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Yaya Jammeh abdique / Chronique d’une défaite annoncée.

janvier 24th, 2017 | par Leguepard.net
Yaya Jammeh abdique / Chronique d’une défaite annoncée.
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Kayoko Doré

Dans la nuit du samedi à dimanche, dans l’atmosphère de psychodrame qui enveloppe le tarmac de l’aéroport de Banjul, l’ancien Président Yaya Jammeh s’en est allé en exil en Guinée Equatoriale , loin de sa Gambie, au terme d’un long et sanguinolent règne de 22 ans. Comme un quidam, un pauvre hère. Bien étrange destin d’un jeune homme qui n’avait que trop tôt accédé au pouvoir alors qu’il avait à peine 30 ans. Très rapidement, la moutarde lui monte au nez. Les délices du pouvoir l’enlacent, l’enivrent, l’étourdissent. Il s’affuble de tenues vestimentaires burlesques et de titres cocasses. Il s’attribue le grade de docteur en médecine et prétend détenir le pouvoir de guérir le sida. Son obsession de la puissance est telle qu’il a finalement le sentiment d’être Dieu sur la terre gambienne. Son langage est revêche, rugueux. Qu’à cela ne tienne, on ne lui en aurait pas voulu outre mesure. Ce ne serait que vulgarité, bouffonnerie et pitrerie. Mais, assoiffé de pouvoir, il se mue en un dictateur sanguinaire et impitoyable qui construit dans son pays un régime totalitaire cruel. Il étouffe et musèle tous les espaces et mouvements porteurs de propositions qui contrarient ses idées et ses projets de société mirobolants. Le microcosme politique est tout naturellement sa cible privilégiée. Il s’attèle à liquider-au sens propre et au sens figuré- l’opposition en embastillant et en faisant trucider ses leaders ; ceux qui échappent par les failles du corset dont il a enveloppé les Gambiens n’ont d’autres choix que l’exil. Les journalistes aussi sont dans son collimateur. Il veut une presse disciplinée, voire obséquieuse, à ses ordres. Comme les politiciens, les journalistes qui n’obtempèrent pas sont voués aux gémonies, condamnés à la prison ou à l’exil. La Gambie va ainsi perdre inexorablement, au fil des ans, ses cadres les plus talentueux, dans tous les compartiments de la société tandis que d’élections en élections galvaudées, Docteur-El Hadj-Président (quoi encore ?) Yaya Jammeh fait de son pays et de ses compatriotes ce qu’il veut, oubliant cette maxime : « on peut tromper une partie du peuple tout le temps ou tout le peuple une partie du temps. Mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Il perd la dernière élection présidentielle face à un néophyte politique, peu connu des Gambiens, Adama Barrow.  Il surprend, dans le pur style fairplay d’un « gentleman britannique », ses compatriotes et le monde entier lorsqu’il accepte les résultats et félicite son challenger victorieux. Malheureusement, fidèle à son caractère versatile et son humeur erratique, il se ravise quelques jours plus tard, conteste les résultats et tente de s’accrocher au pouvoir en multipliant les initiatives dilatoires. Mais, n’a-t-il pas craint aussi, en entendant les propos hâtifs et maladroits du nouvel élu et son entourage exigeant qu’il soit jugé, de se retrouver à la CPI ? Là, sa réaction serait de bonne guerre. En tout état de cause, sous la pression militaire et diplomatique de la CEDEAO, l’UA et l’ONU, l’ex président gambien a fini par s’en aller aussi bien du pouvoir que de son pays. Dans des conditions bien moins glorieuses que celles que son acceptation des résultats de l’élection avait créées.

 Abraham Kayoko Doré

2 Comments

  1. SY SAVANE says:

    Fantastique! Kayoko fait une description clinique précise du régime sanguinaire dont les GAMBIENS ont souffert sous la férule du sinistre JAMMEH.

    Le texte de DORÉ Kayoko, par sa précision et son HONNÊTETÉ, fait comprendre aux lecteurs la TRAGÉDIE dans laquelle ont vécu les GAMBIENS durant plus de vingt ans.

    Mamadou Billo SY SAVANÉ

  2. Soumah Mohamed Lamine says:

    Très bien ils vont tous s’en aller un par un par la grâce de la démocratie.

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