Guinée: l'opposition doit exiger l'implication des Nations Unies pour la
finalisation de la transition 2010 en organisant les élections
législatives ?
Après les crimes contre l'humanité du
28 septembre 2009, le monde entier est venu au chevet de la Guinée pour éviter
un nouveau foyer de guerre civile en Afrique de l'Ouest. Et pour cause ! Pendant
les 26 ans du régime dictatorial communiste de Sékou Touré, la Guinée était devenue
un pays d'émigration qui a contribué au peuplement des pays voisins. Plusieurs
de ces pays ont connu la guerre civile faisant de la Guinée le plus grand pays
d'accueil de refugiés de la sous-région. Ces pays se relèvent petit à petit
avec l'aide de la communauté internationale.
Une guerre civile en Guinée pourrait
donc déstabiliser toute la sous-région ouest-africaine, réduisant au néant, les
efforts de la communauté internationale pour stabiliser les pays voisins
Léonais, Libérien, Bissau-guinéen et Ivoirien.
En 2010, pendant les campagnes
présidentielles, Alpha Condé et son alliance, paniqués
devant le score du candidat du parti UFDG au premier tour, portèrent la campagne
sous l'angle ethnico-régional en accusant la communauté peule de tous les maux
de la terre. Comme si cela ne suffisait pas, ils organisèrent des agressions
anti-peules dans le but de faire fuir les électeurs peuls de la Haute Guinée et
de la Forêt.
Contrairement au candidat Alpha Condé
et à la Coordination mandingue, Cellou Dalein Diallo et la Coordination Haali
Pular minimisèrent les faits et appelèrent au calme et à la raison. Ce qui
coûtera au leader Cellou Dalein Diallo (43,65% au premier tour et allié au
parti UFR arrivé en troisième position) sa victoire au second tour de la
présidentielle. Cellou cédera le pouvoir sans condition devant Alpha Condé
(18,25% au premier tour). Cette sagesse ne payera pas parce qu'une fois Alpha
Condé installé à la présidence, il n'y aura aucune justice pour les victimes et
le nouveau chef de l'Etat se lancera dans des agressions verbales et dans une
politique de punition globale des Peuls et des militants et cadres de
l'opposition. Il viole sans cesse la Constitution et refuse d'organiser des
élections législatives dans des conditions de transparence et en conformité
avec la loi. En même temps, il accélère et renforce la formation de sa milice
tribale composée de donsos malinkés. Plus de 3000 de
ces donsos sont déjà opérationnels sur le terrain en Guinée.
Pour comprendre la gravité de la
situation en Guinée, lire les articles aux liens 1, 2, 3, 4 et 5
Une partie de
la communauté guinéenne, les Peuls en particulier, ont acquis la conviction
qu'ils sont une cible de violences, de spoliation et d'intimidation orchestrées
par le pouvoir. Les faits sur le terrain ont tendance à créditer et renforcer
cette conviction. Par exemple, tout le monde sait que Bembato et certains
quartiers dits peuls sont assiégés depuis l'arrivée d'Alpha Condé au pouvoir. Mais
des commerçants et taximen de ces quartiers sont fréquemment braqués en pleine
matinée par des hommes armés qui tirent en l'air avant de les dépouiller de
tous leurs argents, sans que les forces de l'ordre stationnées dans le secteur
ne réagissent. La dernière attaque du genre s'est produite ce matin, vendredi
27 juillet 2012, à 9 h en face de la gare routière de Bambeto.
Les Pickups de gendarmes et le camion de police stationnés sur les lieux sont
restés sans réaction devant la scène. Il n'est donc plus certain que ceux qui
ont été victimes dans le passé observent la même sagesse prochainement car ils
savent qu'ils ne doivent plus compter sur les forces de sécurité guinéennes
placées sous le contrôle d'un pouvoir tribal.
D'ailleurs,
la communauté internationale connait la situation grave de la Guinée. C'est
parce que l'opposition minimise la gravité des faits et refuse d'en faire un
drame que cette communauté internationale ne bouge pas. Tenez ! Le mercredi,
07 Septembre 2011, il s'est tenu la rencontre d'évaluation des travaux de
reforme du secteur de la sécurité en Guinée. A cette occasion, Alpha Condé
avait fait inviter tous les bailleurs de fonds et représentants des compagnies
étrangères en Guinée pour leur présenter les travaux en espérant qu'ils
débloqueront des fonds de soutien à son régime. De source européenne, les
choses ont mal tourné quand les diplomates et le chef de la délégation de
l'union européenne en Guinée, Monsieur Philipe Van Damme, se sont intéressés
aux questions des droits de l'homme, à l'impunité, à la discrimination et aux
crimes à caractère ethniques dont de plus en plus de sources différentes font
cas en Guinée. A propos, l'Union européenne avait adressé un courrier avec une
vingtaine de questions aux autorités guinéennes. Alors le chef de l'Etat Alpha
Condé se mit en colère et s'attaqua aux diplomates dans une vulgarité indigne
d'un homme d'Etat.
