris, et les mains libres, la température haute, explorant sans retenue, le charme divin du piano Studio One, du piano Black Ark ou Tuff Gong.

Yes I, c’est Kingston, Kingston Jamaica, le bitume bouillonnant et mugissant dans le flow, le chant rauque chargé de vapeurs ; yes, yes, c’est Saint Ann, Saint Ann’s bay, le sable blanc mélanges d’effluves de mangue et de goyave, de coco et de papaye, l’inspiration maroon et kumina marquant la cadence, bongos et congas en percussions ; yes Sir, c’est groundation time à Blue Mountain et le lion de Juda, la crinière en panache, la lueur vivante, secouant l’horizon ; et que volent, volent les vibrations positives dessinant sur la toile des jours des mélopées solaires qui voguent, voguent en rimes ou en proses.

Sound system, sound system, élixir de jouvence ; sound system, l’humeur badine ou carabinée ; sound system, rockers ou lovers, de récifs en platines, trêve, trêve de blues ; les chagrins adoucis, la cadence accrochée au soleil, les hanches corps à corps, les watts plein volume, juste un instant de bonheur, juste un instant d’extase comme une fontaine jaillissant de Dunn’s River Falls, le feu sacré. Hot shoot !

Pulsations, rebondissements, explosion de vie, Man, Bingy Man, c’est une musique qui bat, qui bat comme un cœur qui bat, ouvert sur l’univers, le chant allégresse mêlant dans son souffle l’or de la majesté, le vert de la terre promise et le pourpre de la mémoire de la canne. Cales de bateaux, coups de fouets, Babylone, Babylone et des siècles et des siècles d’exil : « Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. Aux saules de la contrée nous avions suspendu nos harpes. Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants, et nos oppresseurs de la joie : chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion ! Comment chanterions-nous les cantiques de l’Éternel sur une terre étrangère ? ».

Exil, Natty Congo, exil, expérience de la disparition ; exil, tourbillons et naufrages. Et Zion, Zion, cœur de Lion, qui s’élève au firmament avec orgueil, et Zion et ses vertes vallées, et Zion et ses monts exultant, au bruit du jour, la joie d’être, la joie de respirer ; et Zion, fière cité aux saveurs délicieux.

Man, Bongo Man, c’est une musique qui bat, qui bat et qui parle, parle comme parlent les prophètes, le souffle mystique, le cœur grand : « Levés vers l’Afrique. Que vos regards soient levés vers l’Afrique. Regardez vers l’Afrique… A day will come. » A day will come. Un jour viendra. Les bateaux. Black Star Liner. Les bateaux, les bateaux, sur les rivages ! Et les dos courbés relevés. Les vœux exaucés ! Les vœux enfin exaucés ! La terre promise avant l’ultime voyage. Comme les enfants d’Israël quittant l’Egypte, délaisser Babylone pour Sion. Libéria ou Ethiopia ? Qu’importe ! Finie la canne à sucre, finie la misère ! Au bout du voyage, la terre promise. Là-bas, là-bas, le lait et le miel. Et le ciel empli de chants : « Au matin du grand réveil, bonne route ami, bonne route. Je m’en vais, je m’en vais, je m’en vais tout doucement, je ne suis plus ici pour longtemps, la trompette résonne dans mon âme, je ne suis plus ici pour longtemps. Après cette vallée de larmes s’étend le champ des jours sans fin ».

Exodus, exodus. De bouche à oreille, au-delà des crevasses du temps qui passe, au-delà de l’espace qui s’étire à l’infini, le chant du vent qui trace l’horizon. Exodus, Exodus, mouvement of Jah People, la valse mystique, le tambour de la terre dans le ventre, franchir l’horizon. Et les vaisseaux universels, embrasser le jardin enchanté, embrasser le cœur de l’humanité.

One drop ou raggamufin, dub ou dancehall, sous la lune ou sous le soleil, déambulant le nez au vent, la conscience sensible au monde, c’est une musique radieuse, pétillante, euphorisante, allègre qui roule, glisse, swingue sans palais ni patrie, s’enflamme, se dresse l’élan passionné, tantôt d’amour, tantôt de révolte. Et la voilà debout et rebelle contre les Jamdung, les pays de silence, les terres famines, les terres aux horizons plombés, et ensuite, flux et reflux, la voilà qui redescend, s’adoucit, cool down en candeur, et, légère, aérienne, s’allume de malice, s’envole, de nouveau, en délicieuses histoires joyeuses, les yeux ailleurs, le Jam refusant la soumission qui écrase la vie. Et les corps conquis, palpitants, les peaux pigments de toutes couleurs, qui se frôlent, se croisent, la liberté en vagues furieuses, la vie, mille feux allumés, inépuisable jusqu’au bout du voyage, la joie toujours renaissante.

Irie. Feeling Irie. I-dren, Sis-dren, c’est une musique qui bat, qui bat le cœur élan, le cœur désir, le cœur renaissance, et qui, le riddim tête en avant, tête en arrière, le corps à gauche, le corps à droite, les hanches en mouvement, guérit, guérit les plaintes et les douleurs, guérit les chagrins et les désespérances, guérit, transfusant d’une vie à l’autre, le souffle mystique de la force solaire.

Dread, Dread Natty Dread, c’est une musique le verbe énergie conjurant, d’un rythme à l’autre, les souffrances et les blues, le battement de vivre l’accent Bush Doctors : la vie est mouvement permanent, alors sur la longueur de ton chemin, ne te prends pas trop la tête, fuis la haine et la jalousie comme la peste, et le front haut, le cœur ouvert sur le monde, skank, bouge, trace ton destin et laisse des empreintes, laisse tes empreintes. Et, boum, boum, boum, n’oublie pas : dans chaque poitrine bat un cœur et la mesure du battement de tout cœur, boum, boum, boum, c’est sa force d’aimer. N’oublie pas, n’oublie pas de respirer, boum, boum, boum, de jouer, boum, boum, boum, d’aimer, boum, boum, boum. Là, là, tout de suite. Car demain… Demain nul ne sait… L’espérance nous engage aujourd’hui. Boum, boum, boum.

Cool, cool, Rude boy, c’est une musique qui bat, qui bat comme un cœur qui bat ; c’est une musique qu’on appelle par son nom : reggae ; roots, rock, reggae.

 

 

par David Gakunzi

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *