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Le phénomène de célébration des traditionnelles saisons religieuses en Afrique sub-saharienne : Cas du Grand Fidaou de la ville sainte guinéenne de Touba.

juin 4th, 2017 | par Leguepard.net
Le phénomène de célébration des traditionnelles saisons religieuses en Afrique sub-saharienne : Cas du Grand Fidaou de la ville sainte guinéenne de Touba.
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A l’attention de nos lecteurs et lectrices francophones

 

Le phénomène de célébration des traditionnelles saisons religieuses en Afrique sub-saharienne : Cas du Grand Fidaou de la ville sainte guinéenne de Touba

 

Une étude analytique, sociologique et religieuse (Approche anthropologique)

Dr. Diaby Bakeba (psychologue-sociologue), Université d’Amiens – France)

Le contexte

Suite aux déclarations controversées de notre Grand Imam (bien aimé et respecté), semblant mettre en cause le principe même du grand Fidaou de Touba (cet événement culturel et religieux majeur guinéen), nous avons tenu à réagir à chaud et à apporter des éclairages tant conceptuels que préceptuels (du Coran et de la sounna prophétique) pour définir, à nos lecteurs et lectrices francophones, les enjeux de ce phénomène à la fois connu et méconnu du grand public guinéen et africain.

L’objectif est d’expliquer à qui veut l’entendre en quoi ce culte collectif saisonnier en Guinée est en phase et en ligne avec les enseignements de l’islam, et en quoi il est loin, sur le plan perceptuel, des interprétations individuelles « erronées » dont il fait (injustement) l’objet par des milieux occultes (étrangers ?) aux intérêts personnels cachés, aux intentions, pour le moins, malsaines à l’égard de Touba, la ville sainte de Guinée, une ville qui, de surcroît, incarne aux yeux de nombreuses personnes un islam tolérant et du juste milieu, aux couleurs de nos réalités identitaires africaines.

Certes, la communauté diakhanké est indignée à l’idée même que le nom « béni » de Touba soit prononcé dans ce genre de circonstances, mais au-delà des acteurs des propos tenus (qu’il convient naturellement de respecter au nom de la liberté d’expression), il faut pouvoir opposer à ce qui est dit publiquement les contre-arguments convenables pour rétablir une certaine vérité et éclairer le Guinéen lambda sur la réalité ou non de ces allégations ; pour qu’il entende d’autres sons de cloches, écoute d’autres versions des faits et ait d’autres possibilités d’appréciation et d’évaluation.

Introduction

De toute évidence, chers frères et sœurs, la religion musulmane n’est pas seulement « une question de culte de Dieu » (à savoir, uniquement des pratiques religieuses que nous accomplissons au quotidien), elle est aussi éminemment une question «d’éthiques, de comportements exemplaires, de valeurs communes partagées, de culture et de solidarité, d’actes sociaux, de bienfaisance et de bienséance à plusieurs égards ».

Autant dire que le but ultime de la religion, au-delà de la pratique quotidienne qui en est faite, est de renforcer dans le cœur du croyant la foi en l’unicité de Dieu, raffermir les piliers de l’islam et maintenir la cohésion sociale des musulmans, afin qu’ils vivent dans un environnement cohérent et consistent dominé par l’amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de l’humanité toute entière. La religion, du verbe « lier », est la lien avec Dieu et avec les gens. On ne doit pas couper le lien avec les coreligionaires, ont doit les aider pour mieux réaliser le « Vivre ensemble » sur des bases saines et solides.

Pour rappel, nous avions déjà abordé, dans un article précédent, la nécessité de ne pas recourir systématiquement à l’interprétation des phénomènes culturels et sociaux, d’un point de vue purement théologique, ne prenant pas en compte les aspects culturels de l’intersubjectivité humaine, qui signifie que l’être humain est un être social, un sujet pensant qui vit avec ses semblables et communique avec eux en interaction et en bonne intelligence. Ne pas inclure dans la démarche religieuse le fait social, et donc le facteur culturel, n’est pas une chose concevable, surtout quand ce fait culturel n’est, en aucun cas, incompatible avec l’esprit de la religion musulmane.

Or, l’un de ces aspects sociaux et culturels qui ont été étrangement mal compris chez nous ces derniers temps est, nous semble-t-il, ce phénomène de « Grand fidaou de Touba » qui est majestueusement célébré chaque deux ans par les habitants de Touba et aussi par d’autres Guinéens ou africains dans notre cher pays, la Guinée. En effet, certaines personnes ne voient dans cette pratique traditionnelle et ancestrale chez les Diakhankés qu’une pratique ordinaire mondaine (voire très locale) n’ayant aucun impact sur le pays et rien à voir avec la religion islamique (selon leur point de vue, bien entendu). Dans les faits, les choses ne sont pas ce qu’ils imaginent ou ce qu’ils croient. Ces gens sont mêmes complètement « à côté de leurs plaques ou de leurs pompes » dans leur compréhension et interprétation (très) personnelle, étroite et erronée de ce phénomène religieux important pour la Guinée et l’afrique sub-saharienne.

Il faut dire que depuis un certain temps, nous entendons régulièrement parler d’attaques répétées et systématiques dirigées contre certaines us et coutumes diakhasnké à caractère religieux et culturel. Nous voulons donc mettre l’accent sur l’importance de ces pratiques culturelles non seulement avec des arguments théologiques juridiques et légaux (basés sur le Coran et les haditdu Prophéte Mohammad (paix et salut sur lui), mais aussi et surtout avec des preuves issues de la logique, de la rationalité et du relativisme culturel, voire du vécu de nos parents et nos ancêtres, pour couper court à toute velléité d’interprétation intempestive malveillante et tendancieuse. Oui, il est temps d’amener certaines « têtes brûlées » et des individus ignorants (détracteurs de nos cultures guinéennes) à la raison et à arrêter leurs attaques injustifiées contre nos coutumes africaines, tout en leur permettant de comprendre (au moins et bien) le sens réel de ce grand rassemblement culturel (le Fidaou de Touba). Cela leur éviterait de sombrer dans l’entêtement et dans les discussions futiles, stériles et injurieuses. C’est Dieu, seul, qui sait où réside la vérité ultime.

Quelques précisions préalables :

 Ce qui suit peut apparaitre un peu subjectif, long voire fastidieux, car il y a un engagement fort pour la manifestation de la vérité, mais, de nos jours, il en faut de l’intersubjectivité pour se faire entendre, se faire respecter et se faire comprendre des gens, notamment dans les débats houleux autour d’une question cruciale qui est d’une grande importance pour nous tous. En principe, le fidaou de Touba ne devait pas figurer dans les sermons religieux si ce n’est pour en énumérer les bienfaits pour la Guinée (à moins qu’il soit remis en cause, ce qui peut susciter alors réactions et débats contradictoires jusqu’à la manifestation de la vérité).

De plus, ceux qui veulent parler de Touba doivent, s’ils veulent être audibles et crédibles, aller sur le terrain faire une enquête longitudinale et nous ramener un corpus conséquent de recueil de données statistiques (qualitatives et quantitatives), avec des résultats tangibles, scientifiquement acceptables et non des ragots d’un groupuscule de « traitres » (…) à leur ville ou des détracteurs véreux issus de certaines sectes religieuses, imbus de préjugés et de leurs personnes, envieux et impartiaux par-dessus le marché. Touba n’est pas une ville à prendre, un objet à vendre, des parcelles à acheter par-ci par-là ou un marché juteux à coups de « projets de mosquées » créatrices de fitna et négociées en cachette entre des individus voulant détruire la cohésion sociale de cette belle et sainte cité vertueuse d’Allah. Ecouter des démarcheurs malintentionnés, peu scrupuleux et peu croyants (qu’ils soient diakhankés ou non) ou les recevoir avec des honneurs et surtout avec leurs cadeaux empoisonnés pour comploter contre Touba, est une entreprise périlleuse et dangereuse, un combat perdu d’avance.

Celui qui s’inscrit dans une telle démarche trouvera Allah au tournant, et tout Touba (Karambaya et Diakha) face à lui, car ces démarcheurs ne visent pas la défense de la cause d’Allah ou le maintien du lien familial, ils cherchent avant tout à assouvir leur penchant de vengeance héréditaire sur fond de « fadenya » et de guerres des égos. Ils cherchent à se livrer à des règlements de comptes familiaux anciens, prenant ainsi Touba et ses « pauvres » habitants paisibles et pacifiques en otage de leur petits ventres et de leurs intérêts personnels égoïstes. C’est ça la vérité et ça c’est clair pour nous comme l’eau du rocher. Quand ils viennent voir les autres ethnies, pour dénigrer Touba, ils se font passer pour les « victimes », les « agressés », les « éternels pleurnichards », alors c’est eux les agresseurs, les boureaux. Ce n’est qu’un subterfige, une stratégie malsaine de conquête des « amitiés forcées ». Leur cas est assimilable à celui du proverbe arabe « Il m’a battu et c’est lui qui a pleuré, puis il m’a devancé chez le procureur et a été le premier à se plaindre ». Nous ne les détestons pas (ils sont nos frères, mais ils doivent revenir à la raison, à l’esprit du Diakha éternel). Nous avons quelques notions en psychologie. Nous savons ce qu’ils font et cela n’est pas bien entre frères du même groupe ethnique ou entre musulmans et citoyens tout court. Ceux qui font cela ne sont pas franchement sincères (seraient-ils jaloux, envieux par hasard ?). N’écoutent-ils pas leurs coeurs et leur esprits? Cherchent-ils à faire du mal à Touba et à ses habitants auprès des autres ethnies en profitant ou créant des occasions malheureuses pour nous dénigrer, nous rabaisser et se venger de nous aujoud’hui pour des faits remontant à des âges réculés ?

Alors, nous leur demandons d’arrêter ces formes d’injustice, de cesser les provocations, les magouilles, mais, qu’ils disent la vérité d’Allah s’ils sont de bons musulmans croyants, de bons Guinéens et/ou de bons diakhankés tout court. En effet, pourquoi attaquer toute une ville innocente et des habitants corrects, pieux et croyants, qui n’ont rien demandé à personne? Pourquoi attaquer le grand fidaou de Touba qui ramène beaucoup de biens moraux et matériels à notre pays sur tous les plans (religieux, économique, culturel, humain, commercial, technologique…)?

Si quelqu’un voit dans ce fidaou (je parle de celui de Touba-Guinée que je connais mieux) des choses répréhensibles, alors, qu’il aille voir directement des autorités religieuses à Touba pour le leur dire (il y a, en effet, à Touba un Calife sage, savant, âgé de 90 ans qui représente les autorités de notre pays, il y a aussi des dignitaires de Diakha qui sont des sommités en matière de sciences religieuses islamiques, et des centres du savoir coranique et prophétique qui fonctionnent à longeur de journées et d’années, il y a aussi de simples croyants lambda aux mains propres, pratiquant l’islam authentique lequel est conforme à la voie de notre prophèteMohammad (paix et salut sur lui).

 

 

1/ Réponses aux arguments des détracteurs de l’œuvre de Karamohoba

Salimou Diaby (1730-1826)

 

Les chroniqueurs tant Diakhankés qu’occidentaux,, s’accordent pour dire que Karamohoba Salimou Diaby fut le fondateur de la ville sainte de Touba en 1805, et de sa vieille mosquée sunnite qadarite en 1815. C’est de ce savant-érudit musulman hors-pair que les diakhankés des temps modernes tiennent la voie de l’islam (elle-même conforme à la voie du prophète de l’islam, paix et salut sur lui). Le grand Fidaou de Touba est parmi les institutions religieuses qu’il a laissées après sa mort en 1826, et jusqu’à aujourd’hui, cette institution est vénérée à Touba, en Guinée toute entière et, presque, dans toute la sous-région ouest-africaine.

Au début, nous devons savoir que le phénomène du « Grand Fidaou » de Touba est avant tout une question de rédemption et de salut, autrement dit une question de religion, et en premier lieu, une question de culture et de société. Ensuite, il s’agit d’une grande saison religieuse chez nous en Guinée, dont il faut être fier en tant que musulman et en tant que dguinéen.. En effet, elle est une forme de culte en islam et n’est en rien contradictoire avec les enseignements de la religion musulmane (nous pouvons le prouver dans cet article si vous le voulez). Puisqu’elle ne constitue aucune nuisance ou menace à la bonne pratique de notre religion, et puisqu’elle n’est interdite par aucun texte religieux, on peut donc dire que sa pratique relève de ce qui est appelé dans la jurisprudence islamique « d’actions permises » (الجواز autorisation) et non « d’actions contraignantes » (الوجوب obligation). D’ailleurs, nous pouvons dire, par extrapolation ou par simple opération de déduction, qu’il est souhaitable de la pratiquer, car elle est une œuvre charitable de bienfaisance qui procure à son auteur une grande récompense de la part de Dieu Tout-Puissant et donne du baume aux cœurs des croyants, notamment aux nécessiteux et aux sans abris, aux sans ressources, aux sans familles et à autres sans ……

Origine du mot « Fidaou »

Il y a des textes religieux qui encouragent la pratique d’actions tels que ces « grands fidaou » selon les normes islamiques convenues. Voici la première définition de cette pratique coutumière religieuse diakhankée d’un point de vue étymologique, philosophique et épistémologique. Le mot « Fidaou » (ou rédemption) vient de la langue arabe et est dérivé du verbe arabe «فدى – يفدي sacrifier, se sacrifier, se racheter ». Le sens du mot comprend donc le sacrifice et la rédemption (c’est-à-dire donner de soit ce qui est cher et précieux pour la satisfaction de Dieu ou pour atteindre un objectif ambitieux et noble dans la vie).

Le père des prophètes Ibrahim (paix soit sur lui) pratiqua (le premier) le sacrifie de son fils Ismaël en réponse et en obéissance à l’ordre d’Allah (cela peut être une forme de rédemption). Donc, on peut dire que le fidaou fut une forme de culte que pratiqua le prophète Ibrahim (paix sur lui) qui fut, ainsi, le premier à initier le plus grand fidaou du monde. Quand l’islam est arrivé, il a aboli les mauvaies coutumes pré-islamiques (arabes), en gardé ce qui était conforme à l’esprit de l’islam et en islamisé une bonne partie. Toutes les pratiques du fidaou de Touba sont basées sur ce que le Prophèrete avait fait.

Avec le temps, l’élément sacrificiel (qui avait existé au temps d’Abraham) prit d’autres formes. Le sacrifice a changé de paradigmes. Il fut symbolisé, chez les musulmans et chez les Africains par le don de la charité, sous forme d’offrande alimentaire, avec l’offre de l’agneau ou du bœuf, et d’autres choses qui appellent à la fête, apportent la joie et le bonheur à la société, en particulier aux pauvres et aux nécessiteux. Par ailleurs, une personne peut « se sacrifier » pour défendre sa famille, sa patrie, sa religion ou ses valeurs personnelles, familiales et sociales. Ce niveau de sacrifice est un degré très elévé de la foi, de l’amour, de l’honnêteté et de la sincérité. Dieu Tout-Puissant a fait l’éloge des gens qui travaillent et s’investissent dans son sentier en toute droiture et sincérité. Il nous dit dans le saint Coran (sourate n°3, verset 169) : « Ne pense pas que ceux qui ont tués (ou péris) dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus ».

Cependant, le sacrifice n’est pas restrictif au don de l’âme (au sens propre et figuré), il s’étend aussi aux régistres symbolique et matériel. Il signifie ainsi « le fait de faire l’effort en matière de culte de Dieu, y compris la dévotion dans l’amour sincère, dans la pratique du Bien, dans le combat contre le Mal, dans la manifestation de la bonne volonté et de la reconnaissance envers les Justes et les hommes droits dans la vie. Il n’est donc pas surprenant que l’on retrouve toutes ces qualités, valeurs morales et bonnes actions (bien complètes) dans ce grand fidaou de Touba, et de voir les gens « se sacrifier », c’est-à-dire endurer les souffrances du voyage et de la privation pour aller à Touba dans le but d’y trouver un espace spirituel adéquat leur permettant d’être en symbiose, un tant soit peu, avec Dieu Tout-Puissant et les autres musulmans à l’occasion de ce précieux événement religieux.

* L’importance du fidaou de Touba est qu’il est pratiqué aussi, sous différentes formes (bien sûr), dans de nombreux pays musulmans, comme la Mauritanie, le Soudan, le Maroc, l’Algérie, la Libye, l’Egypte, la Tunisie et d’autres pays du Moyen-Orient, auinsi que dans de nombreux autres pays musulmans. Dans ces pays, force est de constater que des coutumes et des traditions religieuses ancestrales sont bel et bien pratiquées, parfois ou souvent de manières différentes que celles pratiquées en Afrique sub-saharienneIl m’est arrivé d’assister personnellement à certaines de ces célébrations religieuses au Maroc (à Meknès, notamment, et en particulier à l’occasion de ce qu’on appelle là-bas « La saison des groupes religieux Al-Issawa », un événement culturel et religieux majeur qui a lieu chaque année en été (en août, pour être plus précis). J’ai vu qu’il y avait beaucoup de similitudes entre ces festivités religieuses et le « fidaou » guinéen, ou sénégalais ou malien (par exemple, la visite de la mosquée du cheikh (le waliyou) ainsi que sa tombe, avec la consécration d’un temps-fort (un jour de fête et de joie où l’on observe l’abattage rituel du sacrifice). En effet, les gens dans ces pays (éloignés de nous) visitent les tombes de leurs morts, prient pour eux et sollicitent la bénédiction de Dieu en leur faveur et font des actes de charité auprès des démunis. Pour rappel, l’Occident chrétien vénère également les morts à la Toussaint (fête des morts au 1er novembre, ou à l’occasion de Halloween..), histoire de dire que sur un certain nombre de valeurs religieuses et sociales, il y a un minimum de communion et de concordance dans la pensée entre les communautés des croyants (entre musulmans, d’une part, et entre musulmans et Gens du Livre, d’autre part).

Dans le monde arabo-musulman, le Maroc est un grand pays musulman, important et très ancré dans l’islam (depuis le 7ème siècle). Ce pays est traditionnellement célèbre pour ces grands savants spécialisés en théologie islamique (fiqh) et notamment dans sa fameuse branche du rite « malikite » très présent dans l’ensemble de l’Afrique du nord, mais aussi en Afrique de l’Ouest. Si ces cérémonies religieuses étaient illégales en islam, le Maroc les aurait purement et simplement interdites. Ajoutez à cela que ces cérémonies religieuses ne sont pas des hérésies religieuses (bid’a) ou un banal phénomène de mode, mais de véritables pratiques religieuses héritées de générations en générations y compris pendant les époques de l’ère des Lumières islamiques. Puis, nos ancêtres Africains intelligents sont venus et y ont laissé leurs empreintes africaines, après les avoir apprises de la bonne façon, comprises, intégrées et traduites dans les langues africaines respectives pour en perpétuer l’usage au fil des siècles.

* Le sens du fidaou est aussi lié à un autre concept (non moins important), celui de « Dou’aou » (c’est-à-dire prier pour ‘ou en faveur de’ quelqu’un). Cette pratique religieuse est une des plus importantes œuvres à être récompensées par Dieu, et même sur le plan humain. Dieu Tout-Puissant a dit dans le Coran (Sourate Al-Hashr, verset n°10) : «Et [il appartient également] à ceux qui sont venus après eux en disant: «Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi; et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux».

Il a également dit dans la sourate n°5 verset n°2 : « Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. Et craignez Allah, car Allah est, certes, dur en punition ». Dans un hadith (propos prophétique) authentique, le prophète Mohammad (paix et salut sur lui) a dit : « la supplication (c’est-à-dire le doua’ou) est le cerveau du culte (al-iba’da) », ce qui montre l’importance d’effectuer la prière pour les morts et les vivants dans notre religion. Le Prophète de l’islam (paix et salut sur lui) a dit dans un autre hadith : « Quand le fils d’Adam meurt, son œuvre s’arrête sauf dans trois choses : – Une aumône continue. – Une science dont les gens tirent profit. – Un enfant pieux qui invoque pour lui.», Hadith n°1383 dans Riyâdh As-Sâlihîn, rapporté par Muslim, selon Abû Hourayrah, qu’Allah l’agrée. Dans ce hadith, nous voyons exactement que l’Islam a invité les gens à faire le Dou’aou (la prière) pour les morts (ce qui se passe exactement dans la saison de Fidaou de Touba), à plus forte raison pour les vivants. C’est dans ce sens qu’il faut intégrer la notion de « bonté » qui est quelque chose de positive et de très bénéfique pour les musulmans, car ils la pratiquent dans le sentier d’Allah Tout-Puissant. Cette bonté est iée au « dou’aou » pour quelqu’un qui a fait du bien dans sa vie. Par ailleurs, les miusulmans peuvent faire la prière pour d’autres gens, en demandant à Dieu de leur pardonner. Ca, ce n’est pas illégal et il n’y a rien de mal à le faire – que je sache ! – (N’est-ce pas, Messieurs qui connaissent les versets de Dieu ?) 

2/ Donc, quel est le sens du fidaou chez les Diakhankés ?

Pour rappel, les Diakhankés sont des Africains (musulmans 100%, et cela depuis le IXe siècle à nos jours). Cela signifie (tout simplement) que (comme d’autres Guinéens) ls n’ont jamais changé dans leur foi et n’ont jamais changé de religion. Ils n’ont jamais diminué l’intensité de l’application de leur religion en toutes circonstances. Ils étaient (et sont encore) des gens du savoir, des puists de connaissance, connus et célèbres en Afrique de l’Ouest pour être de fervents musulmans pratiquants, plutôt traditionalistes et en aucun cas des fanatiques ou des intégristes, tout comme les autres groupes ethniques tels que les différents groupes (Manding, Peuls, Haoussa et d’autres).Nous insistons sur le fait que la société diakhankée se caractérise – non pas par le fanatisme religieux (qu’il rejette et combat avec force) – mais par le strict respect de la religion et des parents, des grands-parents et des ancêtres qui ont passé toute leur vie au service de la religion de Dieu. Ils étaient aussi cionnus pour le respect des autres ethnies et de leurs savants et imams respectifs. En plus, ils étaient connus pour leur grand respect de leurs coutumes ancestrales africaines, dont ils avaient assujetti une bonne partie – après l’avènement de l’islam sur le continent noir – aux enseignements de l’Islam tolérant,

après les avoir nettoyées et purifiées des impuretés et des aspects des temps imémoriaux anciens, ce qui a fait qu’elles étaient considérées comme étant une partie intégrante des coutumes et traditions islamiques (bien qu’elles conservent souvent leur coloration africaine, voire leur appellation d’origine diakhankée).

C’est ici, précisement, que certaines personnes lourdement se trompent dans la compréhension de la dynamique de ces coutumes africaines et islamiques, car ils ne les étudient pas profondement et pas avec discernement. Ils ne connaissent pas leurs sens profond et leurs significations et n’ont (malheureusement) pas autre chose que de juger (simplement) sur leur aspect extérieur (à partir de la croûte épaisse de la masse ou de la somme des traditions culturelles).

Nous disons donc : il n’y a pas dans le grand Fidaou de Touba ce qui est en opposition à un texte religieux coranique, à un propos ou une tradition prophétiques, à une pratique des compagnons du prophète, de leurs suivants ou des disciples de leurs suivants. Nous disons, d’ailleurs, que le Fidaou de Touba ne comprend pas de polythéisme (chirk, c’est-à-dire l’association d’une autre divinité à Allah, ce qui est le plus grand péché dans la religion musulmane). De plus, il n’y a pas, à cette occasion religieuse, ni charlatanisme, ni sorcellerie ou magie, ni abattage rituel au nom d’une divinité autre qu’Allah, ni actions séculaires, ni comportements ne rentrant pas dans le cadre des enseignements coutumiers et islamiques appropriés et convenus. Touba n’est pas une ville d’un pays du Moyen-orient ou d’Asie ou d’Europe. Elle ne le sera jamais. Elle est une ville d’Afrique régie par les lois laïques de la République, par les us et coutumes guinéennes et par les traditions islamiques en vigueur.

2.1 Un aperçu historique de la naissance du phénomène de grand Fidaou à Touba

En fait, l’idée du grand Fidaou de Touba, outre le fait qu’elle a pour origine la tradition anhistorique abrahamique, remonte à différentes périodes historiques et à des personnalités emblématiques de Karambaya et de Diakha, qui l’avaient élaborée et développée au fil du temps qui passait. Il est très probable – sans aucune exagération – qu’El-hadj Salim Karamba Diaby fut (lui-même) la première personne à avoir initié et promu la pratique du Fidaou chez les diakhankés. Puis ,ses enfants et ses petits-enfants la perpétuèrent après lui et cela de générations en générations, dans l’optique de rapprocher l’homme de Dieu, de pratiquer le dou’aou (la prière) pour les morts et de faire le Bien dans la communauté toute entière.

Bien sûr, la forme de ce phénomène et sa pratique était, dans ce passé lointain, différente de celle qui était la sienne au XXème et au XXI siècles.

Il faut préciser, à ce sujet, que c’est à la famille Karambaya (dans son ensemble) que revient l’honneur d’instaurer et d’organiser la pratique de « Gammo » (célébration de la naissance du prophète Mohammad (Paix et salut sur lui). En effet, c’est dans les années 40 qu’Elhadj Banfa Kéba Diaby, gouverneur de Touba d’alors (paix à son âme), officialisa cette pratique religiese. Il est à noter aussi que certaines familles de Diakha organisaient leur propre « Gammo », par exemple les Sylla Kunda. Nous avions déjà, dans une de nos recherches antérieures, prouvé l’importance, la légitimité et le bien-fondé juridique islamique de cette célébration religieuse de la naissance du prophète Mohammad (PSL), qui est différente de celle du Noël chrétien, mais qui le réjoint sur le plan de la symbolique (aimer le prophète de Dieu, qui n’est pas un crime, je pense !).

Mais, les débuts du fidaou contemporain de nos jours (datation chronologique des années 40-60) remontent – à l’unanimité des historiens – à la famille des « Sankounya », une des branches de la grande famille élargie « Karambaya », et plus particulièrement à sa branche appelée (Ba-kermbaya). En effet, le grand savant célèbre Toubaka « El-hadj Sounkan Bambo Diaby » (paix à son âme) prit l’habitude de prier pour les morts (de ses ancêtres directs) en offrant aux voisins et aux pauvres de Touba un ou deux plats de nourriture dans sa maison. Son initiative était individuelle à l’époque et limitée au début à sa propre famille. Quand il est mort en 1983, son frère Elhadj « Abdullah Diaby » a perpétué cette tradition familiale, en offrant aux convives (selon sa capacité de financement) trois ou quatre plats de nourriture en hommage aux anciens.

Après la mort de ce dernier, l’un de ses frères aisé, du nom d’Elhadj Bayo Kandjura Diaby, diffusa cette pratique familiale à plus grande échelle, en offrant trois ou cinq vaches et en distribuant la nourriture aux familles dans tous les quartiers de Touba.

