| INTERVIEW DE MONSIEUR DAOUDA KONE SIXEAU DU HAFIA FC INTERVIEW DE MONSIEUR DAOUDA KONE SIXEAU DU HAFIA FC | |
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Article publié par Ibrahima Sory Makanera le 14 juillet 2012 à 11h4
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INTERVIEW DE MONSIEUR DAOUDA KONE SIXEAU Monsieur KONE Daouda Sixeau Ancien footballeur du Hafia et du Syli
national Ancien footballeur international
guinéen en France Titulaire d'un Doctorat en Anthropologie
à l'Université Paris VIII Saint Denis. 1.
Monsieur KONE, en tant qu'ancien sportif de
haut niveau, vous avez un parcours impressionnant ! Pouvez- vous nous en
parler davantage ? J'ai
été remarqué lors d'un match interscolaire qui
opposait mon collège Ratoma au collège Coléah en présence de certains
joueurs de l'équipe nationale. Après ce match, j'ai été recruté pour faire partir de l'équipe nationale Espoir de
la Guinée. Nous étions 22 footballeurs retenus, qui serons formés en Hongrie et
en Bulgarie .Il y avait dans ce groupe de jeunes footballeurs tels que :
Papa Camara, Petit Bangaly, Bernard Sylla, Eusebio Sylla, Sidi Yaya Touré,
Altafini, Bangaly Condé, Keita Mamadou Aliou Joléa, Karim Dias, Mané Garincha,
etc. En 1972 nous avions intégré l'équipe de Conakry 2 qui changera de nom pour
devenir le Hafia football club .Dans la même année nous intégrons le Syli national
pour former deux groupes, les anciens et les jeunes espoirs, et petit à petit
on remplaçait les anciens. Je suis resté
dans l'équipe nationale jusqu'en 1974 date à laquelle j'ai immigré en Côte
d'Ivoire et j'ai intégré le Sporting club de Gagnoa. Arrivé en France en 1978,
j'ai été recruté par le Club FC SETE puis l'Olympique de Noisy-le-Sec, ensuite
par Pierrefitte A S. Photo prise en Hongrie : de
droite à gauche : Souleymane Soumah Kaïdo, Koné D. Sixeau, Séfoldi Joseph
entraineur Hongrois, Sékou Traoré Colmar, Ibrahima Kounta. Après
ma carrière de footballeur, je me suis inscris à l'Université de Paris VIII en
licence pour suivre les cours de sociologie et quelques années plus tard je présentais
une thèse de doctorat en Anthropologie. Co-fondateur
du cabinet E.M.F.M, je travaille actuellement comme consultant en Ethnopsychanalyse
et Médiations. Ce travail consiste à trouver des solutions concrètes aux
difficultés rencontrées par les familles migrantes fragilisées par l'exil, les
différences culturelles, les ruptures linguistiques et socio-économiques pour
favoriser leur intégration sociale. Parallèlement
à cette activité, je milite en tant que membre fondateur au sein de l'Association
ASPROGUE (Association pour le Soutien et la Promotion du Sport Guinéen à
l'Etranger). Créée en 2007, l'ASPROGUE essaie de valoriser les jeunes
footballeurs guinéens auprès des clubs européens pour leur permettre
éventuellement de décrocher un contrat. C'est dans cette logique que nous avons
organisé le 28 Avril 2012 à Paris une journée de détection des jeunes talents
en présence de plusieurs professionnels de football venus des différents clubs
européens. On notait également la présence des medias africains et européens.
Dans le prolongement de nos activités,
nous apportons un soutien technique
à la formation des cadres sportifs guinéens (entraineurs et arbitres) et
des infrastructures sportives. 2.
