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Le poids des maux, la force des mots / Pr Alpha Condé sans doute en mal d’enseignement et nostalgique des amphis…

janvier 18th, 2017 | par Leguepard.net
Le poids des maux, la force des mots /  Pr Alpha Condé sans doute en mal d’enseignement et nostalgique des amphis…
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Kayoko Doré

Ces temps-ci, on note que le Pr Alpha Condé sans doute en mal d’enseignement et nostalgique des amphis, n’a de cesse de s’appliquer à dispenser des cours d’économie politique aux Guinéens pour les convaincre de la pertinence de ses grandes orientations politiques, économiques et culturelles et surtout de tout le bien qu’ils en tireront, à terme. Un tantinet méthodique, voire pédagogue, il analyse, démontre, étaye, fait des exégèses et parfois, péremptoire, assène à l’auditoire une conclusion qui laisse pourtant dubitatif. Eclectique, il ausculte tous les sujets, énonce des solutions simplistes ressemblant à une lapalissade. Voyons ! Lors de sa récente visite en Chine, pays où les émules de Mao Zé Dong sont une espèce en voie de disparition et le maoïsme une idéologie obsolète, le Président s’est vanté d’être le premier président maoïste étranger à visiter la Chine. Au cours de la même visite, pour expliquer le délabrement de l’Etat guinéen devant un parterre de chefs d’entreprises chinois, il a évoqué les « complots de l’impérialisme français » comme les causes des difficultés de la révolution à atteindre le nirvana qu’elle avait promis au peuple. Pour être abasourdi, on l’est. N’est-il pas surprenant que l’auteur de «  La Guinée, Albanie d’Afrique », qui plus est a été condamné à mort par contumace par la révolution fasse aujourd’hui sien l’argumentaire utilisé contre lui hier par ceux qu’il clouait aux piloris ? S’il était de bonne guerre que le Parti-Etat désignât la France comme un obstacle rédhibitoire à l’atteinte de ses objectifs politique, économique et social, les propos du Président, en Chine, perturbent et consternent, même si en politique seul l’intérêt du moment importe. Deux autres sujets délicats ont aussi fait l’objet de propos à l’emporte-pièce. « Comme nous avons fini de rembourser la dette du FMI et que nous ne sommes plus sous programme, la Guinée ressemble dorénavant à un vaste boulevard d’ici l’océan indien. Nous pouvons signer maintenant un partenariat stratégique de 40 ans avec la Chine » clame-t-il. Doit- on déduire de ces propos la volonté du Pr Alpha Condé de rompre la coopération avec les Institutions de Brettons Woods et corrélativement avec ce qu’il est convenu de désigner par le vocable de communauté internationale ? Et de priver, ce faisant, son pays d’inestimables subsides pour renforcer à la fois sa sécurité alimentaire et sa résilience à la pauvreté. Aussi, comment le pays peut-il se priver de multiples opportunités en se corsetant dans un partenariat avec la Chine d’un horizon de 40 ans ? En dépit de la précision des calculs qui soutiennent la prospective, bien malin sera qui pourra décrire les rapports de force dans 40 ans, exactement comme ils s’enchevêtront. N’est-ce pas là une nouvelle tentative d’ « attacher l’aigle Guinée » qui vient de rompre, selon le Chef d’Etat lui-même, ses chaînes pour s’en aller par vaux et monts à la conquête du mieux-être de ses enfants? A Conakry, Forécariah et   Kindia, devant différents auditoires, le Président a exposé ses réflexions et ses stratégies d’action par rapport à d’autres thématiques qui préoccupent les populations. Une vaste campagne de construction de logements sociaux a déjà, dit-il, commencé par l’importation de machines produisant par jour des dizaines de milliers de briques en terre stabilisée (BTS). Bientôt, affirme le Président, tous les Guinéens dans tous les villages pourront bâtir une habitation décente en BTS et ainsi il n’y aura plus d’incendies ravageurs dans les villages, en Haute Guinée. L’optimisme est sans doute excessif ; il tend à démontrer plutôt la pertinence du slogan présidentiel dont médias officiels et laudateurs du système se font régulièrement écho, à