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Yacine Diallo: entre l’oubli et le mythe – La formation d’un leader (partie I) Par Ourouro BAH

octobre 31st, 2016 | par Leguepard.net
Yacine Diallo: entre l’oubli et le mythe – La formation d’un leader (partie I)  Par Ourouro BAH
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Yacine Diallo: entre l’oubli et le mythe – La formation d’un leader (partie I)

Introduction

Yacine Diallo naquit il y a 119 ans, le 18 Octobre 1897. Dans la préface du livre que Boubacar Yacine Diallo a consacrée à cette figure mythique et oubliée de la Guinée, Jean-Pierre Ndiaye décrit  Yacine – un ami de son père – comme un « homme de caractère et d’honneur, corpulent et robuste, calme et équilibré. Homme d’un savoir étendu avec une connaissance encyclopédique de l’histoire, des religions et des civilisations, il était un leader naturel ». Jean-Pierre Ndiaye indique que c’est avec le fervent désir de sortir son pays des ténèbres de l’indigénat et conforté par sa culture étendue que Yacine Diallo s’attela avec ses pairs à la réalisation de plans de développement économique des colonies françaises de l’Afrique, après la deuxième guerre mondiale.

La formation d’un leader

 

Né dans le village de Toulél-Nouma près de Labé, Yacine Diallo est d’une famille d’érudits musulmans. Son père Alpha Bacar Diallo fut un conseiller d’Alpha Yaya. Il est dit qu’Alpha Bacar Diallo négocia le départ des troupes de Samory Touré qui avaient assisté les Almamys du Fouta-Djallon à écraser la rébellion Houbou. Les origines familiales de Yacine Diallo imprégnées de la mystique de la connaissance expliquent sa quête incessante de savoir sur les civilisations et les religions, dans l’universalité des cultures humaines qui définira l’homme.

À un jeune âge, Yacine Diallo fut envoyé pour étudier le coran chez le guide religieux Tierno Aliou Bhoubha Ndiyan. Il se distingua par son intelligence et son vif intérêt pour le coran et l’école française. Il est dit que, de son propre chef, Yacine Diallo commença à suivre de l’extérieur de la classe, les enseignements français à l’école primaire de Kouroula à Labé. Un jour, de la fenêtre où il était posté, il répondit à une question du maitre d’école à ses élèves. L’instituteur insista pour que son tuteur l’enrôle à l’école française. Une version différente dit que Tierno Aliou Bhoubha Ndiyan qui avait inscrit à l’école française ses propres enfants avait inclus Yacine Diallo après avoir consulté son père.

En tout état de cause Yacine Diallo fut un élève prodige. À l’âge de 17 ans, il fut admis à l’école normale de Gorée – devenu William Ponty plus tard. Il en sortira majeur de sa promotion, à l’âge de 20 ans pour une carrière d’instituteur. Il exercera la profession pendant 20 ans à travers la Guinée : Pita, Kissidougou, Fotoba, Coyah, Kindia, Guéckédougou et Conakry. Durant ces 20 ans, Yacine étendit sa culture dans tous les domaines qui lui étaient accessibles. Il fréquentait les prêtres qui possédaient des livres. Il approfondit ses connaissances des religions et des langues dont l’anglais et le latin. On raconte que pour étudier le latin il fallait être chrétien. Qu’à cela ne tienne, Yacine Diallo décida de se convertir le temps d’accéder aux connaissances qu’il voulait. Cette forme de curiosité intellectuelle et d’indépendance d’esprit irritait et choquait. Ses adversaires politiques ne manqueront de le dépeindre comme un aliéné culturel. Mais, la démarche de Yacine Diallo était plutôt inspirée par son esprit universaliste – notamment sa compréhension des liens entre les religions monothéistes de l’Islam et du Christianisme. En même temps, Yacine Diallo approfondit ses connaissances de l’arabe pour mieux appréhender sa religion. Il obtint un prix du roi Ibn Saoud de l’Arabie. Il ne s’arrêta pas à mi-chemin. Il ajoutera à son arsenal culturel la musique  en apprenant le solfège et en jouant le violon et le piano. Campe sur une vaste culture et un esprit imprégné d’art, Yacine Diallo exhalait une piété et une sagesse qui imposeront le respect à tous ceux qui l’approchèrent. Même le racisme colonial rampant ne pouvait avoir raison de cet esprit qui avait décidé d’embrasser et de faire sienne la totalité du savoir humain de son époque.

Yacine Diallo dans l’éveil politique des colonies françaises

Dans l’Afrique francophone de l’immédiat après-guerre, deux courants majeurs militaient pour l’émancipation des peuples colonisés. Les deux courants avaient des revendications similaires et tous voulaient une coopération étroite avec la France. Toutefois, leurs approches et leurs perspectives étaient différentes.

Le premier courant, le RDA qui se définit comme un mouvement revendicatif et non comme un parti politique, dut sa survie à l’appui des communistes français. Le RDA n’avait aucun programme de développement des colonies. L’accélération du démantèlement de l’empire colonial français montrera l’impréparation des leaders du RDA à cet égard quand ils furent en charge de l’administration de leurs pays. Ils seront tous phagocytés par des camps et des idéologies extérieurs : le néo-colonialisme français ou l’expérience communiste.

Diallo Yacine et Lamine Gueye ne furent pas participants au congrès constitutif du RDA à Bamako en 1946. Lamine Gueye voyait d’un mauvais œil la mainmise des communiste sur le mouvement. En plus des revendications d’amélioration de la vie dans les colonies, les deux leaders insistaient plutôt sur le développement économique ainsi que la modernisation des institutions politiques et sociales en coopération avec la France.

Les conséquences d’une mort

La vie de Yacine Diallo s’interrompit brusquement en Avril 1954. Diawadou Barry est élu pour le remplacer en battant Sékou Touré. Des témoins affirment que Sékou Touré jura de ne plus jamais perdre une élection en Guinée. L’année qui suivit enregistra plus de 35 incidents provoqués par les milices du PDG-RDA. Ce fut le début de la guerre larvée de 4 ans – 1954 à 1958 – avec plus de 1500 mort et des dizaines de milliers de blessés, principalement commis par les militants du PDG-RDA. Le PDG-RDA bénéficia de complicités multiples et troublantes. Le président du RDA, Houphouët-Boigny, finança la campagne de Sékou Touré. Il fit des pressions considérables pour assurer la victoire de son poulain. En même temps, Sékou Touré bénéficiait du soutien du gouverneur Général de l’époque, Bernard Cornut-Gentille avec qui, il est dit, il entretenait des relations homosexuelles (*référence). Enfin, en tant que syndicaliste, il bénéficiait de la main-forte des cellules communistes locales et celles de la métropole. En dépit des troubles et de violences documentées par les inspecteurs de l’administration coloniale, le PDG jouit d’une totale impunité. Ceci explique largement sa victoire écrasante lors des élections de 1957. Ces années sanglantes ne faisaient que préfigurer la terreur que le parti instaura une fois au pouvoir et la culture de violence politique qui en résultat et perdure encore en Guinée.

 

Ourouro Bah

  • Prochain article : Yacine Diallo: entre l’oubli et le mythe (partie II) L’émergence et l’affirmation d’un leader

 

(*) http://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/andre-lewin/sekou-toure-president/volume-1/chapitre15.html et http://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/andre-lewin/sekou-toure-president/volume-1/chapitre16.html#n378

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