Monsieur KONE en votre qualité de spécialiste,
quel regard portez vous sur le football guinéen d'aujourd'hui ? Il
est important de rappeler que l'histoire du football guinéen a connue deux
grandes phases d'évolution depuis l'accession de notre pays à l'indépendance. La première phase de 1958 à 1984 que
je qualifierais de « patriotisme footballistique », était étroitement liée au système
politique qui caractérisait la Guinée de l'époque: le communisme révolutionnaire. Cette période marquée par un
nationalisme avivé se manifestait à tous les niveaux de la vie sociale,
économique, politique, culturelle et sportive. Dès lors la défense de la patrie
devient prioritaire pour tous les citoyens et cela est d'autant plus vrai que
le sport (avec la culture) était considéré comme le moyen le mieux adapté à
travers lequel on peut aisément véhiculer l'image du pays à l'étranger. Ainsi
donc, jouer dans l'équipe nationale ou dans un club de la place était perçu
comme une fierté et gagner des matchs contre des équipes étrangères était un
acte patriotique hautement apprécié. C'est pourquoi toutes les périodes
glorieuses du sport guinéen sont situées dans l'intervalle de 1960 à 1980. Par
ailleurs, le sport était aussi un instrument de propagande idéologique au
service du parti Etat. Le phénomène sport et vie politique se trouvèrent liés
de manière plus ou moins directe. Dans cette période économiquement difficile,
on préférât mobiliser le peuple de Guinée vers les stades où il déchainera sa
passion afin d'oublier les dures réalités de la vie quotidienne qui rythmaient
son existence. Le football jouait donc un double rôle : d'une part,
promouvoir le pays à l'étranger, et d'autre part, être un tranquillisant pour
endormir le peuple. Mais
derrière cette image, il y avait une politique, une organisation qui permettait
de rendre le sport vivant et attractif sur l'ensemble du territoire. Les
compétitions sportives dans les établissements d'enseignement primaire,
secondaire, universitaire et dans les quartiers, communes, sous-préfectures,
préfectures et régions qui facilitaient la détection des meilleurs éléments
susceptibles d'intégrer les clubs et ensuite l'équipe nationale, étaient la
manifestation d'une politique réfléchie et savamment mise en place. La deuxième phase de 1985 jusqu'à nos jours. Cette
phase est marquée par l'adoption par la Guinée du libéralisme économique. Il
s'agit d'un changement radical du système de gouvernance politique, économique
et social du pays. Cette brusque et profonde mutation de la société à laquelle
personne n'y était préparée, a conduit à revoir notre mode de vie, de pensée et
de comportement non seulement au niveau des citoyens, mais également au niveau des
acteurs de la vie politique, économique, sociale, culturelle et sportive. L'argent
qui auparavant n'était considéré comme une source de motivation première pour les sportifs le
devient désormais. Ainsi le football apparaît aux yeux de tout le monde, comme une
activité économiquement rentable qui obéit à des règles d'une économie libérale.
Il fallait adapter le football guinéen à
cette nouvelle réalité tant dans son organisation que dans son mode de gestion. Mais
malheureusement jusqu'aujourd'hui nous n'avons pas pu mettre en place une
politique sportive efficace permettant à nos équipes de compter parmi les
meilleures de l'Afrique. 3.
En se référant à la dernière CAN de 2012 au
Gabon au cours de laquelle le syli national a, semble t-il, fait une bonne
prestation ; peut on affirmer
aujourd'hui que l'équipe nationale a retrouvé ses marques ? Non,
je ne le pense pas. Tout de même au vu de leur prestation nous pouvons affirmer
que l'espoir est permis, et cela est
d'autant plus perceptible que nos joueurs sont jeunes pétris de talent et plein
d'avenir. Mais cela à condition que nos dirigeants prennent les choses en mains
pour accompagner le football guinéen. Permettez-moi
de faire trois petites remarques : La
première, malgré la détermination des jeunes le syli national n'a pas franchi
le premier tour de la phase finale de la CAN 2012. La deuxième,
la plus part des footballeurs guinéens jouent aujourd'hui dans des petits clubs à l'étranger
contrairement à la Cote d'Ivoire, le Sénégal ou le Mali. Il convient de noter
qu'au moment de la Coupe d'Afrique certains joueurs sélectionnés n'avaient pas de club et parmi ceux qui jouent
les 2/3 ne sont pas titulaires dans leur club. La
troisième, jusqu'à l'élimination de la Guinée nous n'avons vu sur le terrain
aucun joueur évoluant dans le championnat national. Ce qui prouve à suffisance la
faiblesse du niveau du championnat guinéen et peut être même un manque de
confiance de l'entraineur aux joueurs
locaux. Je
dois signaler que pour avoir une grande équipe il faut un minimum
d'organisation, des infrastructures de base et une vision à long terme. Tous
ceux-ci manquent aujourd'hui au sport guinéen en particulier le football. 4.
Comment voyez-vous alors l'avenir du football guinéen ? C'est
en 1986 que les clubs de football ont été privatisés en Guinée par la deuxième
République. Opérée dans la précipitation sans qu'il soit défini au préalable un
mécanisme d'accompagnement clair et cohérent et de structures adaptées, cette
privatisation hasardeuse explique la déstructuration du football guinéen. Un
autre facteur vient se greffer au premier, c'est l'inertie des pouvoirs
publics. Car, depuis plus de 20 ans aucune solution appropriée et crédible n'a été
apportée aux nombreux problèmes rencontrés par le football guinéen. Pourtant les
solutions existent et connues par tous. Face
à de telle situation ma première réaction consiste à prôner une refonte totale
du système tout en gardant à l'esprit
deux remarques importantes : 1.
Il faut
admettre aujourd'hui que le sport plus particulièrement le football est une
industrie qui a des potentialités économiques considérables pour le pays et
pour les praticiens. 2.
Le sport est un facteur d'unité et de cohésion
sociale et à ce titre, il renforce le sentiment d'appartenance à la nation. Le
sport est devenu en moins de cinquante ans l'une des pratiques sociales les
plus répandues et fait partir du quotidien d'une large majorité des citoyens.
Les activités sportives impactent l'organisation de notre société dans ses
aspects économiques, éducatifs et culturelle. C'est en cela que le sport doit
être placé au cœur des politiques de développement de notre pays. Une
réflexion profonde s'impose donc pour d'une part, déterminer la place du sport
en général et du football en particulier dans notre pays, et d'autre part,
définir les nouvelles orientations et des
objectifs clairs et réalistes. Il est fondamental que l'on sache ou on va et pour quel but. Au
centre de cette réflexion le sport de haut niveau doit être privilégié comme
modèle de référence. Deux
types de réformes d'envergure peuvent être menés: -
La reforme des organes qui gèrent le football : La Fédération
Guinéenne de Football(FGF), est l'instance principale qui organise et gère le football sur l'ensemble du territoire
national. Pour qu'elle remplisse correctement sa fonction, doit d'abord être
indépendante vis-à-vis du ministère des sports contrairement à ce qui se passe
aujourd'hui. Ensuite, elle doit améliorer son organisation interne en créant
des structures spécialisées pour gérer certains aspects du football (le
football professionnel, le football amateur, l'équipe nationale, la formation des
éducateurs sportifs, des entraineurs, des arbitres
). Egalement, elle doit mieux
structurer le championnat pour lui rendre attractif pour le
public à fin de devenir rentable financièrement. La Fédération doit chercher d'autres
sources de financement local en établissant des partenariats solides avec des
entreprises de la place (publiques et privées) nécessaire pour mener à bien le
développement du football. En
fin, la FGF doit redéfinir le rôle des entraineurs étrangers qu'elle embauche
comme sélectionneur de l'équipe national.
Souvent payés à prix d'or, ces entraineurs observent le football guinéen à
distance sans être des véritables acteurs. Il faut désormais qu'ils
s'impliquent d'avantage en transmettant leur savoir à la nouvelle génération
pour qu'à l'avenir on ait plus besoin d'aller chercher des sélectionneurs à
l'étranger. De la
même manière, les Clubs de football doivent être réglementés et organisés pour
permettre à notre pays de connaître un championnat de qualité. -
La création des infrastructures sportives:
Les
stades, les centres de formation des jeunes, centre de formation des encadreurs
sportifs (éducateurs, entraineurs, arbitres) sont indispensables pour le
développement et la promotion des sports. Créer une académie de football
(sport) dans les quatre régions naturelles de la Guinée me parait d'une
importance capitale. Cette académie permettra aux jeunes quelle que soit leur
origine ethnique et sociale d'accéder à une éducation de qualité ainsi qu'à une
formation footballistique de haut niveau. Depuis
sa création en 1960, la Fédération guinéenne de football n'a pas pu se doter d'un
siège, il est temps que les dirigeants actuels se penchent sur le sujet. Il
faut également construire un centre médical pour que le sport soit digne de ce nom et veiller à la
santé de nos sportifs, etc. En
définitive, il faut retenir que le sport national souffre d'un déficit
chronique d'organisation et de rendement et ce, dans toutes les disciplines. Il
convient désormais de les corriger en
créant les conditions de l'émergence d'un sport de haut niveau et à fort
potentialité éducative. Interview réalisé par Mr CAMARA Amara |
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