breaking news

La mort du dernier des Mohicans (Par Kayoko Abraham Doré )

décembre 3rd, 2016 | par Leguepard.net
La mort du dernier des Mohicans (Par Kayoko Abraham Doré )
Analyse
0

Kayoko Doré

                                                                                    Kayoko Abraham Doré

Fidel Castro, le dernier des géants politiques et du marxisme-léninisme est mort le 25 novembre 2016. La triste nouvelle a été annoncée par son cadet et successeur, Raoul Castro, avec un gravissime marqué. Son corps a été incinéré ce dimanche 27, selon ses vœux.

Castro naît  en 1926, fréquente les établissements jésuites, fait des études de droit et devient avocat. Très rapidement, ses certitudes, ses convictions, ses idéaux contrastent profondément avec les modes de pensée et de comportement de la classe politique  de droite qui gouverne Cuba, aux côtés de Batista. Il devient un contestataire avéré que les théories marxistes-léninistes ne tardent pas à séduire.

A 27 ans, en 1953, avec une centaine de compagnons, il tente de prendre une des places fortes de l’armée. L’échec de cette imprudente entreprise conduit en prison le jeune avocat qui, loin de renoncer à ses convictions et à son activisme, mène plus tard, entouré d’autres jeunes nationalistes, une opération d’invasion de l’île pour en chasser Batista. Il enregistre un nouvel échec dont il tire l’enseignement que  la guérilla reste la seule solution efficace. C’est à ce moment que Castro et ses compagnons se retirent dans la jungle des reliefs montagneux de l’île et y installent une puissante guérilla qui polarise la jeune élite d’Amérique du Sud dont le « Che » Ernesto Guevara et le frère de Castro, l’actuel Président, Raoul Castro. Castro a eu raison. En effet, l’armée de Batista ne parvient pas à vaincre les guérilleros qui finissent par prendre le pouvoir à la Havane que Batista vient de fuir.

Trois raisons fondamentales expliquent la victoire des « barbus » : la vassalisation du régime de Batista par les Etats Unis, le développement du narcotrafic et enfin le triomphe de la corruption. Castro est tout naturellement investi par ses compagnons dans les fonctions de Premier Ministre. Cuba n’est qu’à une encablure de Miami, en Floride. En pleine guerre froide, les Etats Unis ne peuvent guère tolérer l’émergence à leur porte d’un Etat satellite marxiste tout acquis à la cause de leur puissant ennemi, l’Union Soviétique. Ils s’attèlent donc à tuer dans l’œuf l’exemple cubain qui pourrait, comme une traînée d’huile, se propager dans toute l’Amérique latine suscitant   d’impétueuses vagues de sentiments anti américains. Le FBI et la CIA multiplient les provocations et les tentatives de déstabilisation du régime castriste. Sans grands succès. La plus grande opération qu’ils échafaudent en intelligence avec les réfugiés cubains, ennemis jurés du Président cubain, se termine par une retentissante débâcle, dans la Baie des Cochons. En réponse à cette attaque, Cuba se rapproche davantage de l’Union Soviétique qui construit sur le sol cubain une rampe de lancement de missiles nucléaires que les avions espions américains ne tardent pas à découvrir lors de leurs vols de reconnaissance. Presqu’au même moment, les  américains remarquent qu’une flotte soviétique qui se dirige vers Cuba transporte des missiles. Ils ordonnent le blocus de l’île, déploient leur marine de guerre face à la flotte soviétique et exigent des Russes le retour de leurs navires et le démantèlement de leurs rampes à Cuba. C’est la crise des fusées. On craint que ce face à face des deux puissances nucléaires ne provoque la troisième guerre mondiale. Le monde tremble, effarouché. Finalement, John Kennedy et Nikita Khroutchev  trouvent un modus vivendi.

La flotte soviétique rebrousse chemin ; la rampe est pliée et ramenée en Union Soviétique ; les Etats Unis renoncent à envahir Cuba. En cette année 1962, le monde n’aura pas été aussi proche d’une déflagration à l’échelle de la planète. Mis sous embargo international, le régime castriste va survivre à 11 Présidents américains. Le pays est tenu d’une main de fer par ses dirigeants et vit quasiment en autarcie. Durant cette période, Fidel Castro effectue deux visites d’Etat en France respectivement sous le Général Charles De gaulle et François Mitterrand. Ces brèches dans l’embargo resteront isolées et sans effets significatifs. Il faudra attendre l’administration Obama pour que l’embargo, sans être entièrement levé, soit suffisamment assoupli alors que Fidel Castro n’est plus le Timonier. En 2008, très malade, il a cédé le pouvoir qu’il n’exerçait effectivement plus depuis 2006,  à  Raoul Castro, son frère et fidèle compagnon du maquis.

Fidel Castro a apporté à nombre d’Etats africains un soutien inestimable dans le cadre des luttes de libération (Angola, Mozambique, Guinée Bissau, etc) et du processus de développement socio-économique (Guinée, Ghana, Algérie, etc.).

Les idéaux populistes, voire humanistes, qui sous-tendent le modèle de société castriste ont considérablement marqué les peuples brimés et suscité à la fois leur estime et leur admiration à l’endroit du père de la révolution cubaine. Castro est indiscutablement  la dernière icône politique du XXème siècle.

 

 

 

Kayoko Abraham Doré

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *