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La confrontation Afrique-Chine se règlera par une idylle ( Par Alpha Sidoux Barry )

décembre 6th, 2018 | par Leguepard.net
La confrontation Afrique-Chine se règlera par une idylle ( Par Alpha Sidoux Barry )
Culture
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La salle de réception de la maison d’édition L’Harmattan, sur la rue des Ecoles à Paris, est pleine à craquer ce 21 novembre 2018. Nombreux sont les lecteurs venus assister à la présentation du dernier livre d’un auteur prolixe, Ibrahima Soumah, ancien ministre des Mines puis de l’Enseignement technique, l’un des plus éminents économistes-géologues guinéens.
Son ouvrage, qui vient de paraître, est intitulé « L’Afrique, un continent en voie de ‘’chinisation’’ »(1). L’assistance s’attendait à un brillant exposé d’économie comme Ibrahima Soumah sait si bien le faire. Quelle ne fut notre surprise de découvrir une fiction romanesque décrivant l’évolution future des relations entre l’Afrique et la Chine en 2070 !
Ce roman d’économie-fiction montre comment le partenariat gagnant-gagnant sino-africain, tant vanté aujourd’hui, aboutit à une domination totale de notre continent par l’ancien Empire du milieu à la fin du 21ème siècle.
Nous sommes le 1er janvier 2070. Le 21 suivant marque le début du nouvel an chinois, celui du lièvre. Depuis 40 ans, la puissance économique et militaire de la Chine a dépassé celle des Etats-Unis. Il y a, d’un côté, cette nouvelle superpuissance et, de l’autre, l’Afrique qui a sombré dans une mauvaise gouvernance généralisée et destructrice.
Le monde comprend quatre grands ensembles et non plus les cinq continents que nous connaissons aujourd’hui. Chacun d’eux est dominé par une grande puissance entourée de pays satellites : il y a l’Afrique, administrée directement par la Chine ; l’Eurasie qui englobe l’Europe, le Maghreb et le Moyen-Orient sous la houlette de la Russie ; l’Amérique sous celle des Etats-Unis ; le quatrième ensemble comprend l’Inde, le Japon, l’Australie et les autres pays du Sud-Est asiatique, sous la domination indirecte de la Chine.
L’Afrique, amputée donc du Maghreb, est divisée en trois régions dont chacune est contrôlée par un grand trust familial chinois : l’Ouest africain, avec l’acier et le pétrole, monopolisé par la famille des Quing ; le Centre-Est, avec l’industrie spatiale, mené par les Han ; l’Afrique australe, avec l’agro-industrie, sous la domination des Deng.
L’intrigue du roman se déroule dans un pays fictif appelé Gondwana (nom adapté de celui imaginé par l’humoriste nigérien Mahamane, ami d’Ibrahima Soumah et auteur de la préface de son livre). Situé à l’extrême-ouest du continent africain, c’est la Guinée qui ne dit pas son nom. Narito, la capitale impériale de cette nouvelle Afrique, est située à l’emplacement de l’ancienne Nairobi au Kenya, qui n’existe plus.
Sur le continent africain, 1 milliard de Chinois cohabitent avec 1 milliard de Noirs qui, eux, sont parqués dans les réserves et les townships, alors que les premiers résident dans les villes, les banlieues huppées, les fermes agricoles et les zones industrielles.
Comment l’Afrique a-t-elle pu en arriver là ? C’est très simple. Les Africains n’ont pas tiré les leçons de l’esclavage et de la domination coloniale puis néocoloniale. Ils ont négligé l’éducation, la formation et la sur-formation.
Les différents Etats africains ont d’abord signé des protocoles commerciaux avec la Chine, puis des accords de partenariat dits gagnant-gagnant, ensuite des contrats de concession à durée indéterminée. Ce scénario s’est généralisé sur tout le continent avec l’aval des chefs d’Etat et dans l’indifférence des populations et de la société civile.
La mondialisation a laissé les Africains au bord de la route du progrès. Tandis que la Chine, devenue le lit de la civilisation moderne et technologique, s’accapare des ressources naturelles de notre continent.
C’est tout naturellement que la Chine est devenue la superpuissance dominatrice de la planète. De fait, elle est à l’origine des inventions qui ont depuis toujours changé la face du monde : boussole, poudre à canon, papier, imprimerie, gouvernail, roue à aubes, harnais à collier, cerf volant… Sans parler de la grande muraille de Chine longue de 6 000 km.
Le roman d’Ibrahima Soumah nous transporte à la fin du 21ème siècle. La Chine est alors à l’avant-garde de la révolution numérique, de la robotique connectée et de l’intelligence artificielle.
Le robot domestique, androïde, accomplit tous les travaux jadis faits par les hommes et les femmes : nettoyage, jardinage et assistance à la cuisine.
Les objets connectés, activés à distance par un smartphone, sont présents dans les bureaux pour saisir les textes, imprimer des documents ou envoyer des e.mails. Ils conduisent et réparent les voitures, soignent les malades dans les hôpitaux, font des analyses médicales dans les laboratoires, enseignent dans les écoles et permettent les voyages satellitaires.
L’ancienne fission nucléaire a été remplacée par la fusion d’atomes d’hydrogène exactement comme ce qui se passe au sein du soleil, ce qui permet de réduire à presque zéro le coût marginal dans la production des biens et services. La société humaine est entrée dans un nouveau paradigme. On est bien loin de l’ancienne société libérale du 20ème siècle.
Au Gondwana, le pouvoir est entre les mains du président Boum Boum, l’ex-planton de l’ancien chef de l’Etat, Babilimansa, renversé par un coup de force conduit par le nouveau maître du pays. La gouvernance de celui-ci est des plus pittoresques.
Le mode de fonctionnement du Gondwana est la partie la plus passionnante du roman. On est au pays du roi Ubu. L’auteur nous tient  en haleine par toute une série d’anecdotes toutes plus loufoques les unes que les autres que je vais laisser le lecteur découvrir par lui-même.
Tant et si bien que le président Boum Boum finit par nourrir le projet de se faire couronner empereur dans un décorum mêlant à la fois le faste napoléonien et celui de la reine d’Angleterre à Buckingham Palace. Patatras ! Au moment crucial, c’est un scénario totalement imprévu qui se déroule  et que je ne vais pas dévoiler.
Une conférence internationale est convoquée à Narito, la capitale impériale de l’Afrique ou plutôt de l’entité chinoise sur le continent, dont l’objectif principal est de déterminer le sort réservé aux Noirs africains afin que les maîtres chinois continuent de se gaver tranquillement des ressources naturelles du continent noir.
Comme dans les contes de fée, tout est bien qui finit bien. La conférence va se clôturer par l’arrivée inopinée du Timonier suprême chinois venant directement de Beijin par un vol satellitaire. Il scelle le mariage entre Wang, 20 ans, fils du milliardaire Quing qui domine l’Ouest africain, et la Gondwanaise Binta, fille de l’ancien président, une perle rarissime par sa beauté et sa splendeur.
La condition sine qua non de ce mariage, fixée par le père de la déesse noire est le retour à l’ordre d’il y a 50 ans, lorsque l’Afrique était libre et n’était pas soumise à la tutelle chinoise.
Le continent  sera sauvé par cette miraculeuse idylle. Un dernier avertissement à l’Afrique qui a tout intérêt à considérer que la priorité des priorités est l’éducation.
Alpha Sidoux Barry
Président de Conseil & Communication International (C&CI)
(1) brahima Soumah : L’Afrique, un continent en voie de « chinisation », L’Harmattan, Paris, 2018, 169 pages, au prix de l’équivalent de 10 € en Guinée, contre 19 € en France.

