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Lettre ouverte au député et président du groupe parlementaire du RPG-arc-en-ciel, Amadou Damaro Camara

novembre 2nd, 2017 | par Leguepard.net
Lettre ouverte au député et président du groupe parlementaire du RPG-arc-en-ciel, Amadou Damaro Camara
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Monsieur le député et Président du groupe parlementaire de la mouvance au pouvoir, Amadou Damaro Camara,

 

A l’annonce du décès du Général Ousmane Sow vous avez déclaré que ce dernier avait supervisé l’exécution de 22 dignitaires de l’ancien régime PDG (sous-entendu qu’il aurait tué 22 Malinkés en 1985).
Depuis des années vous ne cessez de parler de l’exécution des anciens dignitaires du PDG, après l’échec lamentable du coup d’Etat de la nuit du 4 au 5 juillet 1985. Chaque fois que vous vous exprimez sur ce sujet, vous changez de version. Tour à tour vous avez attribué la responsabilité de ces exécutions à Alhousseny Fofana, puis au capitaine Baldé Mamadou et maintenant vous profitez de l’annonce du décès du Général Ousmane Sow pour l’accuser d’avoir dirigé ces exécutions. Sur un sujet aussi grave vous semblez vous complaire dans une sorte de légèreté, sans aucune rigueur intellectuelle ou morale. Vos chiffres de suppliciés varient d’une déclaration à une autre.
Plus inconvenable est le moment que vous choisissez pour porter une telle accusation. En effet, Monsieur le député, dans notre culture, même d’ailleurs dans beaucoup d’autres, la convenance voudrait que lorsque quelqu’un décède l’on tienne des propos de circonstance pour le repos de l’âme du défunt. Il en est ainsi même pour un ennemi tombé sur le champ de bataille. Vos propos, Monsieur le député, s’éloignent manifestement de cette tradition. Est-ce par ignorance Monsieur Damaro? Non! Toutes vos déclarations sont délibérées, elles ne visent qu’un objectif, toujours le même depuis 1985. Mobiliser « les siens » pour la cause, la vôtre, vous et votre clan qui instrumentalise l’ethnie pour vos intérêts personnels.
Vos déclarations sont faites à dessein, raviver des rancœurs et la haine entre les ethnies. Vous observez un silence coupable sur les milliers de victimes de ces anciens dignitaires de la première République (dont 89 Guinéens pendus au seul lundi 25 janvier 1971) et revenez sans cesse sur les exécutions de 1985. Cette mémoire sélective chez vous ne traduit-elle pas votre haine contre tous les autres Guinéens qui ne sont pas des vôtres? Il est en effet difficile d’expliquer autrement vos actes politiques. Plus grave est que vous vous souciez très peu des conséquences néfastes que peuvent avoir vos propos et vos actes pour la cohésion nationale et la stabilité de la Guinée. En stigmatisant les officiers peuls, en rendant ces derniers responsables des exécutions de 1985 vous cherchez, en toute conscience, à creuser encore davantage le fossé que votre parti le RPG a malicieusement créé entre les communautés malinké et peule depuis 2009.
Monsieur le député, vous savez sans doute que le mépris de l’autre peut conduire à la haine, que la haine mène à l’intolérance, et l’intolérance peut vous rendre coupables des actes aux conséquences les plus insoupçonnées. Mais, pour « la cause » dont il vous faut absolument entretenir la flamme, tout cela reste le cadet de vos soucis.
Monsieur Damaro, dans votre intervention à la conférence de Colombia le 8 juin 2000, vous avez affirmé ce qui suit :
« Contrairement aux rumeurs, c’est Alhousseyni Fofana qui fit exécuter les détenus du 4 juillet entre Conakry et Kindia. Alhoussein Fofana fut le véritable artisan de ce qui est arrivé aux supplicies du 4 juillet ».
A propos du même événement de 4 juillet 85, vos propos du 15.09.2001 au Newsgroups « soc.culture.guinea-conakry » :
« Baldé fut le véritable artisan de ce qui est arrivé aux suppliciés du 4 juillet. Il fut aidé dans sa tache par le Lt Oury Bah, Sékou Condé, Kerfala Camara Kalla (Agrima), Samoura, Panival Bangoura et Diouma Diallo « dent de fer » Sous la supervision officielle de Alhoussein Fofana »
J’ai alors réagi à vos propos en ces termes :
« Sous la supervision de Alhoussein Fofana, vous dites! Superviser officiellement? Pourquoi Baldé qui décide et agit de son gré et de son initiative aurait besoin de quelqu’un pour superviser l’exécution des faits? Ou bien c’est lui qui a nommé son superviseur pour mieux prouver sa bonne foi? Même dans ce cas, pourquoi avoir besoin de le prouver? »
A la conférence de Colombia, vos reproches aux officiers Ousmane Sow et Mamadou Baldé furent que ce sont ces officiers peuls qui vous ont empêché d’en finir avec le régime soussou. Vous, vos proches de l’époque tels que Doussou Condé, Tété Kaba et moi, avions eu de vives discussions lorsque j’ai rétorqué que Diarra n’aurait pas été mieux que Conté. Le coup n’était pas destiné à instaurer de la démocratie en Guinée.
Vous aviez également affirmé que ce sont 65 officiers Malinkés et hauts responsables du PDG qui furent passés aux armes en 1985, avec deux révélations de taille :
1- Que vous personnellement, vous n’avez subi ni injure ni torture parce que vous vous êtes volontairement déclaré être disposé à coopérer en reconnaissant que vous en êtes le cerveau et en donnant les noms de vos complices. Vous avez publiquement affirmé, au micro et sur podium pendant votre discours à Colombia, que vous leur avez demandé un bic et un papier pour leur livrer tout votre témoignage. Que c’est pourquoi vous personnellement, vous n’avez subi ni injure ni torture et, mêmes vos plats, vous étaient livrés sur votre commande avec satisfaction de vos souhaits.
2- Que la liste faisant cas de 325 cadres et officiers Malinkés exécutés était fausse et émanait de la manipulation de vos réseaux pour provoquer la mobilisation de la communauté et obtenir l’indignation et des condamnations des institutions internationales.
A cette conférence, vous avez précisé que c’est vous qui avez été le concepteur et le principal acteur dudit Coup Diarra et que c’est vous-même qui aviez rédigé et enregistré, avec le colonel Diarra Traoré et dans votre salon, le communiqué que vous aviez eu la charge de faire passer à la RTG. C’est là-bas que Cdt. Baldé vous a arrêté après quelques coups de feu impliquant des chars de combat.
Aujourd’hui, non seulement vous nous ramenez le chiffre à 22 personnes exécutées dans cet événement, mais aussi vous fondez votre témoignage sur l’article numéro 175 du journal Africa international de septembre 1985 !
Avec vous, nous sommes dans l’inconstance permanente, sur un sujet aussi grave. La Guinée a connu des milliers de victimes, généralement dans des conditions atroces. Mais jamais des accusations publiques n’ont été portées contre des personnes ou groupe de personnes. Sur ces victimes là, vous et votre clan, vous observez une Omerta. Pire, vous vous attelez à effacer la moindre trace de cette sombre période de la Guinée. Pourtant des Guinéens, appartenant à toutes les ethnies du pays, furent tués par diète absolue, pendus, fusillés dans toutes les régions du Pays.
Des témoignages écrits sur cette période sont nombreux. Aussi vivent encore des témoins oculaires de ces tragédies. Leur silence Monsieur Damaro n’est ni une faiblesse, ni une indifférence. Ils ont seulement conscience que ce qui est en jeu nous dépasse tous; c’est la Guinée et l’unité de ses filles et fils.
Alors Monsieur Damaro, puisque vous tenez la vérité sur les exécutions de juillet 1985, je vous demande d’édifier enfin le peuple de Guinée sur ce qui s’est réellement passé le 4 juillet 1985 ! Le peuple de Guinée a le droit de savoir. Les exécutions étaient la conséquence directe du coup d’Etat que vous avez conçu et participé activement à sa mise en œuvre, selon vos propres dires à la tribune de la Conférence qui s’est tenue à Colombia (USA) les 8, 9 et 10 juin 2000. Le peuple de Guinée a le droit de savoir les motivations de votre groupe. Aussi les familles de vos compagnons du coup d’Etat de juillet 1985 dont vous avez dressé la liste et livrés aux loyalistes (selon vos propres déclarations à Colombia le 8 juin 2000) ont le droit de savoir les raisons de votre trahison.
Vous avez dit à Colombia avoir rédigé et enregistré le communiqué lu par Diarra Traoré et l’avoir passé vous-même à la RTG dans la nuit du 4 au 5 juillet 1985. Vous vous souvenez sans doute du passage suivant puisque vous en êtes l’auteur : « Toute tentative de résistance sera réprimée avec la dernière rigueur ». Vous n’êtes certes pas militaire, mais vous n’ignorez sans doute pas qu’une telle phrase dans la bouche de Diarra était un défit lancé aux autres militaires qui n’étaient pas avec vous. Comment ne pas alors imaginer une issue dramatique de votre aventure ?

