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A propos de nos langues nationales : entre civilité et incivilité. Juste un point de vue

septembre 4th, 2018 | par Leguepard.net
A propos de nos langues nationales : entre civilité et incivilité.  Juste un point de vue
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  • Introduction

Mon pays, la Guinée-Conakry, est le plus beau pays du ou au monde. Je l’aime non pas seulement parce qu’il est mon pays, mais aussi parce qu’il recèle (de l’aveu-même de nombreux voisins, des griots chantant la gloire de la nation, des anthropologues, des coopérants et des touristes), des richesses naturelles incommensurables et des qualités humaines intarissables à faire valoriser au monde entier. C’est un don du ciel et j’en suis naturellement heureux et fier. Dans ce pays, on vit bien malgré le sous-développement et les gens se parlent, se contactent dans toutes les langues nationales, naturellement. La question que nous pouvons nous poser est celle-ci : quel est le variant et l’invariant sur la situation linguistique dans ce pays?

Pour répondre à cette question importante, il faut faire un détour et analyser la question linguistique en Guinée avant, pendant et après le temps du père fondateur de l’indépendance de la Guinée, le Président Ahmed Sékou Touré (paix à son âme). Sur cette question linguistique, notre héro national et africain AST avait raison, à mon sens. L’imposition d’une seule langue dans un pays en Afrique (multi-ethnique et multi-confessionnelle) n’est, peut-être, pas la solution idéale dans un pays aussi riche en diversité culturelle. C’est l’argument largement utilisé par certains pays africains au lendemain des indépendances pour « maintenir la cohésion sociale » en justifiant l’adoption « plus ou moins officielle » des langues des colons.

Chez nous, bien que le maintien de la langue de la « Francophonie » comme langue des rouages administratifs et académiques fût une solution temporaire, le choix du peuple porta essentiellement sur la valorisation des (grandes) langues nationales avec l’encouragement du bilinguisme, du trilinguisme, voire du multilinguisme, pour développer l’intelligence et créer la richesse et la valeur ajoutée au service de la nation guinéenne.

A mon sens, pour éviter les dérives des incivilités liées aux usages des langues dans notre pays, la solution peut être comme suit:

  • Il serait judicieux que chaque Guinéenne et Guinéen apprenne plus ou moins deux ou plusieurs langues nationales.
  • Il faut que l’on évite les susceptibilités liées aux usages quotidiens de nos langues nationales respectives, notamment dans l’espace public.

 

  • Attention aux dérives « linguistiques » actuelles

En la matière, la tendance actuelle dans certains endroits dans notre pays (qui n’est qu’une forme de repli sur soi identitaire et linguistique) n’est pas du tout la solution et vire plutôt presque à la « psychopathologie ». C’est comme si nous avions fait table rase de 60 ans d’acquis sociaux et balayé, d’un revers de la main, 60 années de valeurs culturelles (fonctionnelles et esthétiques). Ceci ressemble peu ou prou à ce qui s’est passé au cours de ces sept dernières années (malheureusement au Moyen-Orient) lors de ce qu’on appelle communément « le Printemps arabe » quand, du jour au lendemain, on a balayé certaines valeurs sociales et sociétales, en l’occurrence des valeurs de tolérance et du vivre-ensemble chèrement acquises depuis des lustres. Cet exemple peut nous inciter à réfléchir sur notre propre situation.

  • L’incivilité linguistique (et langagière) en question:

Influencés par les média et pensant bien faire, nous nous ouvrons aujourd’hui à tout (qu’on en ait besoin ou pas !) et je crains que nous n’importions, chez nous, les produits « positifs et négatifs » d’une certaine « mondialisation » que nous maîtrisons mal pu ne maîtrisons pas du tout, pour ainsi dire. Je vois, par exemple, apparaitre à Conakry et dans certaines grandes villes guinéennes une certaine frénésie, voire un certain fanatisme pour l’usage intempestif de « Sa langue natale » (malinké, poular, sousou, diakhanké, kissi, baga, ou autres langues) comme si c’était la fin du monde! Comme si c’était fait en réaction à « l’autre  » dont il faut se méfier. Cela se fait de plus avec une certaine banalité déconcertante, dans un élan d’affirmation de soi identitaire à travers la langue, ou dans la crainte (injustifiée) de subir une domination virtuelle supposée d’un groupe donné sur un autre. A défaut de vouloir parler, devant son interlocuteur, une des langues nationales « dominantes' » que l’on maîtrise pourtant et que cet interlocuteur parle également, on refuse de parler cette langue et on se met à parler (même quand ce n’est pas opportun ou nécessaire) l’anglais, le française, l’arabe, le sanskrit ! (que l’on ne maîtrise pas bien). Le but est juste d’éviter à tout prix la « langue maternelle de l’autre qui est en face et qui est considéré différent » ou pour satisfaire sa curiosité ou son narcissisme. S’agit-il d’un simple question de « chichi et mimi », d’une culture de rapport de force, d’un réveil de revendication et de repli identitaires, ou, tout bêtement, de l’éclosion d’un véritable état d’esprit psychopathologique nuisible à la santé mentale? Je crains le pire!