A préciser que d’autres familles de Karambaya pratiquaient également cette tradition, mais à titre privé et de manière, sommes toutes, limitée et sommaire. C’est dans ce contexte (et concomitamment avec cet événement ou ce mouvement intellectuel religieux) que, dans les années soixante-dix, le savant-érudit de Karambaya (branche de Boukhari), feu « El-hadj Bakasso Kéba Diaby » prit une initiative innovante, d’une grande ampleur, consistant à faire pratiquer dans sa grande famille (Boukhariya) le « dou’aou ou la prière collective » en hommage à la très respectable «Hadja Masalmata Djokholy », la première épouse du patriarche Elhadj Karamokhoba Salim Diaby. C’est cette initiative qui a jeté les bases de ce qui allait être le fidaou moderne d’aujourd’hui. Les familles de Karambaya ont perpétué cette pratique (en particulier sa branche de Boukhariya) dans leur grande demeure à Touba appelée Loubama, ainsi qu’à l’extérieur de Touba, comme à Kindia et à Boké, pour ne citer que ces deux grandes villes de Guinée.

Avant deux ans de son accession au califat général de Touba en 2004, « El-hadj Bakasso Kéba Diaby » avait demandé aux habitants de Touba de généraliser cette pratique, sous forme de grand fidaou, en hommage à notre ancêtre « Karamokhoba Salim Diaby et sa tribu Diakha » tous les deux ans, avec la grande lecture collective du saint Coran et sa clôture le dernier vendredi du mois de ce grand fidaou. Devenu Calife général de Touba, « El-hadj Bakasso Kéba Diaby » a aussi introduit à Touba d’autres réformes et actions sociales, culturelles et religieuses. Son but dans cette demande de « généralisation du fidaou » était de mobiliser les efforts des familles (Karambaya et Diakha) pour pratiquer cette grande tadition religieuse au niveau collectif plutôt que chaque famille la pratique à domicile et de manière individuelle.

Il faut dire qu’en matière de Fidaou à Touba, l’idée initiale des Anciens diakhankés fut, dans le passé, de se rassembler devant la mosquée pour faire la prière collective et la supplication commune (dou’aou) en faveur des voyageurs et les résidents sédentaires. Par la suite, cette pratique évolua au fil du temps pour rêvetir l’aspect cérémonial que nous voyons aujourd’hui.

Il est à noter qu’après la mort d’Elhadj « Sounkan Bambo Diaby » en 1983, les dignitaires de Diakha et de Karambaya, s’inspirant des pratiques des Anciens, ont décidé (suite à l’initiative dite de « Diakha Sounjé ») de généraliser la supplication (dou’aou) pour tous les morts des familles de Touba et dans d’autres villes en Guinée, estimant que les avantages d’une telle saison religieuse bénie étaient grands et devaient être profitables à tous. De cette façon, on a définitivement mis fin aux pratiques individuelles du fidaou à Touba. Cette décision est intervenue, deux ans après la célébration de la restauration complète de la « mosquée Karamokhoba » suite à l’initiative de la famille Karambaya présidée par Elhadj « Jakhoun Banfa Diaby » (de la sous-branche familiale Khaoussouya). Il faut reconnaitre que Diakha a participé activement à la reconstruction de la grande mosquée de Karamokhoba. A l’avant-garde du groupe appelé « Diakha Sounjé » qui a joué un rôle de premier plan dans la relance de ce grand Fidaou à Touba, nous trouvons El-hadj Héréba Touré – Président de ce groupe – et feu Cheikh «Elhadj Ibrahim Fadiga», célèbre grand ami de Karambaya et de Touba (paix d’Allah à son âme, ainsi qu’à ses frères, ses parents et ses ancêtres). De la même manière, nous n’oublions pas le grand rôle joué dans ce domaine par d’autres notables de Diakha, à Touba et dans les différentes régions de la Guinée.

2.2 Alors, où est le problème, chers frères?

Le grand fidaou qui a lieu tous les deux ans à Touba n’est ni plus ni moins qu’une action de bienfaisance et de bénédiction à caractère religieux dans laquelle le culte d’Allah est manifestement intensifié (il n’est pas interdit en islam de mener des actions charitables

louables, ou alors on reste passif les bras croisés sans rien faire, ce qui n’est pas du tout la philosophie de cette religion bénie et dynamique).

Aucun diakhanké ne prétend dire que le grand fidaou de Touba est assimilable au pelérinage à la Mecque, encore moins à un rassemblement qui remplacerait (pour les Africains) les autres lieux saints de l’islam, et qui aurait un caractère cultuel mondial d’une autre nature. Le grand fidaou de Touba n’est pas un lieu de transe, ou un lieu de débauche, d’adoration d’êtres surnaturels. Il n’est pas non plus un endroit qu’on visite pour en faire un lieu sacré dans le sens que certains esprits tordus et mal-intentionnés tentent de lui prêter (et qu’il n’en est pas un). Le grand fidaou est loin de tout ça (tel le ciel de la terre). En fait, le grand fidaou peut s’apparenter à un grand séminaire religieux, comme on en voit aujourd’hui un peu partout dans le monde.

On peut le résumer dans les points suivants (et c’est un chercheur et fin connaisseur de cette pratque ancestrale qui vous le dit) :

1) D’abord, l’attribution d’une période de temps spécifique (et déterminée) à l’intensification du culte et de l’invocation d’Allah. Le but est l’approche du Créateur et l’augmentation des actes de bienfaisance et de solidarité dans la société. Cette occasion exceptionnelle est exclusivement dédiée à la fortification et au rafermissement des liens familiax et sociaux, des liens de fraternité et de solidarité intergénérationnelle. Le grand fidaou est, par excellence, le lieu de la pratique des gestes de citoyenneté, de civilité, d’amabilité et de courtoisie entre les voisins, c’est la période de consécration et de promotion des certains projets tels que des mariages (mixtes), des efforts de solutions des conflits et de solidarité sociale. Ce n’est pas beau, bon et civilisationnel tout ça, chers polémistes ?)

2) Enseuite, ll’essaimage, la généralisation et l’intensification de la lecture du noble Coran à tous les quartiers de la ville sainte de Touba (aussi bien individuellement que collectivement) et ce, durant toute la période du grand fidaou de Touba

3) puis, la mise en place de diverses sessions de formation dans les différentes disciplines des sciences religieuses, théologiques et linguistiques, afin de vivifier l’éducation religieuse (à la fois en langue diakhanké et en arabe classique) pour faciliter la compréhension du Coran et du hadith du prophète Mohammad (PSL), ainsi que des grands livres de la théologie musulmane.

4) Il s’agit aussi de donner corps au patrimoine culturel islamique (aussi bien local que mondial). On assiste, par exemple, à la diffusion d’informations sur le pèlerinage annuel aux lieux saints de l’islam et sur les manifestations de la coopération islamique mondiale.

A cet effet, on travaille sur les récits de vie des prophètes et des compagnons du prophète de l’islam, on fait la lecture et l’exégèse du Coran et des hadiths, on elève la voix dans l’exécution des chants religieux en langue diakhanké, on exécute des prêches théologiques officiels, on commande le Bien et on décourage de faire le Mal, on renforce les liens sociaux et on rend hommage aux grandes œuvres héroiques islamiques de nos parents, grands-parents et ancêtres (qu’ils soient diakhankés ou non), on visite aussi les tombes des morts (dans l’unique but de prier pour eux), et, enfin, on renforce l’éducation des jeunes et des enfants (garçons et filles) selon l’éducation islamique correcte et les bonnes coutumes africaines ancestrales.

5) Au cours du fidaou, on organise la réception des délégations venant de l’intérieur de la Guinée et des différents pays voisins, avec la facilitation de leurs conditions d’accueil, de résidence, de restauration et de vie sociale, religieuse et culturelle à Touba, ce qui exige une bonne organisation, coordination et mise en place d’une stratégie d’action adaptée. Convaincus de l’importance du fidaou de Touba, en tant qu’événement culturel et religieux faisant partie du patrimoine civilisationnel guinéen, les gouvernements guinéens successifs ont toujours apporté leur soutien (moral, financier et matériel) à l’organisation du grand fidaou de Touba, qu’il s’agisse de feu Elhadj Ahmed Sékou Touré, de feu Général Lansana Conté, de la courte période de la présidence du citoyen Dadis Camara ou du règne du Professeur Alpha Condé (actuellement au pouvoir en Guinée).

6) Enfin, le vendredi, c’est la clôture des travaux de ce séminaire religieux majeur de Touba par la lecture de la formule de « clôture du saint Coran », événement suite auquel les différentes délégations et les individus commencent à plier bagages pour retourner dans leurs pays, villes et villages respectifs, satisfaits du bon déroulement des activités culturelles, religieuses et sociales de cette saison exceptionnelle.

Heureusement, sous les auspices du Calife général de la Sainte Ville de Touba, le vénérable Cheikh réformateur social et religieux « Elhadj Soriba Diaby » (Longue vie à lui avec la bonne santé et le succès dans ses actions), Touba se porte bien et les choses vont très bien dans cette ville, sainte éternelle.

Alors, encore une fois, je me demande : où est le mal ou le problème dans le grand Fidaou de Touba?

Après toutes ces précisions apportées, y a –t-il encore place au doute, à la mise en cause des questions qu’encourage l’islam et appelle à soutenir et promouvoir?

Il faut se rendre à l’évidence que ce phénomène ne se limite pas à l’espace guinéen, il va au-delà de nos frontières nationales pour se pratiquer aujourd’hui dans des pays voisins (selon leurs réalités locales) : au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire, en Guinée-Bissau, en Gambie, au Nigeria, au Niger, au Burkina Faso et d’autres pays (en particulier dans les familles diakhankés qui y vivent depuis des décennies). Ce phénomène commence à avoir un écho et une plus large diffusion dans d’autres communautés où elle n’existait pas auparavant. Ce constat n’indique pas autre chose que la légitimité et la crédibilité de ces pratiques sociales, religieuses et culturelles, avec leurs aspects positifs (dominants) qui ont fait que ces grandes foules d’adeptes croient dans leur caractère religieux et charitable, né au cœur de la philosophie de notre religion de droirure.

