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La Guinée, le pays d’Alpha Condé où les universités publiques monnayent à coups de millions les diplômes de master … Mais pour quels Masters ?

août 25th, 2017 | par Leguepard.net
La Guinée, le pays d’Alpha Condé où les universités publiques monnayent à coups de millions les diplômes de master … Mais pour quels Masters ?
Article
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Dans le souci de planter le décor à l’entame, une lecture par titre abordé vous est proposée.

L’article se décline en six points :

  1. Pourquoi j’aborde ce sujet
  2. Les Masters dans les pays limitrophes (Mali, Sénégal, etc.) et en France
  3. L’université publique guinéenne et ses masters payants, mais pour quel Master ?
  4. Le système LMD guinéen, une réforme trompeuse et injuste
  5. Le LMD guinéen, une réforme en défaveur des enseignants et des étudiants
  6. Conclusion

1. Pourquoi j’aborde ce sujet ?

Avec mon menu savoir, il m’arrive de temps en temps d’écrire des articles sur des sujets informatiques. Un jeune étudiant que je ne connais que GRACE à Facebook, m’a appelé pour m’en féliciter et m’a dit qu’il a fini ses études de Licence 3 depuis 2014. Pour pouvoir se payer ses deux années de Master, il enseigne actuellement dans un complexe collège / lycée.

Je fus étonné qu’un étudiant guinéen d’une université publique soit en obligation de travailler pour se payer les études. De ce fait, après trois années d’économie, il n’a pu épargner que 6 millions de GNF (1/3 du coût total ci-dessous) et souhaiterait une aide de ma part pour le compléter afin qu’il puisse faire au moins son Master I.

Dans la même lancée, une fois ce master 1 en poche, il s’inscrirait dans la même démarche pour son Master 2. Le calcul est simple, il lui faudra trois années au lieu d’une pour son MASTER 1.

Deux années de travail en mode survie parce qu’il est regardant de ses finances au centime près et l’année de son master (pour les études).

Sans une aide financière, il dupliquera la même démarche, pour son master 2.

Ayant mené mon enquête, je me suis rendu compte que mes proches qui me disent avoir fini leurs études vivent la même réalité. Le master guinéen est devenu inaccessible pour tous les étudiants pauvres ou issus de familles pauvres.

Voyez vous-même le coût des années de Master 1 et 2 à L’Université Général Lansana Conté.

 

NB : Pour les habitués des devises étrangères, c’est environ 2000 euros / 2345 dollars (selon taux).

Je souhaite, mettre au clair ma position. Je m’inscris dans une démarche loin de toute politique politicienne. Mon souci est celui de l’ainé qui pense que son silence serait synonyme d’hypothèque des acquis indispensables qui sont la gratuité de l’enseignement public durant tout le cursus universitaire. Gratuité qui fut garantie par les régimes d’avant Dadis et Alpha.

A mon sens, un acquis indispensable (comme la gratuité de l’enseignement supérieur dans un passé récent) non préservé pour les futures générations, est la conséquence de l’insouciance et l’irresponsabilité des ainés que nous sommes.

Ma modeste contribution n’y changera sûrement rien, mais parfois, on a besoin de parler pour alléger sa conscience et avec un peu de chance (si j’ose m’exprimer ainsi, car la chance n’a de place quand c’est Dieu qui dispose de tout) ça éveillera celles d’autres qui sauront mener au mieux le combat contre cette injustice de portefeuille.

Je ne suis pas de ceux qui regardent l’avenir dans un rétroviseur, les réalités anciennes et actuelles sont différentes et des fois, il faut suivre le sens du vent. C’est une perte de temps de rabâcher toujours le parallèle entre les régimes. Ne dit-on pas que « La comparaison n’est pas raison ».

Par contre, nécessité oblige, le bon diagnostic d’un mal oblige des fois d’élargir son périmètre d’investigation en allant fouiller chez les autres (pays limitrophes) ainsi que chez le colon qui est souvent le modèle suivi(malheureusement).

Avant d’opiner sur la situation actuelle de l’éducation guinéenne, qui aujourd’hui n’a de vraies descriptions que celles données par le N° 1 lui-même « l’éducation guinéenne est malade», afin d’éviter de tomber dans de la vitupération malsaine et en fin, pour ne pas fondre la notion de gratuité et celle du service public minimal devant être garanti par un État responsable, je me suis imposé d’aller voir ce que garantissent nos voisins en matière d’éducations à leurs étudiants.

Voyons si au niveau master, l’herbe est plus verte chez les voisins (sénégalais et maliens) et aussi un crochet sur la France.