Si l’usage de la langue maternelle est en soi quelque chose de très naturelle, voire bénéfique à la construction identitaire personnelle, son détournement de son objet à d’autres fins « suspectes », en revanche, est de nature à soulever des interrogations.

Pour l’instant, il s’agirait d’un épiphénomène circonscrit aux grandes villes, mais on peut y voir la « main invisible » non pas d’Adam Smith, mais du spectre des revendications identitaires qui sont intimement liées aux mutations sociales que connait aujourd’hui notre pays dans le contexte actuel de la mondialisation et aussi le grand bazar politique que le « balai citoyen » a du mal à contrôler et réguler…

Cet épiphénomène social est surtout observable et observé chez certains ex-immigrés (venus des pays voisins ou d’Occident, ayant senti ou subi des discriminations pendant des années) ou encore de ce que l’on appelle « kharé ka » (hommes et femmes de villages) qui découvrent subitement la capitale et les grandes villes, donc un certain confort de la vie moderne. Malgré leur faible nombre, ils gagneraient du terrain inexorablement au gré des événements violents et secousses politiques qui empoisonnent épisodiquement nos vies et notre quotidiens paisibles. Faux débat et simples chichi et mimi de ces gens (je l’espère)!

  •  » If you are in Rome, do as the Romans do » (Quand vous vivez à Rome, faites comme font les Romains), proverbe anglais.

Il est indéniable que la langue historique dominante dans toute la Basse-côte en Guinée est le soussou (parlée par plus de 70% de la population de la capitale). Pourtant, parler cette langue ne veut nullement et absolument pas dire que les « soussous » seraient meilleurs que les autres groupes ethnolinguistiques ou je ne sais quoi encore! C’est tout simplement une question, d’histoire-géo, de dynamique et d’interaction sociale sur un territoire qui appartient à tous, mais qui a ses propres marqueurs identitaires. Il est normal que l’on parle préférentiellement le poular, le kissien, le toma ou le malinké dans les régions à majorité peule, de populations forestières ou malinké, etc. Il est normal aussi que la langue majoritaire dans une ville de taille moyenne comme Touba soit le diakhanké, ou le maraka à Manda-Sara, pour ne prendre que ces quelques exemples. Cependant, dans notre monde d’aujourd’hui, il n’est pas concevable de vivre en autarcie (à moins que l’on veuille devenir souffi (mystique musulman!).

Quand on veut (ou est obligé de) vivre au milieu des gens d’une bourgade, village ou ville (autre que sa ville ou son village d’origine), on doit chercher la paix sociale et avoir pour démarche de s’intégrer à la vie sociale des gens de ces localités, adopter une certaine « décentration de soi » par rapport à sa propre identité ancienne, avoir une certaine retenue face à la « chose sociale et publique » en vigueur dans cette localité, autrement dit « mettre de l’eau dans son vin », éviter parfois de vouloir la bagarre ou « le beurre et l’argent du beurre », tempérer ses ardeurs narcissiques, ses dérives égotiques pour réaliser le bon « vivre-ensemble républicain » dans le respect des particularités géographiques et historiques des régions. Il est vrai que, sur l’ensemble du territoire national, tous les Guinéens sont égaux en droit et en devoirs et devant Dieu. Aucun(e) guinéen(ne) n’est supérieur(e) ou inférieur(e) à son concitoyen ou à sa concitoyenne. L’État doit être fortement présent partout en Guinée et tous les citoyens guinéens doivent l’aider dans cette démarche républicaine.