One Comment

  1. I. Mb. SOW says:

    Avant de lire ce roman de politique-fiction qui me semble plutôt en rajouter imprudemment à l’afropessimisme endogène de certaines élites africaines, surtout de la part d’un ancien ministre d’un Etat, fût-il guinéen, on ne peut se fier qu’à l’appréciation, souvent éclairée M. Barry, quant à sa qualité littéraire.
    Mais à priori, sur le fond du message que l’auteur Ibrahima Soumah vise sans doute à faire passer, je releverais cette erreur fatidique qui consiste à vouloir éternellement loger tous les Etats d’Afrique noire à la même enseigne de médiocrité et de mal gouvernance endémique.
    Mais, même sous le couvert de la politique fiction, M. Soumah aurait pu s’efforcer de distinguer tant soit peu les caractéristiques des relations qu’entretient la Chine avec la Guinée, le Bénin, le Gabon, le Sénégal, etc. de celles plus réalistes et équilibrées qui la lient à des pays comme le Nigéria, le Ghana, l’Ethiopie, le Kénya, le Rwanda, l’Angola ou autres.
    Dans la réalité concrète, il y aurait plutôt matière à faire état de plusieurs « Afrique noires » désormais, et surtout en perspective des 20 à 50 années à venir.
    Mais cela ne fait évidemment pas un bon écho médiatico-politique voire intellectuel ou « culturel » en Occident notamment.
    Dans le domaine des projets d’investissement à caractère de construction d’infrastructures et d’industries de transformation des matières premières notamment, il n’y a aucune fatalité à ce que nos élites compétentes, entre autres, soient éternellement tenues à l’écart des cercles de décisions d’attribution des marchés de réalisation. Là comme ailleurs, il suffirait que les choses se passent essentiellement sur les seuls critères d’appréciation du mérite et de la compétence locale, pour qu’un pays comme la Guinée se mette à ressembler à l’Afrique du Sud, au Rwanda, au Ghana, au Nigéria, au Kénya et (pourquoi pas?) à n’importe quel pays du Maghreb, à moyen ou long terme.
    Il n’y a évidemment aucune raison de ne pas souhaiter sincèrement une bonne réussite au roman de M. Soumah (…)

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