Donc, il est vain, voire de la vanité de chercher à tromper les gens en leur disant que toutes ces foules qui se rendent à Touba (et dont de grands savants-érudits, et non des moindres !) se trompent et ne sont pas sur la bonne voie, et que la seule personne qui a raison est ce jeune énergumène qui s’oppose à cette pratique religieuse de charité à Touba et manipule certains hommes religieux respectables. Cette personne ne veut, en fait, que salir l’image de Touba gratuitement par simple jalousie, haine et passion personnelle destructrice.

A ce propos, il est utile de rappeler que le hadith du prophète que nous allons verser au débat et que les détracteurs de Touba aiment faire venir pour accréditer leur thèse, est hors propos et ne s’applique pas au cas du grand fidaou de Touba. Ce n’est pas évident pour tout le monde de faire des fatwas en islam si l’on n’a pas une connaissance parfaite et suffisante en langue et dans la littérature arabes, ainsi qu’une certaine maitrise d’un bon nombre de pré-recquis, dont la connaissance des sciences de rhétorique arabe, mais aussi les sciences de fiqh (jurisprudence islamique) et les traditions des anciens savants musulmans en la matière. On ne s’improvise pas savant-érudit comme on veut. Il y a des conditions à remplir au préalable. Il y a des propos polysémiques et seuls les grands savants spécialistes et spécialisés peuvent y trancher.

Nous allons vous présenter ce hadith prophétique et vous expliquer en quoi il ne parle pas des cas comme ceux du fidaou de Touba (attention aux amalgames et à la confusion des genres). Selon le rapporteur Abou Hourayra (qu’Allah soit satisfait de lui), le Prophète Mohammad (paix et salut sur lui) a dit : «On n’entreprend pas de voyage pour la prière que vers trois mosquées : la mosquée Al-Haram (mosquée sacrée de la Mecque), la mosquée du Prophète (à Médine) et la mosquée Al-Aqsa (à Jérusalem). ». Hadith rapporté par Boukhari et Muslim (et d’autres raporteurs).

Hafiz Ibn Hajar a dit dans son livre al-Fath (3/65) pour expliquer le sens de ce hadith: « Dans ce hadith, nous trouvons l’idée de supériorité de ces trois mosquées par rapport aux autres mosquées, en raison du fait qu’il s’agit, d’une part, des mosquées des prophètes, ensuite, parce que la première de ces mosquées est dans la direction de prière des musulmans et le lieu de leur pèlerinage, et, d’autre part, la deuxième mosquée fut la direction de prière des nations d’avant (l’arrivée de l’islam). Enfin, la troisième mosquée était fondée sur la piété. Toutefois, à propos du sens de ce hadith, les érudits et les écoles théologiques divergent, notamment sur le plan sémantique, en raison de l’absence, dans ce texte, d’une clause restrictive. En effet, alors que certains savants interdisent (trouvent illicite) de voyager à d’autres mosquées en dehors des trois citées dans le hadith à des fins de culte (comme Cheikh Abou Mohammed Jouini qui s’appuie sur certains aspects sémantiques du hadith pour justifier son interpréattion), d’autres, en revanche, plus anciens (les chafiites) l’autorisent, estimant qu’il n’est pas du tout interdit en islam. Selon ces derniers, il est permis de préparer le voyage pour aller à d’autres mosquées (exemple, visiter les endroits où se trouvent les salihine (wali et hommes vertueux) (les morts et les vivants), y compris pour prier dans ces lieux et y solliciter la bénédiction d’Allah.

Dans un autre sujet (mais voisin), l’Imam Mouslim a rapporté un hadith d’après Abou Dharr (Qu’Allah soit satisfait de lui). Selon ce hadith, le prophète Mohammad (PSL) a dit: « Où que tu sois, quand c’est l’heure de la prière, fais-la car la terre entière est pour toi un lieu de prière. » ». Selon une autre variante de ce hadith rapporté par Abou Kâmil, le prophète (PSL) a dit : « N’importe où, quand l’heure de la prière arrive, accomplis-la, car la terre (entière) est pour toi un lieu de prière. ».

Comme nous l’avons dit, le phénomène de fidaou à Touba ne rentre pas tout à fait dans le cadre de ce hadith, pour une raison très simple qui est que (d’abord) le Prophète (PSL) parlait des trois plus grandes mosquées de l’islam, en termes de voyage de visite de culte pour effectuer le « Haj » prescrit (c’est-à-dire le grand pelérinage ou le petit pelérinage (oumra) ou les « ziyâra » (visites) qui y sont stipulées. Ce sont, en effet, des voyages qui ont leur sens cultuel particulier, donc à ne pas confondre avec le fait de se rendre dans d’autres lieux de culte (mosquées) de moindre importance que les trois mosquées citées dans le hadith prophétique précédent. Par extension, nous pouvons dire que laisser une mosquée de proximité et aller faire des kilomètres pour prier dans une autre mosquée sans raison valable légalement est interdit en islam. Quad on est à Touba, on prie dans la grande mosquée de Touba où il y a de la place pour tout le monde. Mais, quand on est à Touba et on ne va pas.

Après tout, une mosquée est la maison de Dieu et non celle d’un tel ou un tel, à moins que l’on soit des adeptes des sectes qui divisent les musulmans selon leurs propres critères de sélection, d’interprétation et d’évaluation. Donc, résumons : aller au grand fidaou de Touba rentre dans le cadre de la «ziyâra» (visite) religieuse privée et bénie, destinée non pas exclusivement aux activités du culte légales, mais aussi à d’autres activités d’ordre social, culturel et humanitaire. Il ne peut y avoir d’amalgame entre ces deux statuts de lieux de culte : statut des trois mosquées citées dans le hadith prophétique, et statut des autres « petites » mosquées où l’on peut se rendre aussi pour le culte d’Allah. La différence réside également dans le point de départ de la visite et dans l’intention du voyage en question.

Alors que le hadith interdit de voyager pour des mosquées autres que les trois mosquées citées, l’intention d’aller au grand fidaou de Touba n’est pas pour effectuer, comme nous l’avons dit, le genre de culte qui est dévoulu aux trois mosquées, mais pour effectuer une simple visite à caractère spirituel dans un but bien précis (cf, le raisons du fidaou citées plus-haut).

A aucun moment, le prophète (PSL) n’a interdit ou empêché les gens de visiter d’autres mosquées où le nom de Dieu est récité, où le culte d’Allah est exécuté, où, par exemple, il est possible aux savants musulmans de convertir d’autres gens à l’islam. Donc, il ne faut pas confondre deux choses qui sont différentes à bien des égards. De plus, personne (parmi nous) n’a imaginé que la visite du grand fidaou de Touba était basée sur le fait que tout Touba était un lieu sacré comme les trois lieux sacrés de l’islam, dont a parlé le prophète (PSL) dans le hadith précité.

La sacralité de Touba est plus une question de signification symbolique que véritablement d’aspects physiques : il y a quelques lieux à vénérer pour leur valeur heuristique, holistique, historique (exemple, la grande mosquée de Karamokhoba construite en 1815, le grand cimétière collectif où l’on se rend pour ne pas oublier la lignée et non pour « adorer les morts » (comme disent les saboteurs ou les mauvaises langues (à Dieu ne plaise, on est quand-même des musulmans croyants, gens du tawhid et non des associateurs !). Ces saboteurs incultes n’ont aucun respect pour leurs parents vivants et encore moins quand ils sont morts.

Comment peut-on, en effet, être si égoïste, si négatif à l’égard de ses parents géniteurs ? Ne pas oublier les parents, les grands-parents et les ancêtres est le sommet de la civilité, de la reconnaissance, de l’humanisme, de la santé mentale. Les abandonner, dire qu’ils sont morts et c’est fini, est la mentalité du monde matérialiste qui ne croit pas à l’au-delà, qui ne croit pas aux vertus des enseignements et versets de Dieu concernant le respect des parents vertueux.

Soyez-en sûrs et rassurés, ô saboteurs et gens de l’amalgame ! A Touba, il n’y a ni idôles, ni culte d’idoles, ni prosternation devant des statues ou pour des icônes, il n’y a ni sermons et prêches religieux inflamés et inflammatoires, ni provocateurs et ni hérésies religieuses (bid’a). Oui, ce qui est une abomination, une interdiction en islam, c’est la vénération excessive de certains rituels religieux relevant des branches (frou’ou) au détriment des fondements et des priorités de l’islam (oussouls). La condamnation de cette exagération rentre dans le cadre des éthiques islamiques, et s’applique, d’ailleurs, à toute chose exécutée de manière démesurée, outrancière et exagérée. N’oublions pas que l’islam est la religion du juste milieu (pas d’extèmisme en islam). On sait que les Anciens diakhankés ont créé cette saison religieuse pour l’amour de Dieu et son culte. Elle est conforme, dans sa lettre et dans son esprit, à la tradition du prophète Mohammad (PSL). Il faut rappeler, à ce propos, que ce conformisme aux paroles, gestes et faits du prophète est une constante chez les diakhankés (on le voit dans différents aspects de leur vie). Ainsi, ils ont suivi et poursuivi cette pratique dans l’humilité et le respect des autres. La visite des tombes se fait chez eux selon des rituels religieux basés sur la noble Sunna. Oui, je le dis: lorsqu’on visite les tombes, on doit éviter les attitudes et les comportements qui ne sont pas conformes à la Sunna du Prophète Mohammad (PSL).