  • Langue et citoyenneté

Certes, en tant que citoyens, nous avons tous des différences (naturelles, matérielles, physiques, intellectuelles, etc), mais nous avons tous également beaucoup de ressemblances (ne l’oublions pas). Donc, nous devons avoir les bons réflexes citoyens et valoriser notre vivre-ensemble autour de ce que nous avons en commun. Par ailleurs, d’un point de vue psychologique, la jalousie est un sentiment (naturel chez l’être humain), quant à la rivalité et la compétition, elles sont des comportements. Luttons dans notre belle république contre la jalousie morbide (pathologique) et l’esprit de rivalité et de compétition pathétique et destructeur. Dieu merci, moi je parle ma langue paternelle (diakhanké), ma langue maternelle (soussou), la langue de la coépouse de ma mère bien aimée (malinké). J’apprends actuellement et activement les langues peul et kissi que je n’ai pas eu la chance de parler dans mon enfance. Je n’ai absolument aucun problème ou complexe à apprendre ou à parler une langue autre que la ou les miennes. Quand je suis avec un faranaka ou un kankanka, je lui parle aisément en malinké partout où nous nous trouvons sans gêne et sans calcul préalable aucun (je suis naturel et très à l’aise avec ça). De même, je m’efforce de dire les quelques mots que je connais en peul à mon interlocuteur peul, ponctué souvent de mots en soussous, en malinké ou finalement en français. Il m’arrive également de dire: Ano ni kendé? Tanalé? quand je sais que mon interlocuteur est de la « Forêt ». Où est le problème ? Le but est d’arriver à communiquer avec mes frères concitoyens le plus naturellement possible, et non pour leur opposer mon « identité linguistique » ou leur montrer ma différence. Le but est aussi de pouvoir vivre et m’interagir avec eux sur la base de notre « vivre-ensemble républicain », sur la base de ce que nous avons en commun : l’espace républicain guinéen, la citoyenneté guinéenne (tout court).

Je ne suis pas en train de militer pour une langue en particulier, mais appeler mes frères à dépasser le complexe (d’infériorité ou de supériorité), à adopter un comportement « normal » et civique en société, à réfléchir en citoyens et non en personnes animés par l’esprit ethnocentrique, égocentrique, régionaliste (pathétique et pathologique).

A mon avis, il faut éviter d’entrer dans ce jeu « linguistique ethnocentrique » dangereux qui aboutira forcément au repli sur soi identitaire, à des conflits sociaux inutiles entre voisins et concitoyens et surtout à la perte du temps et de l’énergie pour combler le retard dans le développement de notre pays. Il ne faut pas copier bêtement sur des groupes fanatiques pullulant dans certains pays ; qui se privent des richesses des langues des autres pour assouvir leur penchant identitaire ou ethnocentrique. La vie est déjà assez compliquée pour nous au quotidien, notamment sur le plan économique. Il faut faire les choses avec simplicité, intelligence et discernement sans ethnocentrisme et sans esprit de régionalisme négatif aucun (Please).

Chez nous, ce n’est pas la langue qui pose problème, à mon sens. Ce qui pose problème, c’est sont des « hommes et des femmes de mauvaise foi, de mauvaise mentalité et/ou qualité » qui sont sans valeurs et sans principes, mais pétris d’orgueil déplacé et de narcissisme gonflé et démesuré, remplis également de haine viscérale (ou ancestrale) pour le bon vivre-ensemble socialisant que nos anciens avaient bien entretenu et préservé.

Je sais, il ya le poids de l’histoire et des faits têtus non oubliés, je sais qu’il y a la peur de l’autre et de l’étranger, l’envie (réciproque ou pas) de domination de l’autre et d’en découdre avec l’adversaire à la manière brute, je sais, enfin, qu’il y a le non respect et la non reconnaissance de l’autre. Il y a surtout, malheureusement, le non respect de nos valeurs traditionnelles originelles (dont nous sommes pourtant si fiers), le non respect de nos lois institutionnelles et des principes de notre pacte républicain. Ces « non respects » se pratiquent au nom des concepts de régionalisme, d’ethnicité, de ce qu’on appelle chez nous « faden’ya » et « sanakhouya« , anciennes pratiques culturelles qui étaient jadis positives, mais qui sont aujourd’hui galvaudées, dénaturées, détournées et vidées de leur vrai sens philosophique.

  • La solution à moyen et long termes:

A défaut d’avoir une langue nationale unique chez nous, nous pouvons, quand-même, vivre intelligemment avec plusieurs langues nationales si on est un groupe ou un peuple discipliné, respectant nos valeurs positives (africaines et républicaines), et si nous assumons notre histoire et croyons en notre destin commun.Parler plusieurs langues est une richesse.

Parler une seule langue est un sérieux handicap social et culturel.

Parler plusieurs langues est un atout dans un monde devenu « un village global », pour parodier Marshal McLuhan.

Dans un hadith authentique, notre prophète Mohammad (Paix et salut sur lui) a dit :  » Quiconque apprend la langue d’un groupe ou d’une nation autre que le ou la sienne, de facto, il en fait partie » (dans une autre variante : « … il éviterait ainsi leur « éventuelle » tromperie (fourberie ou traitrise,) ». On peut trouver dans la Bible ou dans la Thora des exemples d’exhortation au bon vivre-ensemble, des références à l’amour du prochain, au travail pour la paix sociale et le développement de la nation.

Oui, nous pouvons vivre en bonne intelligence. Impossible n’est pas guinéen.

Une leçon de civilité pour les plus jeunes, à méditer avec modération….

 

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