savoir «  un Guinéen, un toit ». Hélas, la disponibilité de BTS n’entraîne pas ipso facto son accessibilité à tous les pans de la société. La BTS a un coût. La construction du logement social aussi. Le paysan pourra – t- il acquitter ces coûts ? Rien n’est moins sûr. L’affirmation « un Guinéen, un toit » ne peut passer d’une vue de l’esprit à une réalité tangible que si l’Etat offre gracieusement un toit décent aux nombreux Guinéens qui vivent dans l’indigence. Une gageure qu’aucun Etat n’a encore soutenue nulle part dans le monde ! Déjà, les mirobolants rêves « un étudiant, un ordinateur ; un étudiant, une tablette ; un tailleur, une machine » sont demeurés du pipeau. Comme il fallait s’y attendre. L’Etat, s’il y en maintenant un, n’a pas les ressources requises, en cette période de morosité économique caractérisée par l’arrêt de l’usine d’alumine de Fria, le départ des majors du secteur minier et la baisse des prix de la bauxite et du fer. S’agissant de l’agriculture et de la pêche, le Président Alpha Condé n’est pas non plus avare de solutions tantôt triviales, tantôt novatrices mais en-trompe-l ’œil. On commande et distribue aux paysans engrais, produits phytosanitaires et plants de palmiers à huile et d’hévéa sans avoir pris soin de renforcer, de manière appropriée, les capacités des producteurs (formation, équipement, financement, mise en place de structures performantes d’encadrement et de recherche/action) et de garantir la commercialisation, en aval. Les résultats d’une pareille démarche qui met «  la charrue avant les bœufs » est, de toute évidence, aléatoire. Il en est de même de l’initiative qui consiste à peupler d’alevins toutes les rivières du pays afin d’améliorer la sécurité alimentaire des « Guinéens qui mangent mal ». Pourvu que les gros poissons ne dévorent ce menu fretin rendant vaine l’initiative. N’est- ce pas plutôt des bassins piscicoles qu’il faudrait développer ? A mon sens, le Président aurait dû meubler des questions agro pastorales la fonction de Haut Représentant du Chef de l’Etat dont les aptitudes en politique agricole sont avérées. Parmi les secteurs porteurs de croissance qui nourrissent la rhétorique présidentielle, on note celui du tourisme et de l’hôtellerie. La vision et la stratégie déclinées ne sont pas novatrices. Que  Conakry ait plus d’hôtels que Dakar et Abidjan, ne suffit pas à booster le tourisme dont la léthargie ne découle pas uniquement du déficit notoire des réceptifs hôteliers et de l’insuffisance des infrastructures routières de qualité. L’analyse de la relation de cause à effet liant tourisme et hôtellerie vaut un détour. Est-ce le tourisme qui induit le développement de l’hôtellerie ou le contraire ? La construction de nombreux et luxueux hôtels suffit-elle à attirer des touristes ? On en doute. Le confort des chambres d’hôtel n’est qu’un précieux atout, un adjuvant. Le pays ne peut pas devenir une destination touristique intéressante s’il n’engage pas un certain nombre d’actions vigoureuses : aménagement des divers sites touristiques répertoriés, renforcement des capacités de l’Office National du Tourisme qui doit développer un marketing agressif, lutte contre la corruption, formation civique et citoyenne des policiers et des douaniers affectés dans les services portuaires et aéroportuaires, etc. C’est l’importance du flux de touristes qui entraîne l’accroissement progressif et durable des réceptifs hôteliers. Cette dynamique contribuerait à améliorer le taux de croissance économique qui reste depuis des années erratique et faible. On est donc encore bien loin des attentes du Chef de l’Etat !

A bien examiner les propos du Pr Alpha Condé et les circonstances où ils sont tenus, on s’aperçoit qu’ils sont davantage porteurs de préoccupations politiques que de volonté de développement. Les objectifs visés et les résultats attendus n’ont sans doute fait l’objet d’aucune sérieuse étude de faisabilité et paraissent décalées, pour la plupart, par rapport aux ressources programmables. Ah ! Politique, quand tu nous tiens !

Abraham Kayoko Doré

 

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