Nous pouvons ici avertir les gens des effets négatifs de l’exagération dans l’exécution de certains rituels. Mais, ce que nous voyons des manifestations de joie dans le grand fidaou de Touba (qui peuvent ressembler, pour certains, à une sorte d’exagération), n’est en fait que la manifestation de la puissance de la foi, l’intensité de l’enthousiasme pour la religion et du culte de Dieu en cette saison religieuse traditionnelle. Cet enthousiasme religieux n’est pas une tendance extrèmiste de la religion. Mais, a dit vrai celui qui a dit: « Aujourd’hui, nous voyons qu’un grand nombre de personnes a abandonné les mosquées et se dirige vers d’autres lieux de culte religieux, ce qui n’est pas du tout logique ». Méfiez-nous, cependant, des mélanges des genres, de la confusion entre le Bien et le Mal. Dans tous les cas, dans l’exercice de toutes traditions religieuses, culturelles et sociales, il y a des extrémistes (ils sont analphabètes et minoritaires, donc à ne pas prendre pour exemples ou pour un critère de mesure et de jugement de valeur). Cette question ne se limite pas au phénomène de Fidaou de Touba, nous la trouvons aussi dans toutes les religions et dans les différentes croyances.

Cela ne veut pas dire, pour autant, que nous devons rejeter tout dans une situation donnée (par exemple, le bassin, le bébé et l’eau sale avec laquelle on a lavé ce bébé). On peut jeter l’eau usagée et garder le bébé et le bassin à d’autres usages, pour ainsi dire). Au contraire, il faut d’abord voir s’il y avait une interprétation erronée dans un sujet, puis diriger ces exagérateurs extrémistes vers la modération et les aider à à comprendre des choses à travers un dialogue constructif et non la critique vaine, stérile et destructrice.

3/ La question qui se pose est donc la suivante : Quelle est l’attitude des autorités religieuses vis-à-vis ces pratiques religieuses?

La réponse est que la pratique religieuse est incluse dans le « package » des droits individuels de l’être humain, qui sont également inscrits dans la Charte des Nations Unies de 1900, sous ce que l’on appelle « Les droits de l’homme et du Citoyen, eux-mêmes issus de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen suite à la Révolution française de 1789». Les autorités nationales se doivent d’assurer la sécurité des citoyens dans le pays. Les citoyens aussi ont le droit d’organiser leurs affaires de culte selon les coutumes et traditions religieuses en vigueur dans ce même pays. Quant aux autorités religieuses, elles doivent adopter, dans ces questions religieuses, les principes de justice sociale, de respect des droits de l’homme, et surtout veiller à ce que les libertés individuelles et collectives des citoyens soient garanties et respectées, tout en s’éloignant, autant que possible, des risques de comportements de discrimination, de favoritisme et de corruption. Elles doivent, en outre, traiter ces questions avec la plus grande vigilence, précaution, sagesse, transparence et honnêteté, en disant simplement la vérité aux gens, en se conformant à ce que les textes du Coran et du hadith y disent, en suivant les pratiques des parents et des ancêtres en la matière, en appliquant aussi les lois de la république, la raison, la logique et le respect des sentiments des citoyens musulmans (dans le cas en espèce). La présence des gens dans le grand fidaou de Touba est souhaitable, mais elle est non obligatoire sur le plan théologique. Combattre la volonté des gens de se rendre à Touba pour le grand fidaou est une agression punie par l’islam, en vertu de l’inviolabilité et de la sacralité des biens appartenant aux musulmans, biens moraux et matériels qui, en principe, ne doivent, en aucun cas, être violés, transgressés et agressés par leurs frères citoyens (musulmans ou non musulmans).

De plus, Touba est située dans une contrée qui est très loin des grandes agglomérations urbaines. Y aller est une preuve d’affection, d’effeort personnel et un véritable indicateur du degré d’attachement à des valeurs communes. Ensuite, participer à la saison du grand fidaou de Touba n’est pas un devoir ou une obligation religieuse, de même que ce fidaou n’est pas conçu dans le sens du Hadj (pèlerinage aux trois grands lieux saints de l’islam dont on a parlé précédemment), mais représente une visite religieuse (privée) destinée, selon ses promoteurs (nos pieux parents et ancêtres) au rapprochement du musulman de son créateur, à la recherche de la récompense divine et à d’autres raisons que nous avons déjà mentionnées. Elle n’est pas destinée à d’autres fins, croyez-moi!).

Compte tenu de toutes ces évidences, nous, les diakhankés, nous ne comprenons pas le sens de certaines critiques à l’égard d’une pratique bénie, justifiée théologiquement et validée par les grands savants confirmés et des érudits respectables à travers les âges. En plus, cette pratique religieuse et culturelle ne nuit pas du tout à l’islam en quoi que ce soit, mais bien au contraire, elle est bénéfique aux musulmans à bien des égards s’ils peuvent y particper, bien sûr. Nous pensons que nos sociétés africaines (y compris celles musulmanes) sont très pauvres sur le plan matériel et financier. Elles connaissant également des taux très élevés d’analphabétisme et d’autres handicaps sociaux, situation qui empêche beaucoup de nos coreligionaires de se rendre aux grands lieux du culte musulman (exemple le pèlerinage à la Mecque) si ce n’est aux lieux de culte à proximité. Ainsi, nous voyons que beaucoup de gens visitent des lieux de culte à proximité, y compris les lieux de rassemblement religieux dans la sous-région, afin de maintenir le lien avec leur religion. Cela ne signifie pas du tout que ces lieux (qui leurs sont spatialement proches et accessibles à moindres coûts) sont équivalents aux deux Saintes Mosquées en termes d’importance historique et spatio-temporelle, ou que les diakhankés ou d’autres gens veulent rendre ces lieux de proximité de véritables lieux de pèlerinages alternatifs ! Non, loin s’en faut. Dieu seul sait.

4/ Quels sont les avantages du grand fidaou de Touba ?

Le grand Fidaou de Touba a de nombreux aspects positifs basés sur la charité :

* Sur le plan social: on a le renforcement des liens de parenté, la mise en place de nouvelles amitiés et des possibilités de mariages mixtes. On aussi la solidarité sociale et la promotion des liens sociaux, surtout l’occasion de résoudre les conflits sociaux et personnels. Parmi les autres avantages de ce grand fidaou pour les enfants de Touba, il y a le fait que ce fidaou a également trait à l’immigration, phénomène très répandu dans les milieux diakhankés., en ce sens que ce fidaou impose aux migrants diakhankés de retourner au bercail (au pays, puis à Touba) après chaque deux ans d’absence, ce qui leur permet de garder le lien avec leur pays d’origine et avec leur ville qu’ils aiment tant.

* D’un point de vue religieux: il y a l’idée de s’approcher davantage de Dieu pendant un temps bien déterminé, avec le renforcement des liens religieux et l’intensification des actes du culte divin.

* Sur le plan psychologique: le grand fidaou de Touba favorise chez l’individu la création d’un sentiment de fierté et d’appartenance au groupe, ce qui renforce, naturellement, la confiance de la personne en elle-même et aux autres et crée un équilibre psychologique chez le citoyen et au niveau de la communauté toute entière.

* Sur le plan économique: le grand fidaou de Touba permet aux personnes aisées de fournir une assistance significative aux personnes pauvres. Il favorise le commerce (licite) et les échanges, aide à la mise en place de projets de développement dans cette ville et contribue à la création de la richisse dans le pays, notamment par la diaspora guinéenne en Europe. C’est aussi la politique de répartition ‘équitable’ des richesses aux membres de la société … (la liste est longue).

* La mosquée bicentenaires de Karamokhoba: Il y a, aussi, à Touba, la grande mosquée vénérée de l’Imam Cheikh al-Islam Haj Salim Karamokhoba Diaby. Cette mosquée bicentenaire est historique et symbolise l’unité de Karambaya et de Diakhaa. Elle est un des monuments de notre nation et un des aspects du patrimoine culturel et religieux de la Guinée et de l’Afrique de l’Ouest. La visite de cette magnifique mosquée pendant le grand fidaou de Touba est nécessaire pour mieux connaitre certains aspects de la civilisation islamique africaine. Cette mosquée est représentative de l’islam de la tolérance et de la non-violenc. Elle incarne l’islam de l’équilibre et de la modération, à savoir, l’islam des pieux salaf, des compagnons et disciples du prophète (PSL), mais aussi l’islam de nos vaillants ancêtres africains. Il y a aussi d’autres lieux historiques qui peuvent être visités pour leur beauté, leurs vertus éducatives et leur valeur-ajoutée intellectuelle.