Après le 3 avril 1984 nombreux sont ceux qui, à l’intérieur de la Guinée comme à l’extérieur, s’attendaient à une purge sanglante. Il n’en fut rien, grâce, entre autres, aux officiers que vous accusez aujourd’hui. Jamais vous ne parlez de votre funeste rôle dans cette tragédie de juillet 1985.

En réalité, Monsieur Damaro, vos propos de Colombia montrent que votre coup n’était qu’un bluff, une fanfaronnade, doublé de mépris pour les autres et exécuté sans aucune évaluation des risques humains et politiques d’une telle aventure. Notre pays payera encore pour longtemps les conséquences de votre hasardeuse aventure.

 

Monsieur Damaro, laissez l’âme du Général Sow reposer en paix !

 

Lorsqu’on laisse son cœur envahir par la haine, cette dernière finit par vous posséder, et lorsqu’elle vous possède c’est pour vous avilir, vous humilier. C’est le spectacle de l’homme possédé par la haine que vous avez offert à l’Assemblée Nationale lors de la plénière du 23 février 2017. Il fut question ce jour là d’observer une minute de silence à la mémoire des sept personnes (Guinéens) qui venaient d’être tuées dans la banlieue de Conakry lors des manifestations politiques. Vos collègues députés, les membres du gouvernement présents dans la salle, les journalistes et le public venus assister à la plénière se sont levés. Monsieur Damaro, vous avez refusé de vous lever, malgré l’interpellation insistante du Président du Parlement, Monsieur Claude Kory Koundiano, qui vous dira : « Damaro, nous avons nos enfants au dos » en vous priant de suivre l’exemple des autres. En vain ! Vous êtes resté assis; parce que votre cœur est asséché par la haine. Il s’agissait, en effet, des Guinéens, certains des adversaires politiques, certes, mais pas des ennemis. D’autres, des innocents, fauchés par balles depuis leur balcon ou se rendant tout simplement à leur travail.
Votre parti le RPG est au pouvoir depuis maintenant sept ans. Vous êtes Président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle. Comme je vous l’ai déjà dit une fois entre nous, les responsabilités qui sont les vôtres sont considérables. La Guinée de demain se façonne aujourd’hui. Toutefois, force est de constater que la maison Guinée se fissure de partout. De Boké à Kérouané, Lola, Beyla monte la fureur. Le mécontentement gagne l’ensemble du Pays. Vous venez vous-même d’échapper à une vindicte populaire en Haute Guinée à Kérouané. C’est peut être la raison de votre soi-disant grand déballage pour mobiliser à nouveau vos partisans qui ne vous font plus confiance. Mais votre grand déballage n’est qu’un verbiage, car il vous manque du souffle, du courage et de la rigueur intellectuelle. En effet, Monsieur le député, seul un homme courageux, qui assume ses actes peut affronter cette mystérieuse voix intérieure qui monte des tréfonds de sa conscience lorsqu’il a commis ce que la morale réprouve. Vous vous êtes vanté d’être le maître d’œuvre des événements du 4 juillet 1985. Il y eut des morts cette nuit là, puis après. Vous fuyez cette voix mystérieuse qui vous place sans cesse devant vos responsabilités. Vous n’aurez la paix intérieure que lorsque vous aurez raconté sur un podium à Conakry, face au peuple de Guinée, tout ce dont vous vous êtes vanté à la Conférence de Colombia, et livré aux Guinéens vos motivations d’alors pour mettre fin au régime « soussou » comme vous le disiez. Le CMRN n’était au pouvoir que depuis 15 mois, sans effusion de sang, et il n’était pas composé que de soussous. A Colombia vous avez accusé les officiers Peuls de vous avoir empêchés de mettre fin au régime « soussou ». C’est sur ces officiers que vous continuez de déverser votre venin. Les Soussous eux, vous avez besoin d’eux en ce moment pour votre maintien « éternel » au pouvoir. Vous évitez donc d’exprimer publiquement votre haine sur eux.
Monsieur le député, si vous êtes un sincère partisan du « grand déballage » alors en votre qualité de Président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle, faites voter une loi à l’Assemblée Nationale pour la tenue d’une conférence nationale libre et souveraine pour qu’enfin l’on purge la Guinée de tous ses fantômes qui hantent le pays depuis 1956. Pour que les âmes de nos victimes, de toutes les victimes, jusqu’à ce jour, puissent reposer en paix.
Monsieur Damaro, lorsque vous aurez fait voter une telle loi, alors et alors seulement, les Guinéens pourront vous accorder un brin de crédibilité. En attendant, je vous invite, vous et vos compagnons du pouvoir, à limiter vos dégâts et de cesser de cultiver la haine en pensant à demain. L’injustice engendre la colère. Des générations passent, les gens meurent, pas la colère. La colère se nourrit de haine et se transmet aux enfants. Regardez ce qui se passe en Espagne ! Ce sont des frustrations vécues il y a 300 ans qui resurgissent aujourd’hui en poussant les Catalans à toujours vouloir se retirer du reste de l’Espagne.

 

 

Sadio Barry,
Président du parti Bloc pour l’Alternance en Guinée (BAG)
Numéro d’enregistrement : 3010 – M.A.T.D 01/08/16
Contacts
Mail-parti : bag.guinee@protonmail.com
Mail-privé : sadio.barry@guineepresse.info

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