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Décès de Dr Mohamed Lamine DIABY survenu le 27 juillet 2016 à la clinique Gamekalley de Niamey au Niger

septembre 28th, 2016 | par Leguepard.net
Décès de Dr Mohamed Lamine DIABY survenu le 27 juillet 2016 à la clinique Gamekalley de Niamey au Niger
Nécrologie
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kindia, ville-phare de savants arabophones en guinée :

biographie d’un intellectuel africain issu de kindia, dans le Kaniya éternel

 Dr Bakeba Diaby (enseignant-chercheur en France) et son jeune frère professeur Karamba Salim Diaby (Diplômé en sciences de l’éducation et Proviseur de lycée à Kindia) annoncent au grand public, avec l’amertume au cœur, le décès à Niamey (Niger) de leur frère aîné Dr Mohamed Lamine Diaby (63 ans), professeur et enseignant-chercheur à l’université islamique au Niger à Niamey depuis 1989. La famille (Diaby de Touba, de Kindia, de Boké et de Conakry) remercie les autorités nigériennes, les amis, les collègues et les collaborateurs nigériens et africains du défunt, de leurs bons sentiments à l’égard de ce grand intellectuel guinéen, savant et poète africain de langue arabe, ainsi que de la grande amitié qu’ils lui ont témoignée durant toutes ces années d’énorme investissement intellectuel det de travail universitaire effectué dans ce pays frère de la CEDEAO.

La famille Diaby et ses nombreux alliés en Guinée remercie plus particulièrement les personnalités nigériennes distinguées suivantes : Dr. El-hadj Hadi Souley (Inspecteur Franco-arabe à Niamey, ce grand homme de cœur qui a pris en charge toutes les démanches concernant le rapatriement du corps de son ami de plus de 25 ans), El-hadj Illa Maikassawa (ex-Ministre nigérien, initiateur de bon nombre de grands projets de développement socio-éducatifs et islamiques au Niger, par ailleurs grand ami de longue date du défunt), Pr. Badamassi Abdou (Inspecteur Franco-arabe du second degré à Niamey), sans oublier, bien entendu, les dirigeants, les étudiants et étudiantes de l’université islamique au Niger, de l’université Mohamed Kaate et de l’université Solidarité de Niamey.

En vérité, les mots nous manquent pour remercier davantage El hadj Hadi Souley et El hadj Illa Maikassawa pour l’aide précieuse et distinguée qu’ils ont apportée à Niamey au frère cadet du défunt, en lui facilitant les démarches administratives et sociales dans le rapatriement du corps du son frère du Niger en Guinée, jusqu’à sa ville natale (Kindia) où il est finalement inhumé le dimanche 18 août 2016 (Qu’il y repose en paix, qu’Allah le couvre de sa miséricorde et lui accorde le paradis, Amen).

Par ailleurs, à l’initiative de professeur Salim Karamba Diaby, la famille remercie tout autant les autorités guinéennes pour le soutien inestimable qu’elles ont apporté à la famille Diaby dans cette épreuve douloureuse qu’elle traverse, notamment Monsieur Oyé Guilavogui (Ministre d’Etat chargé du transport), Madame le gouverneur de kindia, Monsieur Abdel Karim Diabaté (Secrétaire général aux affaires religieuses, également grand ami du défunt), Elhadj Mohamed Salihou Camara (Haute autorité religieuse musulmane en Guinée et Grand Imam de la Mosquée Fayçal de Conakry), El-hadj Mahmoud Camara, (Inspecteur régional des affaires religieuses de Kindia, ami d’enfance du défunt), le Colonel Sékouba Trésor Camara (cadre de l’armée guinéenne en fonction à Boké, fils de Kaniya, ancien préfet de Kindia et gendre du défunt), l’honorable député de Kindia El-hadj Demba Fadiga. Les obsèques se sont bien déroulées dans le strict respect des pratiques islamiques et des coutumes traditionnelles de Diakha et de Kaniya.

Il convient de préciser que, de l’aveu-même de ceux qui l’ont connu ou côtoyé, Dr Mohamed Lamine Diaby était, aussi bien en Guinée qu’en Afrique sub-saharienne, voire dans certains pays du Maghreb ou du Moyen-Orient, un des maîtres incontestés de l’art de maniement et de l’enseignement de la langue et de la littérature arabes, un fin connaisseur des sciences de l’exégèse coranique et de la théologie musulmane. Durant toute sa vie, il a formé (en Guinée, mais également au Niger) des générations d’arabisants y compris ceux issus d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. Pour rappel, il était au Niger le Doyen de la Faculté des sciences islamiques où il enseignait également les disciplines de psychologie, des sciences de l’éducation et d’informatique appliquée. Il a assuré la fonction de formation des maîtres et a encadré de nombreuses thèses de doctorats et de masters au sein de cette université, de même qu’il était écrivain mondialement connu pour ses œuvres littéraires et poétiques en langue arabe. Pour valoriser le travail de qualité qu’il a effectué au Niger, l’université islamique de Niamey entend commémorer annuellement son œuvre « inestimable » par la mise en place d’actions à caractère scientifique, social et culturel en guise de reconnaissance de son apport à la diffusion des connaissances, aux côtés de ses collègues nigériens, dans ce grand pays d’Afrique.

Son grand roman « Fanta, la Vierge de Conakry), écrit en Guinée entre 1975 et 2000, et traduit en langue française par son frère cadet, sera prochainement présenté au grand public guinéen et africain. Ce sera alors l’occasion de découvrir davantage cet écrivain intellectuel guinéen presqu’inconnu qui, à travers son immense talent d’écrivain sensible, nous plonge dans les réalités de la Guinée de l’après-indépendance (en 1958).

Dans ce roman de 450 pages (en deux tomes), l’auteur se livre à une critique objective, remarquable, à la fois politique, sociale et psychologique, de la société guinéenne à travers des personnages drôles et fort attachants, avec une description assez fidèle de la Guinée des années du prési Sékou Touré, dans une Afrique sub-saharienne qui se cherchait, n’oubliant pas de se projeter dans l’avenir. Dr Mohamed Lamine Diaby a enfin, à son actif, un bon nombre d’écrits originaux dans divers domaines littéraires et scientifiques dont le livre-phare, «Les œuvres littéraires sublimes en langue arabe de la famille Karambaya à Touba : de 1905 à nos jours », est un remarquable recueil d’œuvres poétiques et religieuses de certains des grands savants de cette ville sainte guinéenne de Touba fondée dans le Fouta-djallon par le patriarche de Diakha El-hadj Salim Diaby vers 1815.

Dr Mohamed Lamine Diaby se rendait régulièrement en Guinée (tous les deux ans pendant les vacances scolaires). Avant sa mort, il avait pour projet ambitieux de rentrer définitivement dans son pays natal, d’y ériger une grande université franco-arabe et de mettre son immense talent, son savoir-faire professionnel et ses relations internationales, notamment dans le monde arabo-musulman, au service du développement de projets scientifiques, économiques et culturels en Guinée. Hélas ! Le destin en a décidé autrement.

A préciser que Dr Mohamed Lamine Diaby était le deuxième fils de l’immense et célébrissime érudit religieux de Kindia, feu El-Hadj Bakasso Diaby, originaire de Touba, ville où il s’était éteint à l’âge de 106 ans après quatre ans de bonne gouvernance en tant que Calife général, c’est-à-dire de 2004 à 2008. Auparavant, El-Hadj Bakasso Diaby, un des arrière-arrières petit-fils du fondateur de Touba El-hadj Salim Diaby, fut accueilli à Kindia dans le Kaninya au milieu des années 40 et y vécut durant 60 ans. Hadja Yari Camara, originaire de Molota, est la mère de Dr Mohamed Lamine Diaby qui, dès son jeune âge, fréquenta sa première école familiale (Majliss-karanta, « en langue diakhanké ») à Kindia, au quartier Wondi II. Cette école est celle de son père Elhadj Bakasso Diaby, grand soufi reconnu dans le microcosme intellectuel ouest-africain, érudit hors-pair et l’un des illustres savants confirmés de la basse-Guinée. A Kindia, son père l’initia, tout comme ses frères et sœurs à tour de rôle, à la lecture et à l’écriture de la langue arabe littéraire, aux différentes disciplines du savoir scientifique arabe et à l’étude de l’exégèse coranique. C’est à cette école familiale qu’il commença à apprendre la poésie, son père étant lui-même grand poète de Touba de père en fils. Qu’à cela ne tienne ! La pratique de l’art de composition des poèmes en arabe littéraire est courante dans la grande famille d’El-hadj Salim Diaby à Touba et ailleurs.

Dans cette dynamique d’évolution et de construction de soi, le jeune écolier en devenir, Mohamed Lamine Diaby, fut accueilli, pendant un certain temps, dans l’école primaire d’un autre grand savant diakhanké également originaire de Touba et installé à Kindia au quartier Condetta, l’imam de ce quartier feu El-hadj Mohamed Fadiga (paix à son âme) pour renforcer les liens d’amitié entre les deux érudits de Kindia (selon une ancienne pratique culturelle traditionnelle mandingue). Cette école permit au jeune Mohamed Lamine Diaby d’approfondir ses connaissances antérieures, d’évoluer dans ses recherches et de contribuer, à son tour, à l’âge adulte, à la promotion de cette école par ses talents, en suivant la ligne et la lignée de son père, dans le respect de l’altérité, naturellement. Les deux savants pieux de diakha s’aimaient, s’appréciaient et se respectaient mutuellement. Ils se rendaient visite régulièrement et se confiaient à un troisième grand savant diakhanké, non moins célèbre, leur oncle toubaka du rang des fakounda, El-Hadj N’namou Sankoung Diaby, l’imam du quartier Banlieue. Le trio savant de choc apporta, il est vrai, beaucoup de bénédiction à Kindia. Il fut renforcé par l’arrivée, sur la scène intellectuelle locale, d’El-hadj Faciné Bangoura, deuxième grand imam du quartier Banlieue et d’El-hadj Ibrahim Bah, célèbre savant du quartier abattoir…. C’est dans ce contexte qu’évoluait intellectuellement le jeune Mohamed Lamine Diaby, bénéficiant de la proximité et de la bénédiction de ces personnalités prestigieuses qui travaillaient main dans la main pour la promotion de la basse-Guinée, de l’islam et des connaissances et sciences arabo-islamiques à Kindia et en Guinée de manière générale. Il faut rappeler que les noms que nous avançons ici sont à titre indicatif et qu’il y a d’autres noms plus ou moins connus, en effet, toute la Guinée est une terre bénie qui regorge de savants, d’érudits et de guides spirituels qui s’étaient illustrés au cours des âges dans les différentes régions de ce pays glorieux.

Entre-temps, au quartier Wondi II, le visionnaire El-Hadj Bakasso Diaby transforma son ancienne école-majliss familiale en méderssa moderne (école primaire) où l’arabe était, certes, la langue d’enseignement dominant, mais le français, à faible dose, était parfois intégré au programme d’enseignement. Cette évolution dans l’approche de l’enseignement primaire à Kindia était due à l’accueil de bon nombre d’enfants du grand quartier Wondi II scolarisés dans l’école dite francophone, dont les parents souhaitaient une ouverture plus grande aux enseignements (la langue française pour les besoins d’ici-bas et la langue arabe pour l’au-delà, pour schématiser un peu de cette manière). L’idée de l’école franco-arabe faisait ainsi son chemin à Kindia et cela n’a pas tardé à avoir un certain retentissement sur la conception nouvelle de l’école au niveau national, notamment à la suite des ouvertures opérées en Guinée pendant les dernières années du temps du président Sékou Touré et le vent de libéralisme prôné par son successeur le président Lansana Conté.

Si l’on peut dire que l’idée de l’école franco-arabe était probablement née à Kindia, force est de constater que c’est à Conakry qu’elle était reprise par l’Etat guinéen qui était en recherche de solutions épistémologiques et pragmatiques aux problèmes liés à la massification de l’enseignement, à l’égalité des chances et à la modernisation de l’enseignement pré-universitaire en Guinée.

Dans la même période de temps, au quartier Banlieue (secteur Garanguélaya), El-hadj Faciné Bangoura construisit, en 1967, pour le jeune Mohamed Lamine, une école arabe où il était à la fois directeur et enseignant. La plus grande école arabe de Kindia, établie par la famille Fadiga aux quartiers Condetta et Manquepas, occupa une place importante dans le mouvement de l’enseignement arabe dans cette ville. Elle était structurée autours d’enseignants de qualité tels que les professeurs El-hadj Fodéba Fadiga, fils de l’imam du quartier Condetta (paix à son âme) et le célèbre Ustaz M’mabou, pour ne citer que ces quelques illustres noms (Qu’Allah les rétribue tous pour leurs bonnes œuvres inoubliables).

Ces différents événements furent le prélude à une ouverture encore plus large de l’enseignement arabe à Kindia, faisant de cette ville de la basse côte guinéenne le centre névralgique de l’expérience de l’enseignement arabophone en Guinée. La ville devint célèbre, outre pour ses agrumes, pour son accueil d’un grand nombre d’élèves et d’étudiants « arabisants » issus des quatre coins de la Guinée. Cet intérêt grandissant pour cette expérience à Kindia conduisit l’honorable Chérif Nabhani, alors ministre des affaires religieuses du gouvernement de feu Sékou Touré, à s’intéresser à Kindia en tant que vivier ou pépinière du développement des études arabo-islamiques en Guinée. Il favorisa en 1977 l’envoi de nombreux boursiers guinéens dans certains pays arabes comme la Syrie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Irak et, mais aussi, plus tard, dans certains pays du Maghreb comme le Maroc.

L’honorable Chérif Nabhani, un autre savant et érudit diakhanké de la capitale, très célèbre dans la région de Boké, était un grand ami d’El-Hadj Bakasso Diaby. Il se rendait régulièrement à Kindia auprès de son ami et aimait beaucoup le jeune Mohamed Lamine, appréciant la qualité de l’enseignement donné dans cette école-majliss qui alliait le système éducatif traditionnel de Touba et la méderssa moderne (à savoir que si l’école-majliss se distingue par sa rigueur au niveau de l’enseignement de la langue arabe littéraire, par l’intériorisation des normes des connaissances anciennes notamment, la méderssa moderne, elle, se caractérise par sa capacité à enseigner l’arabe littéraire à un nombre plus grand d’enfants et à leur apprendre la langue de manière rapide (…). Tours est-il qu’en 1977, Chérif Nabhani aida le jeune Mohamed Lamine à obtenir une bourse du gouvernement guinéen pour le Moyen-Orient. En Arabie saoudite, le jeune développa et approfondit ses connaissances antérieures en suivant un cursus universitaire normal jusqu’en   1989 date à laquelle il bénéficia d’une mission du gouvernement saoudien pour aller au Niger participer à l’établissement et à la gestion de la nouvelle université islamique construite à Say grâce à la coopération fructueuse entre les deux pays.

Avec la disparition (suite à une courte maladie) de ce géant de « l’arabophonie » sub-saharienne, la Guinée et l’Afrique viennent de perdre un de leurs enfants prodiges dont elles peuvent être fières dans les domaines de la science et de l’humanisme.

 

 

Par Dr Bakeba Diaby

(Psychologue-sociologue à Amiens, France)

 

Pour Leguepard.net

One Comment

  1. sagna says:

    Merci pour cette publication vraiment bien j’ai hâte de lire ce livre inshaallah été paix à son âme on peut dire que la relève est assurée merci encore Dr Bakeba Diaby

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