Oui, il n’y a personne à Touba qui est opposé à l’idée de construire des lieux de culte secondaires. Mais cette idée doit être fondée sur un certain nombre de valeurs islamiques et d’éthiques issues des normes africaines et guinéennes :

– D’abord, le culte de Dieu doit se pratiquer conformèment à ce qu’il dit et à ce qui est la tradition des Anciens bien guidés en matière de religion. Dieu dit dans le saint Coran (dans sourate 24, versets 37-37) : « C’est cette lumière qui éclaire les temples que Dieu a permis d’élever afin que Son Nom y soit invoqué, et où Le glorifient, matin et soir, des hommes qu’aucun négoce ni transaction ne détournent de la joie d’exalter le Seigneur, d’accomplir la salât ou de faire l’aumône zakât, car ces hommes redoutent un jour où les cœurs seront bouleversés et les regards annihilés d’épouvante ».

– Ensuite, il doit y avoir un consensus au sein de la majorité de la population musulmane de Touba autour du projet de construction des lieux de culte secondaires (parce que, selon le

hadith rapporté par At-Tirmidhî, « La Main de Dieu est avec l’assemblée et celui qui diverge diverge vers l’Enfer. » « Le loup ne dévore que le mouton qui s’écarte du troupeau ».

Il y a un consensus absolu au sein du groupe de la sunna selon lequel il est le devoir de tout musulman (homme et femme) de suivre le groupe (des musulmans) et que cela procure la bénédiction à l’ensemble des musulmans.

L’Islam interdit la séparation des croyants, la dispute et la création de la zizanie au sein ou entre les musulmans. Le Tout-Puissant Allah a dit à ce sujet : « Et cramponnez-vous tous ensemble à la corde d’Allah et ne soyez pas divisés; et rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères. Et alors que vous étiez au bord d’un abîme de Feu, c’est Lui qui vous en a sauvés. Ainsi, Allah vous montre Ses signes afin que vous soyez bien guidés. » (Coran, sourate Al-Imrân, 3/103).

– Ce lieu de culte ne doit pas être un lieu de conflits sectaires, politiques ou religieux (par exemple la propagation du prosélytisme religieux, l’adoption de l’intolérance religieuse, l’appel à suivre les hérésies religieuses importées de l’étranger..).

Les érudits musulmans et les autorités politiques compétentes doivent lutter dans notre pays (et de cmanière oncerte) contre tous les mouvements extrémistes religieux douteux (notamment ceux dits dits « radicalisés ») , qui, surnoisement, créent, diffusent et propagent la sédition, le sectarisme, l’ethnicisme et la haine au sein de la communauté nationale au nom de la religion et des solgans creux que l’on entend ici et là.

– A Touba, nous devons donner la priorité et la préséance à la Grande mosquée pour les raisons mentionnées ci-dessus et pour lutter contre les nouveaux groupes religieux extrémistes et leurs hérésies religieuses, par la voie de l’islam tolérant de nos pieux ancêtres.

5/ Quels sont les inconvénients (éventuels) du grand fidaou et les bons conseils pour ses bonnes conditions de déroulement ?

Nous rappelons que les bienfaits du grand fidaou de Touba sont plus nombreux que ses inconvénients (bien sûr, à toute chose, il y a des inconvéniant, fuent-ils minimes, insignifiants). Mais, à notre connaissance, nous n’avons jamais entendu parler d’un quelconque problème « majeur » à propos des saisons religieuses du fidaou de Touba. Certes, plus de 90% des actions du fidaou de Touba symbolisent la bonté, et la bénédiction et tournent autour du bonheur.

Cependant, il y a quelques points de préoccupation que nous devons tout faire pour éloignr de cette pratique religieuse bénie. C’est juste une prémisse générale et non une réalité dans le cas de Touba. C’est plutôt en guise de rappel, de conseil et de mise en garde par rapport à l’avenir contre des risques potentiels de conflits. Le danger est qu’il y ait un jour une politisation de ce grand événement religieux, ou une question d’intérêts financiers ou l’absence d’une bonne organisation de l’événement ou, enfin, la dégradation des conditions de paix sociale dans la ville (par exemple, l’organisation d’événements secondaires pour destabiliser le bon déroulement de ces écrémonies religieuses, à Dieu ne plaise).

Nous devons être vigilants face à ces choses qui peuvent arriver ou être provoquées par des ennemis de Touba vu l’importance grandissante de cet événement exceptionnel. La bonne volonté des habitants et les vœux pieux ne suffisent pas aujourd’hui. Dès le départ, il faut qu’on identifie les organisateurs physiques du grand fidaou (cette question doit clairement tranchée par les sages de Touba et publiquement annoncée). Ensuite, des réunions doivent se tenir entre les différents acteurs pour définir les besoins tant financier, matériel, humain qu’organisationnel et aussi la stratégie d’action. Les aspects organisationnels concernant les décisions du Calife et des sages de Touba, le lien avec les autorités du pays sous l’autorité du Calif, la transparence dans la démarche globale, les différentes obligations d’information du public, la question de la sécurité, la représentation de l’ensemble des différentes couches sociales à Touba, la coordination au niveau de la participation des associations et des personnes-ressources, tels sont les grands enjeux du grand fidaou de Touba.

Enfin, les organisateurs ne doivent laisser aucun détail dans leurs réunions préparatoires, intermédiaires et de bilan. Pour réussir le fidaou de Touba, les enfants de cette ville doivent privilégier l’intérêt de la ville et s’entendre en laissant de côté les problèmes de personnes, l’entêtement, la lutte du pouvoir, les conflits d’intérêts, les critiques stériles, l’esprit du « Moi » au lieu de celui du « Nous ».

Ils doivent se respecter mutuellement et dépasser les considérations secondaires. En principe, les différentes organisations concernées doivent se réunir pour finaliser les priorités et présenter un schéma d’organisation aux sages d Touba. Il n’y a pas de problème à ce sujet, car les enfants de Touba sont conscients de l’importance de cet événement pour leur ville, respectueux de la cause de Dieu, soucieux de préserver l’image de notre pays. Ils savent que le fidaou est l’affaire de tous (mais, il faut s’organiser), ils sauront dépasser les difficultés, s’unir et travailler ensemble dans la diversité pour que le fidaou soit toujours une réussite et un bonheur pour tous.

Elhadj Sidya Diaby, chef religieux de la ville de Taslim au Sénégal, est le fils de l’ancien grand Moufti du Sénégal feu Elhadj M’balou Fodé Diaby. Ce grand savant de renommée régionale est un des érudits religieux les plus en vue dans ce pays et même en Guinée. Il organise chaque année le grand fidaou de sa ville « Taslima » et participe aussi chaque deux ans au grand fidaou de Touba en Guinée (sa ville natale). Il y vient avec une délégation composée de plus de 2000 âmes. Ce grand savant a qualifié le fidaou de Touba (édition 2015) de bien (ou mieux) organisé et a exprimé sa satisfaction du travail d’organisation réalisé avec professionalisme et succès en 2015 par l’Union Benkanto-Karambaya-Diakha. Cette structure (qui travaille sur le terrain du développement à Touba) est l’une des organisations les plus en vue et les plus actives à Touba. Ce vénérable grand cheikh toubaka du Sénégal (qui est un faquih confirmé) a reconnu l’importance et la légitimité de la célébration de cette saison religieuse bénie et n’a rien trouver à y (re)dire.

Certes, la célébration de cette saison religieuse (dans sa forme et sa méthode actuelles) n’était pas pratiquée de la même manière qu’au temps de Karamokhoba (fondateur de Touba) et de ses enfants au XVIIIe siècle (paix à leurs âmes). Il n’en demeure moins que le grand fidaou de Touba est, par excellence, une action de religion, un acte de charité et de solidarité inter-générationnelle bénie dans l’Islam. Si El-hadj Karamokhoba Salim Diaby vivait encore aujourd’hui, il aurait probablement encouragé l’intensification de la pratique du grand fidaou dans sa ville Touba, et cela pour les raisons que nous avons mentionnées ci-dessus, et compte tenu des preuves que nous avons fait venir du Coran et des hadiths du prophète Mohammad (PSL) au soutien de la légalité de ce fait religieu. Enfin, il est bon de savoir qu’Elhadj Salim Souaré (notre lointin ancêtre diakhanké) naquit au 12ème siècle et qu’El-hadj Karamokhoba Salim Diaby (notre autre ancêtre) naquit au 18ème siècle. Les deux personnages de Diakha n’étaient pas contemporains. Chronologiquement et mathématiquement parlant, le second n’aurait pas pu être le disciple du second, sauf sur le plan symbolique et selon le principe de séniorité qui est un des aspects de la culture africaine diakhanké.

6/ Les facteurs explicatifs (possibles) de l’attaque contre le grand Fidaou de Touba:

Sans vouloir mettre en cause des personnes, nous pouvons dire qu’il y aurait des milieux occultes ou des organisations d’ombre qui seraient derrière les problèmes que connait régulièrement Touba. Nous pouvons poser, au moins, les questions suivantes : Quelle est la vraie raison derrière l’attaque du grand Fidaou de Touba et au profit de quelle personne, quels groupes d’influence, d’intérêts ou de pression ?

Est-ce à cause d’un problème de communication, d’une méprise, d’une opération « commando » pseudo intellectuelle qui aurait mal tourné ? Est-ce pour des raisons politiques, ethniques ou de liquidation d’un vieux dossier gênant ? Est-ce à cause d’une jalousie humaine ou d’une concurrence déloyale entre des hommes et des femmes célèbres qui s’envoient mutuellement, à distance, des piques, des sagais et des missiles ?

