breaking news

PROJET DE CHANGEMENT CONSTITUTIONNEL, IMPLICATIONS EN TERMES D’OPPORTUNITES ET DE RISQUES POUR LA NATION

décembre 26th, 2019 | par Leguepard.net
PROJET DE CHANGEMENT CONSTITUTIONNEL, IMPLICATIONS EN TERMES D’OPPORTUNITES ET DE RISQUES POUR LA NATION
Article
0

En développant cette thématique, mon intention n’est nullement de me tremper dans un débat de constitutionnalité du projet initié par le président, aspect qui revient aux juristes spécialistes en la matière. Le but de cet article est plutôt d’aborder cette question de basculement constitutionnel de manière approfondie et objective du point de vue des opportunités et des risques pour la nation.
En quoi un changement constitutionnel serait une opportunité ?
En me basant sur la situation sociopolitique et économique actuelle de notre nation et le contexte de bouleversement de l’échiquier d’un monde en pleine reconfiguration économique et géopolitique, je mets raisonnablement en doute le bien-fondé et l’opportunité d’un tel projet pour les raisons suivantes :
1. La constitution de 2010 reste et demeure la plus impartiale et la plus consensuelle que la guinée n’ait jamais élaborée et n’en aura probablement jamais à mon sens. Le contexte (la transition politique) et la manière (inclusive) de son élaboration étaient tels qu’aucun acteur politique n’était suffisamment ancré sur le terrain pour influencer son contenu en sa faveur. Ladite constitution n’est certainement pas parfaite comme il n’y a d’ailleurs pas de constitution parfaite nulle part dans le monde, ce qui explique son caractère évolutif en fonction des mutations intervenues dans la vie de la nation. Dans ce contexte de crise sociale (grèves syndicales) et de troubles politiques (manifestations politiques), il n’y a aucune motivation crédible et recevable à cette initiative si ce n’est d’ouvrir la voie au président Alpha Condé de frauder subtilement la limitation de mandat consacrée par l’article 27 de l’actuelle constitution pour s’octroyer la possibilité de faire 2 (deux) mandats supplémentaires de 6 ans. Aucun changement substantiel du point de vue juridique, organisationnel et fonctionnel n’est d’ailleurs perceptible dans ce nouveau projet.
2. Du caractère partial et volatil de la constitution en préparation : cela ne fait aucun doute que la constitution alternative en phase de proposition est calibrée sur mesure pour répondre avant tout aux penchants démesurés du pouvoir d’un homme et à la cupidité éhontée d’une bande de pilleurs de la nation. Le reste du contenu n’est qu’un habillage malsain de panafricanisme étatique, de la cause des femmes, des jeunes et des personnes infirmes. Aucune constitution issue de ce contexte n’aura la légitimité et l’adhésion populaires nécessaires qui garantissent son applicabilité et sa viabilité. Autrement dit, elle ne survivra pas à son initiateur au cas où elle serait adoptée et promulguée.
« Les actions ne valent que par l’intention qui les précède »
3. Le coût élevé de sa mise en œuvre : depuis le déclenchement des sirènes révisionnistes, la nation a déjà payé et continue à payer le prix fort en termes de perte en vie humaine (une dizaine de mort) sans compter les coûts financiers liés au fonctionnement des mouvements de soutien fantoches, aux différentes tournées dans les grandes villes pour soudoyer la faiblesse d’esprit des personnes sans conviction ni vision et à l’organisation proprement dite d’un éventuel referendum constitutionnel. A ceux-ci, il faut ajouter les coûts implicites en termes d’opportunité de croissance, d’investissement, d’emploi, etc.
Pour fermer cette parenthèse , j’aimerais bien rappeler aux initiateurs de ce projet que les questions qui préoccupent aujourd’hui les guinéens n’ont absolument rien à voir avec une nouvelle constitution aussi parfaite soit-elle ; la majorité d’entre eux n’ont d’ailleurs aucune idée de sa portée. A présent, ce qui assaille le citoyen lambda , c’est le manque criard d’infrastructures sanitaires adéquates, la lourdeur du panier de la ménagère, l’insanité de la gouvernance et du système éducatif, le manque d’ infrastructures routières adaptées, les coupures intempestives de courant malgré l’investissement d’une somme astronomique de 3 milliards de dollars, le manque d’eau potable dans les grandes villes malgré que la guinée est le « château d’eau de l’Afrique occidentale », le chômage chronique des jeunes, le bradage et l’accaparement de nos ressources minières, notamment dans la région de Boké, l’insuffisance alimentaire, etc . Ces questions sont-elles réglées pour prioriser la mise en place d’un ensemble de textes juridiques dont le citoyen n’a aucune connaissance ?
Les implications du projet de changement constitutionnel en termes de risques