2. Les Masters dans les pays limitrophes

a) Le Sénégal :

Système d’enseignement : L.M.D

Au Sénégal, l’état a mis toutes les chances de son côté pour garantir une éducation digne de ce nom à tous les fils du pays sans discrimination fondée sur le portefeuille. Les universités les plus prestigieuses sont publiques et le pléthorique est évité car l’usage du terme « université » pour les établissements d’enseignement supérieur privés y est très encadré.

En dehors des grandes écoles dont la plupart sont rattachées à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar(UCAD), qui d’ailleurs est la seule université publique de la capitale, le pays n’a que cinq universités publiques et cinq universités privées (10 au total contre le pléthorique guinéen qu’on abordera par la suite) :

Universités publiques : UCAD (Université Cheikh Anta Diop) à Dakar , UGB (Université Gaston Berger) à St Louis, UDZ (Université de Ziguinchor) à Ziguinchor , UT (Université de Thiès) à Thiès, UB (Université de Bambey) à Bambey.

Universités privées : UNIS (Université du Sahel), UDB (Université Dakar Bourguiba), SUDC (Suffolk Univeristy Dakar Campus, UAHB (Université Amadou Hampaté Bâ), AFI (L’Université de l’Entreprise) toute à Dakar.

La région de Dakar, 3 215 255 habitants (estimation 2011) compte six universités dont une seule publique (Université Cheikh Anta Diop).

Parmi les trois pays de mon parallélisme (Guinée, Sénégal, Mali), l’État sénégalais est le seul qui garantit la gratuité de ses masters. A l’UCAD, les masters 1 et 2 sont gratuits pour tout étudiant ayant validé sa licence 3. La meilleure justice est celle qui tranche au mérite. Le Sénégal a souscrit à cela, et rend gratuit tout son cursus universitaire.

Les masters étant gratuits au Sénégal, les masterants sénégalais se plaignent constamment de la hausse des frais d’inscription qui aujourd’hui s’élèvent à 75.000 FCFA (115 euros / 1.070.000 GNF) par année de master.

Heureux est l’étudiant Guinéen qui paye neuf (9) fois plus chères.

b) Le Mali

Système d’enseignement : L.M.D

Le Mali de 1996 à 2011, n’avait que deux grandes universités publiques (université de Bamako qui est scindée aujourd’hui en quatre universités et l’université de Ségou).

Dans le cadre public (gratuit), en dehors de celles-ci, le Mali a trois grandes écoles d’enseignement supérieur et deux instituts.

Institutions d’enseignement supérieur publiques : Université des sciences, des techniques et des technologies, Université des lettres et des sciences humaines, Université des sciences sociales et de gestion, Université des sciences juridiques et politiques toutes à BAMAKO et l’Université de Ségou. Trois écoles et deux instituts (polytechnique rural de formation et de recherche appliquée, supérieur de formation et de recherche appliquée).

Institutions d’enseignement supérieur privées (avec statut d’université) : Institut Supérieur de Technologies Appliquée (TechnoLAB-ISTA), African Business School et l’ILCI Business School.

Le Mali dispose de cinq universités, trois grandes écoles d’enseignement supérieur, deux instituts tous publics, contre seulement trois universités privées.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Enseignement_sup%C3%A9rieur_au_Mali

L’université privée ne pèse que 30 % dans l’enseignement supérieur Malien.

Le Mali n’est pas en marge de la reforme LMD, le mode de fonctionnement est identique à celui de la Guinée. Dans les universités publiques, la gratuité y est garantie jusqu’à la Licence 3. Les masters sont payants.

Exemple de coût des études pour deux filières de master 1 maliennes.

Le Master 1 recherche en droit privé (MRDP) et le Master 1 arbitrage et Commerce international (MACI), respectivement, ci-contre les fiches d’inscription par filière : Fiche MRDP, Fiche MACI.

NB : Le Mali a la palme d’or en matière de cherté des coûts d’études en master. Le master 1 Malien est plus cher que les deux années de master en Guinée.

c) La France

La France, s’érigeant en modèle pour nos pays, a en Janvier 2017, 70 universités et un institut national polytechnique. Ce chiffre est celui de l’enseignement public. Pour le privé, les universités, instituts, écoles et facultés (ayant un statut d’université) sont au nombre de 13.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_universit%C3%A9s_en_France

L’université privée ne pèse que 18 % dans l’enseignement supérieur Français.

En France, l’enseignement est gratuit pour toute personne remplissant les conditions d’admission dans des institutions publiques. Le système LMD qui est un emprunt des pays anglo-saxons y a été adopté dans les environs de 2002 – 2004 progressivement. Cette réforme que bon nombre de pays africains appliquent de nos jours, n’y a fait changer que le niveau de gratification, mais pas la gratuité.

Dans les universités publiques françaises, tout le cursus est gratuit et le L du LMD est loin d’être la fin des études. Bien que le pouvoir d’achat soit largement au-dessus de celui d’un Malien ou un Guinéen, le seul coût à la charge de l’étudiant reste un maigre droit d’inscription en le comparant au coût du master guinéen ou malien. Malgré cette facilité, les étudiants boursiers de l’État français sont exonérés de ces menus frais.

Comparaison coût études Master 1 : France, Mali, Sénégal et la Guinée.

La France : pour la rentrée 2017 – 2018, le montant des droits d’inscription à l’université pour les masters ou études conduisant au grade de master au niveau national est fixé à 256 euros (sources). Comme dit ci-haut, ce montant est le seul coût à la charge de l’étudiant non boursier et c’est gratuit pour le boursier.

Le Mali : en guise d’exemple, le master 1 MACI décrit ci-haut, culmine au-dessus des 2300 euros / an. Coût d’études malien neuf (9) fois plus cher que les masters français équivalents.

La Guinée : en guise d’exemple, le master 1 MDA (Droit des affaires) de l’UGLC-SC coûte sur papier 1000 euros / an (9.325.000 GNF). Environ quatre fois plus cher que ses équivalents français.

Le Sénégal : le moins cher de tous, est la copie française en mieux, 115 euros / an. Coût deux fois moins que la France, près de neufs fois moins que la Guinée et vingt fois moins que le master MACI du Mali.

3. L’université publique guinéenne et ses masters payants

La Guinée, désignée comme « scandale géologique » est aussi un « scandale d’universités privées ».

Officiellement, la Guinée compte 57 universités privées et 19 universités publiques (instituts avec rang d’université y compris). Sources à la fin de l’article.

La Guinée, à comparer aux autres pays cités ci-dessus est le seul pays ou les institutions privées sont plus cotées que celles publiques.

En nombre, la Guinée avec ses 57 universités privées est la championne toute catégorie confondue en matière d’enseignement supérieur privé (université). Elle est devant la France qui n’en a que TREIZE, le Sénégal avec ses CINQ universités, et le Mali loin derrière avec TROIS universités.

La capitale Conakry, à elle seule a plus de 48 universités, cinq fois plus que l’ensemble des universités du Sénégal. Huit de ces 48 sont publiques.

En guise de comparaison, ci-dessous quelques pays avec leurs universités (publiques et privées) et établissements avec statut d’ « universités » :

Les grandes écoles, IUT, écoles de commerce et centres de formation hors dénomination « Université » n’en font pas partie.

NB : La guinée, n’a presque plus d’universités publiques. Le cursus de l’étudiant guinéen est amputé. Les universités dites publiques sont plutôt mixtes. Publiques jusqu’en L3 et privées pour la fin du cursus.

 

4. Le système LMD guinéen, une reforme trompeuse et injuste

Pourquoi la réforme LMD ?

Avant le LMD, la France et bon nombre de ses anciennes colonies avaient leur propre système éducatif.

Ci-dessous, en schéma succinct ce système :

 

Cette fragmentation ne répondait pas aux standards européens, ni à ceux internationaux. C’est pour pallier à ces difficultés d’équivalence et afin de rentrer dans la matrice des standards, que la reforme LMD s’est démocratisée. Bon nombre de pays ont remanié leur système en adoptant le LMD.

La réforme LMD n’est donc qu’un rempart contre la nationalisation des diplômes. Sa popularité réside dans la simplicité de son architecture basée sur trois grades : Licence, Master et Doctorat. Elle valorise le diplôme hors du pays d’acquisition, facilite voire même encourage la mobilité. Ça c’est l’envers de la médaille « un même fouet pour tout le monde ».

L’étudiant étant le pigeon voyageur dans un sens singulier de son université, et de façon générale de son pays. Avec le LMD, à diplôme (crédits) équivalents si le niveau ne suit pas, le revers de la réforme pour les pays à enseignement médiocre est la décrédibilisation de leurs institutions d’enseignement supérieur. Le but principal du LMD est de pouvoir valider ses acquis par un pays tiers du même système. Un pays souscrivant au LMD avec un enseignement médiocre est équivalent à adopter une monnaie forte avec une économie faible (à quoi bon ?).

5. Le LMD guinéen, une réforme en défaveur des enseignants et des étudiants

En Guinée, une université privée garantit au maximum un taux horaire de 45 heures par TRIMESTRE à un enseignant d’une matière donnée (UE). C’est maximum 15 heures par mois.

L’enseignant est payé en fonction du nombre d’heures effectué et selon son niveau d’études.

Ci-dessous cette classification :

Comme vu ci-dessus, la caste la plus nantie des enseignants guinéens du système LMD, à savoir les docteurs, ont un salaire de moins de 80 euros par mois. Que valent 750.000 GNF (80 euros) par mois pour un père de famille à Conakry ?

La réponse à cette question nous mène aux maux de l’éducation guinéenne :

  1. Le mauvais salaire du fonctionnaire – enseignant

La vie de fonctionnaire rime avec précarité, la Guinée n’y est pour rien. Le fonctionnaire-enseignant guinéen à l’instar de ses pairs d’ailleurs à un salaire qui lui est garanti quel que soit la façon dont son contrat est honoré. Ce salaire n’est pas en prorata de la charge de travail endossée. Le système d’heure supplémentaire qui a une visée stimulante reste plus radin que l’état-employeur.

Face à ce quotidien difficile, les enseignants, incapables d’équilibrer leurs budgets (joindre les deux bouts), privilégient l’employeur qui paye mieux (l’université privée).

C’est pourquoi, une grande majorité d’enseignants émérites honorent en priorité leurs contrats dans des universités privées au détriment de celles du secteur public. Les cours dont ils ont la charge dans les universités publiques sont confiés aux assistants mal formés. Le résultat attendu de ce constat amer est connu de tous.

L’autre catégorie est celle qui descend elle-même dans l’arène à la Spartacus. Elle condense tous les cours et les dispense sous forme de module en un temps record au lieu de les élargir dans le temps.

Devoir oblige, faute de mieux ou bien faire, les cours sont bâclés. Les 2/3 de leurs temps d’enseignement sont passés dans les universités privées.

Bilan des courses, l’enseignement est bâclé avec insouciance. L’étudiant est conscient de son niveau mais se résigne. Dans aucun pays, l’État n’enjoint le citoyen à réclamer son droit. Si l’étudiant guinéen n’est pas conscient de sa situation qui le sera à sa place ?

2. Le manque criard de l’infrastructure (insuffisance de salles de classe)

En Guinée, le cumul des trois années d’études qui font la LICENCE 3, équivaut en « Monnaie d’échange » à six mois de cours dans un système LMD digne du nom. Le manque criard des locaux d’enseignement y est pour grand-chose et donne naissance à un système de roulement innommable. La pilule « Jours de repos » fait des miracles. Comme si la mort ne suffisait pour repos, l’État guinéen impose un repos forcé à ses étudiants. L’étudiant est présent 3 jours par semaine le premier semestre et 2 jours par semaine le deuxième semestre. Le reste du temps il se repose.

Quoi de plus compliqué pour l’État, étant donné que quatre murs plus un toit font une salle de classe ? Pourtant, ils en sont incapables. L’éducation guinéenne est en berne, pendant qu’ailleurs c’est de mieux en mieux.

La seule solution apportée par le PRAC, est la dénonciation, son leitmotiv que tout le monde mémorise maintenant à savoir « l’éducation guinéenne est malade ». A qui la faute ?

6. Conclusion

En Guinée, l’heure n’est plus au diagnostic, les maux guinéens sont connus de tous. Le nombrilisme de la société actuelle fait que l’heure des grands hommes est derrière nous.

Ceux qui ont le pouvoir de changer les choses, sont à l’abri de ce cri de désespoir. Leurs enfants ne connaitront jamais ces réalités. Étudiant guinéen, le fait aujourd’hui que tu te résignes et acceptes que ton cursus soit amputé, sache que la Guinée saura te tolérer en tant que fils. Le monde professionnel à l’international ne te donnera pas cette chance. Comment feras-tu face aux diplômés BAC+5 de surcroit bilingue qui peinent à trouver du travail ? Penses-tu qu’avec cette licence à valeur réelle de six mois de cours, ton État garantit ton futur ? Je plains le réveil, il sera à la fois tardif et lourd de conséquences.

NB : le mot masterant ou masterand est un mot francisé, absent dans les dictionnaires.

Sources :

Universités guinéennes : http://www.mesrs.gov.gn/index.php/enseignement-superieur/

MAKANERA Mohamed Lamine

Consultant en informatique

6 Comments

  1. Sadio Barry says:

    Merci M. MAKANERA Mohamed Lamine pour cet excellent travail d’intellectuel ! Vous répondez à beaucoup de questions que nous nous posions sur ce système éducatif bancal de la Guinée.

  2. Badio says:

    Une réalité palpable et ce constat de fait est valable dans tous les domaines car en Guinée la corruption est moyen de de survie.
    Merci pour cette brillante et limpide analyse.

  3. Gando says:

    Un diagnostic pertinent ! Merci monsieur Makanera..

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