Est-ce un règlement de compte (dont Touba serait la victime expiatoire), d’une part, entre des personnes influentes (manipulant les sciences occultes dans la société) et l’autorité religieuse (rigoriste) qui combattrait ces personnes et chercherait à imposer un renouveau religieux dans un pays résolument traditionaliste ? Y a-t-il une guerre ouverte entre l’école malikite (majoritaire en Guinée, en Afrique de l’Ouest) et de nouveaux groupes religieux venus (ou influencés) de l’extérieur respectant peu certains us et coutumes traditionnels guinéens ?

Si le problème venait de l’un ou de l’ensemble de ces raisons possibles, pourquoi alors ne pas nous expliquer ça plutôt que d’attaquer toute une ville « innocente », la « pauvre » ville de Touba et ses symboles culturels? Attaquer le grand fidaou de Touba peut-il être réellement justifié par la nécessité de lutter contre certains (soi-disant comportements anti-religieux) pratiqués par une poignée de personnes? Si oui, pourquoi ne pas dénoncer ces personnes directement au lieu de mettre tout le monde dans le même sac et s’attaquer injustement à une proie facile, le « pauvre » fidaou de Touba qui n’a aucun problème ni avec l’islam ni avec les Guinéenes ?

L’autorité religieuse est-elle tombée dans un traquenard qui lui serait tendu par certaines personnes faisant partie intégrante du conflit sur la construction d’une deuxième mosquée à Touba? Est-ce à cause de la tendance « radicale » de certains ex-étudiants religieux qui avaient étudié à l’étranger et qui veulent créer un conflit religieux sectaire (du type moyen-oriental) en Guinée? Y at-il un lien entre cette attaque sur le grand fidaou de Touba et la question de mosquées dans cette ville ? Qui finance la construction des mosquées en Afrique « le gouvernement ou des milieux occultes locaux ou étrangers »? Pourquoi ? Quelle est la valeur-ajoutée de ces nouvelles mosquées pour les résidents et quel est le rôle de la politique dans ce cas?

Quelle politique d’insertion sociale et professionnelle des jeunes y a –t-il pour leur éviter la marginalisation, le sentiment d’abandon et les pièges de la récupération par des milieux occultes bien organisés ?

La réponse à la problématique se trouve dans les réponses à cette série des questions posées. Attendons de voir la suite et le résultat avec le temps qui passe, inexorablement.

Conclusion:

Dans cette étude, nous voulons mettre l’accent sur une question qui nous parait très importante : la plupart des groupes ethnolinguistiques en Guinée (y compris les diakhankés, les malinkés, les soussous, les peules et d’autres encore), respectent les coutumes et les traditions de leurs ancêtres vénérés. Ҫa, c’est une constante qui s’est toujours vérifiée au fil de l’histoire. Nous saisissons cette occasion pour dire que dans les coutumes des « soussou » (qui sont de bons musulmans pratiquants, ayant de grands savants bien ancrés dans la tradition musulmane), il y a l’habitude de « faire le dou’aou pour les morts et de donner l’aumône volontiers aux pauvres et aux nécessiteux » dans le but de chercher la récompense et la satisfaction de Dieu Tout-Puissant.

Tous les groupes ethniques dans notre pays béni traduisent sur le terrain ce que Dieu dit dans le Coran (dans la sourate n°2, verset {177}) : «La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Dieu, au Jour dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu’amour qu’on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l’aide et pour délier les jougs, d’accomplir la prière et d’acquitter la Zakat. Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux ! ».

Personne ne peut nier le rôle religieux et scientifique important joué par Touba en Guinée (attention, ce rôle est aussi joué par d’autres groupes ethniques dans notre cher pays). Il y a des relations historiques de bon voisinage, de religion, de fraternité et de mariages mixtes entre les groupes ethniques et Touba-Diakha dans notre Guinée bénie.

Pour toutes ces considérations, nous devons respecter nos rituels religieux et les traditions culturelles de l’Afrique (notre continent), en nous éloignant, le plus sereinement possible, des foyers de tension, des relents de la sédition « fitna » qui sévit (malheureusement) dans d’autres pays ou continents, des débats stériles et des gesticulations, des prises de becs et des antagonismes dans des sujets qui ne relèvent pas de nos préoccupations majeures et ne nous avancent pas (non plus) d’un iota. En effet, il y a (déjà) dans notre pays assez de problèmes (exemple, pour faire face aux les besoins vitaux quotidiens de survie) qui l’emportent largement sur la question de savoir si ce fidaou de Touba est justifié ou non! Ces grands problèmes mondains auquels nous sommes confrontés au quotidien doivent avoir des solutions immédiates plus urgentes que le fait de perdre du temps à fomenter des conflits religieux inutiles.

De plus, il y a aussi des saisons culturelles « séculaires et profanes » qui sont organisées tout au long de l’année dans notre pays (comme les fameuses dédicaces, les concerts et autres jeux luxieux) qui peuvent être plus nocifs, dans certaines circonstances, que le fidaou de Touba (qui n’a que des avantages, à vrai dire). Nous ne pouvons pas comparer le grand fidaou de Touba (cette bonne saison religieuse, belle et bénie) à des saisons de manifestations culturelles séculaires dans notre pays. Après tout, il y a la laîcité chez nous, il y a séparation entre l’Etat et la religion, entre Dieu et César, pour emprunter une expression célèbre en la matière.

Regardez les images ci-dessous:

* D’une part, nous voyons la mosquée bicentenaire (Mosquée Karamokoba, construite il y a plus de 200 ans). Cette mosquée accueille des milliers de fidèles musulmans lors des célébrations de la saison religieuse traditionnelle du grand fidaou de Touba.

Dites-moi où est le profane et l’illicite dans la vie religieuse de cette mosquée de la sounna authentique ? Pendant plus de 200 ans, cette mosquée a unifié les diakhankés. Elle est le symbole vivant de l’unité de Diakha et de Touba. Elle ne doit et ne peut être concurrencée à Touba.

* D’autre part, nous voyons un cheikh musulman diakhanké (de Touba) en train d’enseigner les connaissances religieuses aux enfants et aux jeunes dans un majliss traditionnel diakhanké (école traditionnelle). En fait, le cheikh fait le dou’aou pour son disciple (priant qu’il ait de la chance, de la bénédiction et de la baraka dans ses études). En toute humilité et simplicité, le disciple prie pour son cheikh (qu’Allah accorde à son maître (son mentor) santé, bien-être, prosperité et longévité. C’est un lien affectif et social qui lie les deux, une relation symbiotique et d’humanisme construite sur la base du don et du contre-don, de l’amour réciproque, de la compassion, de la gratitude, de la reconnaissance et du respect mutuel. Dites-moi où est l’illicite dans cette relation duale et dans cet échange de bons procédés ?

Après ces arguments convaincants (je pense), y a –t-il encore des critiques, une opposition à la pratique du fidaou de Touba ? Enfin, s’agit-il d’une question de recherche scientifique (recherche de la vérité) ou s’agit-il (simplement) d’interprétations doctrinales « morbides » de situations socio-culturelles qu’on veut absolument assujettir au jugement idéologique religieux ? S’agit-il, enfin, d’une question de jalousie et/ou de haine de Touba et de ses habitants ? Je ne le pense pas (a priori), mais, jusqu’à preuve du contraire, les toubaka se posent beaucoup de questions et n’ont pas, pour l’instant, des réponses convaicantes.

Dieu seul sait ce qui se cache et se trame dans les cœurs des hommes.

En conclusion, nous demandons à tous les musulmans (et surtout à ceux qui aiment Elhadj Karamokhoba Salim Diaby), en Guinée et dans les pays voisins, de participer efficacement (affectivement et effectivement) à la saison du grand de Touba (s’ils peuvent le faire, bien entendu). Parce que cet événement culturel majeur fait partie du patrimoine culturel de la Guinée et du continent africain. En tant que Guinéens et africains, nous devons en être fiers, tout comme nos frères Sénégalais sont fiers de leur « Magal » à Touba-Sénégal (sœur-jumelle de Touba-Conakry et de Touba-Côte d’Ivoire).

Tout comme d’autres villes actrices du développement durable en Guinée, Touba s’est impliquée et a participé dans le passé (et particpe toujours) dans le développement durable de nombreuses villes en Guinée (ne serait-ce qu’en y exportant certains de ses enfants savants-érudits, par exemples, Kindia et Boké). Depuis plus de 30 ans, la diaspora de Touba en Occident contribue également (aux côtés d’autres Guinéens) à la création de la richesse économique et socio-culturelle dans notre pays. Par conséquent, Touba attend de la Guinée qu’elle bénisse la saison du grand fidaou à Touba et qu’elle fasse preuve de compréhension et de solidarité nationale à l’égard cette ville heureuse et musulmane guinéenne. Bon ramadan à tous.

Elhadj Bakasso Kéba Diaby (paix à son âme), Calife général de Touba (2004-2008), une des figures emblématiques du Fidaou à Touba et en Guinée (avec Mr Maghily Diaby, son petit-fils à Kindia).

La grande mosquée de Touba, vieille de plus de 200 ans

L’auteur de l’article, Dr Diaby Bakeba (Kindia-Touba), fils d’Elhadj Bakasso Kéba Diaby

 

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