J’aborde cette deuxième partie avec beaucoup d’amertume dans la mesure où, pour tout esprit éclairé, il apparait avec une parfaite visibilité que depuis l’indépendance de la Guinée, jamais notre nation n’a été aussi menacée dans sa structure sociale et proche d’une instabilité politique profonde et durable dans un contexte mondial de bouleversement géopolitique et stratégique (la montée en puissance des pays émergents et le déclin relatif de l’occident) avec son cortège de déstabilisation par acteurs interposés. Dans cette partie, il m’a semblé pertinent de développer 2 risques majeurs à savoir :
1. Risque d’instabilité politique profonde et d’implosion sociale.
Ce risque est d’autant plus réel que chaque camp vis-à-vis de ce projet pense être investi de la légitimité populaire pour défendre avec légalité ce qui est considéré par l’un comme un acquis démocratique à sauvegarder à tout prix et pour l’autre comme obstacle juridique à déverrouiller quelles que soient les conséquences.
Dans l’affrontement politique qui semble de plus en plus inévitable, des personnes sans vergogne ni de moralité tentent le tout pour le tout y compris l’ethno-stratégie qui consiste à monter les ethnies les unes contre les autres sans se préoccuper des conséquences gravissimes qui pourraient en résulter. Aujourd’hui, il est d’une évidence éclatante que la fragilisation du tissu social se creuse de plus en plus et a atteint un niveau inquiétant. Dans un tel contexte, il suffit d’une petite étincelle pour que l’embrasement soit incontrôlable, qu’Allah nous en préserve !
Les conséquences directes de cette instabilité sont entre autres : l’implosion sociale, la récession voire la dépression économique, le chômage de masse, la famine, les épidémies, la perturbation des cursus scolaires, perte d’opportunités, etc.
2. Risque de récupération géopolitique
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale suivie par celle de la guerre froide entre le bloc de l’ouest et celui de l’est en 1989, la décennie en cours est sans doute la période la plus instable en termes de terrorismes et de troubles politiques qui menacent l’intégrité de beaucoup d’Etats.
De nos jours, les risques de guerres interétatiques sont très faibles. En revanche, il y’a une montée en puissance de la guerre hybride ou par procuration sous-traitée à des acteurs non étatiques tels que des sociétés militaires privées et terroristes. Dans ce contexte, chaque acteur géopolitique cherche à déplacer ces pions sur l’échiquier en fonction avant tout de ses intérêts économiques pour avoir une mainmise sur un certains nombres de ressources dites « stratégiques ». Pour arriver à cette fin, tous les moyens sont bons ; ce qui fait que de nos jours, de simples revendications sociales peuvent rapidement échapper au contrôle de leurs initiateurs pour devenir une instabilité dans la durée. À titre d’exemple, on peut citer les cas de la république démocratique du congo, la Syrie, du Nigeria, du Cameroun, de la Lybie, du Mali, du Tchad, du Niger, de Burkina ; etc. . Pour ces pays , on peut logiquement admettre que c’est parti pour des décennies d’instabilité et une perte implicite de souveraineté.
Dans ce contexte, tout dirigeant éclairé, patriote et visionnaire devrait s’obliger d’éviter de poser tout acte susceptible de créer un prétexte pouvant être récupéré et utilisé contre la paix et l’intégrité nationale avec pour finalité une mainmise durable sur nos ressources et une mise sous-tutelle du pays .
Pour finir, je me dois de rappeler au peuple de guinée que le débat de changement constitutionnel soulevé devra s’analyser indépendamment des égos et des ambitions d’une personne ou d’une ethnie. Le positionnement par rapport à l’ethnie dans la politique n’est qu’une ineptie de l’esprit. Pour le comprendre, il suffit d’analyser l’histoire des 50 dernières années de la guinée : Dieu a voulu que le père de l’indépendance de la guinée soit un malinké, il fut suivi par un soussou ; ces deux ethnies sont-elles les plus aisées ou plus riches de la guinée ? Il s’agit plutôt d’une question d’intérêt national et de sauvegarde des acquis démocratiques.
En terme de positionnement et combat politiques, chaque guinéen ne devrait avoir pour levier qu’une seule chose, l’intérêt national, au mépris de la famille, de l’ethnie, de la région ou de quelques considérations que ce soient.
J’interpelle les acteurs politiques, FNDC, partis politiques, sociétés civiles et mouvances, chacun sur ses responsabilités immédiates et futures. Notre pays a survécu à beaucoup d’épreuves, elle survivra à celle qui se pointe à l’horizon. Après tout, histoire retiendra le rôle de chacun et le peuple jugera chaque acteur en fonction de ce qu’il aura posé positivement ou négativement comme acte en ce moment critique.
J’apporte mon soutien indéfectible à toute structure, homme politique ou citoyen engagée dans le combat pour la consolidation des acquis démocratiques tels que la constitution de 2010 malgré les insuffisances qu’on lui reproche. Permettre à quelqu’un de braver l’intégrité de ladite constitution est synonyme d’ouvrir à jamais la voie à une volatilité constitutionnelle.
Vive la guinée démocratique
M. KABA OUSMANE
Titulaire d’un Master 2 en banque et finance
Analyste financier à la BNP LEASE GROUP

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *