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Afrique : la fraude électorale pour les nuls (Par Solo Niaré)

septembre 15th, 2016 | par Leguepard.net
Afrique : la fraude électorale pour les nuls (Par Solo Niaré)
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Il ne serait pas excessif de dire que sur le continent africain, les élections se suivent et, comme des potentats mathusalémiques de républiques bananières, se ressemblent les unes les autres. Ces votes n’en ont d’ailleurs que de nom et les gagner, les doigts dans le nez, n’est qu’un jeu d’enfant pour le principal organisateur du scrutin. Candidat sortant, sa position de juge et partie lui confère une longueur d’avance inestimable sur tous ses adversaires, en général d’anciens ministres tombés en disgrâce, moyennant quelques subterfuges ci-après.

 

1 – Le corps électoral

La fraude ne se déroule pas uniquement dans les bureaux de vote, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La logistique de la triche s’organise en profondeur et en plusieurs étapes, depuis le 1er jour du mandat précédent. Pour gagner cette bataille des chiffres, il faut se créer, en plus de la masse électorale existante, une bonne réserve de voix, quitte à ressusciter les morts, anticiper la majorité des mineurs, trouver des doublons à toute la population de son fief pour gonfler à bloc le corps électoral. En général, l’alibi d’assainissement du fichier électoral à travers un nouveau recensement suffit pour que tous les acteurs concernés donnent un blanc-seing à cette étape, en apparence anodine et pleine de bonne foi, mais cruciale pour la suite.

 

2 – Découpage électoral

La réussite de cette étape tient à un préalable et à une subtilité éminemment politique : pousser régulièrement les partis de l’opposition sur les pavés entre manifestations et journées mortes. Ainsi distraits, ils perdent de vue ce socle réel de la fraude électorale : la création d’un maximum de bureaux de votes dans le fief électoral du candidat sortant et les cimetières des bastions du camp adverses où personne ne pensera à mettre le nez.

 

3 – Amollissement scientifique de l’opposition politique

Il découle de la création d’un tout nouveau poste officiel de « Chef de file de l’opposition ». Atténuer le venin du plus virulent des adversaires tout en l’opposant aux autres leaders politiques de son camp, voilà l’objet de la création de ce nouveau perchoir pour opposant politique. Taillé de toute pièce, il confère une reconnaissance officielle avec rang protocolaire au sommet de l’Etat, un budget de fonctionnement conséquent, de quoi flatter l’égo démesuré de tout assoiffé de pouvoir et de ses paillettes.

 

4 – Le choix de l’opérateur

Waymarck, le choix de l’opérateur le plus contesté sur tous les champs électoraux s’explique enfin : derrière sa mission de révisions des listes électorales se cache une manœuvre favorisant le camp du maître absolu du scrutin, à l’origine de son enrôlement.

 

5 – La commission électorale indépendante

La meilleure des trouvailles des outils électoraux depuis l’encre indélébile. Gage de transparence, car composée de représentants de tous les acteurs du processus électoral (partis politiques et organisations de la société civile), cette trouvaille affiche toujours à sa tête un proche du candidat sortant. C’est à cette commission que revient toute la coordination et l’annonce des résultats provisoires indiquant, évidemment, la victoire stalinienne du despote.

 

6 – Procès verbaux

Cette étape explique les délais curieusement longs entre le jour du scrutin et la publication des premiers résultats, car tous les PV, imprimés discrètement en double, sont remplis avec les chiffres correspondants au résultat et cachetés par une équipe de seconde main, une centaine, dans l’arrière cour du bureau de centralisation. La norme n’est plus de « partir des PV vers le résultat », mais plutôt d’ « adapter les PV au score stalinien » du candidat sortant.

 

7 – Observateurs étrangers : les dindons de la farce

Dans un parcours minutieusement balisé, tel un safari ou un trajet pour touriste en Corée du Nord, il est fait en sorte que tout ce qui sera présenté aux observateurs étrangers soit rose, nickel chrome. Ce minuscule échantillon, préparé à cet effet, a la charge de présenter bonne figure dans le moindre des détails devant ces touristes d’un autre genre. Si la présence des observateurs étrangers pesait réellement sur la balance, il serait totalement incongru que la plupart des élections sur le continent connaissent toujours la même vague de contestations.

 

8 – Le huit clos : bisso na bisso

A l’injonction de mettre sur écoute les lignes téléphoniques de tous les opposants politiques, Orange, MTN, BBcom, Gio, Moov, Airtel, Celtel, Nexttel, Warid, Azur, Libertis, Malitel, Vodacom, Tigo, etc… se hâtent de s’exécuter pour collecter quelques échanges accablants qui serviront plus tard au candidat sortant dans son volet victimisation (à retrouver au point 11). S’en suivra la déconnexion totale d’internet sur toute l’étendue du territoire le jour du scrutin. La promesse de transparence que les réseaux sociaux croyaient apporter au scrutin ne sera plus tenue. Circulez !

A cela s’ajoute la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes le jour du scrutin et des autres jours de troubles électoraux à venir. Ce n’est pas en réalité un conclave entre soi comme cette disposition un peu insolite le laisse croire, car le maître d’œuvre prend toujours le soin de soustraire femmes, enfants, domestiques et autres parents réels ou irréels… en les planquant au Maroc le temps de la tempête (ce Royaume chérifien que les despotes du continent regardent avec des yeux pleins de concupiscence : une vraie fascination pour la monarchie qu’ils voudraient à la place de cette foutue démocratie qui leur rend la vie si difficile).

 

9 – Couverture médiatique

Transformer les médias nationaux et les organes de presses privés en caisse de résonance du candidat sortant. Si la manipulation des premiers paraît très facile et répond à « l’ordre normal des choses », celle des deuxièmes n’en demeure pas plus compliquée pour autant. L’octroi des subventions d’Etats, le sésame des sésames pour soutenir les médias privés, se fait en effet sur des bases très floues. Et c’est dans ce confus transformé en moyen de pression qu’apparaît la cécité et le mutisme des scribouillards.

 

10 – La grande muette, bête et méchante

Quelqu’un disait que « la plus petite mesure de l’intelligence, c’est le militaire ». Il n’est donc pas difficile de les rallier à n’importe quelle cause tant qu’on leur fait croire qu’ils sont dans leur rôle régalien : attachement à la République, respect des institutions de l’Etat, réaffirmation de l’autorité du chef de l’état, commandant en chef des armées loyalistes.

11 – Escalade verbale et victimisation

Ne jamais se laisser déstabiliser par l’auto proclamation du challenger comme vainqueur tant que les procès verbaux n’ont pas été adaptés aux chiffres qui vous conviennent. Ce sera alors le moment de passer à la saisie rapide de la Cour constitutionnelle pour fraude et, à force de communiqués, impulser l’escalade verbale jusqu’aux premières échauffourées dans les rues pour ainsi justifier l’entrée en scène de la grande muette, bête et méchante.

 

12 – L’Union africaine

L’inscription de son pays à ce syndicat des autocrates africains est primordiale, un gage de sécurité, puisque c’est d’eux que viendra le soutien le plus audible du continent, car institutionnel. Ne pas oublier que le statut de membre éligible pour cet appui sans faille des affiliés ne tient pas à grand chose : avoir été parmi les premiers durant son mandat à vite envoyer des soldats pour soutenir un de ses pairs en mal de démocratie, répondre présent à toutes les investitures des membres aussi mal élus que toi, toujours recommander le recours à la cour constitutionnelle sur les litiges électoraux dans les pays des autres membres.

 

Et maintenant, à vos urnes !

 

Solo Niaré

 

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