A l'adresse
du chef de la délégation de l'union européenne, Alpha Condé dit qu'il n'est pas
pressé et que le génocide qu'ils (les Européens) subodorent (qu'ils redoutent) dans
ce courrier risque d'avoir lieu en Guinée et sera pire que celui du Ruanda. Il
s'attaque viscéralement au diplomate en disant que ce dernier se prend pour un
Ambassadeur de toute l'Europe et en lui apprenant que la Guinée est un pays
souverain et qu'il interdit désormais au gouvernement Said
Foufana de recevoir un tel courrier de qui que ce
soit dans l'avenir.
Alpha menace
dans son français élémentaire et approximatif:
« N'importe quel autre ambassadeur ou
organisation internationale qui m'adresserait ce genre de courrier, il prendra
l'avion le lendemain !».
Derrière
Alpha, un groupe de proches qui l'encourage par des applaudissements et se réjouissent :
« C'est bien, lui aussi il sait
parler aux blancs ! », dira un d'entre eux.
Monsieur
Philipe Van Damme était vexé par les propos irrespectueux d'Alpha Condé. Il
était rouge de colère et ne put se retenir. Il se leva pour répondre à Alpha
Condé mais il ne put s'exprimer tellement qu'il suffoquait d'indignation.
A l'adresse de
l'ambassadeur de l'Allemagne, Karl Prinz, l'homme qui a beaucoup fait pour
l'avènement de la démocratie et l'organisation de la présidentielle 2010 en
Guinée (Il a par exemple aidé à faire acheminer le matériel électoral à
l'intérieur du pays), Alpha Condé dira sur un ton méprisant qu'il a
demandé au Ministre des affaires étrangères de l'Allemagne de le faire quitter
la Guinée parce qu'il se comporte comme un ressortissant de Dalaba et le
défenseur d'une communauté. Il est à préciser que M. Prinz qui a aimé notre
pays a adopté un enfant guinéen qui se trouve être peul par la force du hasard.
A l'adresse
de l'ambassadrice du Sénégal, Mme Batoura Kane, Alpha Condé déclare qu'il sait
que cette dernière soutient ses parents peuls et qu'il a également demandé au
Président sénégalais de la faire quitter la Guinée.
Quand Alpha
interpella l'ambassadeur de la France dans la même lancée, ce dernier ne s'est
pas laissé faire et répliqua que la France est un membre influent de l'Union
européenne et qu'à ce titre elle est solidaire des décisions de cette
institution et que le reste des questions sera abordé de façon bilatérale en d'autre
circonstance plus sereine, selon ses propres termes.
Alpha Condé
quittera la salle en colère pour disparaitre derrière les couloirs. Un instant,
il revient en vitesse en prenant Facinet Touré et Sory Doumbouya en aparté et
se mit à vociférer:
« J'ai appelé le petit Cellou. Vous savez ce
que le petit peul m'a répondu ? Qu'il faut qu'il se concerte d'abord avec
la Coordination Haalipular. C'est
dommage que la presse soit partie sinon j'allais le dénoncer devant le monde
entier ! »
Facinet Touré et Sory Doumbouya sont restés silencieux. Du coup, Alpha se
retourne et voit que toute la salle l'entendait. Alors il se retira précipitamment.
Le même soir, le Bureau de Presse de la Présidence prend les devants et passe
un communiqué officiel:
« Dans le cadre du dialogue et pour faciliter
les travaux de la Commission provisoire chargée de la réconciliation nationale,
Monsieur le Président de la République, le Professeur Alpha Condé, a dépêché ce
jour mercredi 7 septembre 2011, des émissaires chez Elhadj Mamadou Cellou
Dalein Diallo, Président de l'Union des Forges Démocratiques de Guinée (UFDG),
en vue d'une rencontre autour des problèmes cruciaux de la Nation le jeudi 8
septembre
Elhadj Cellou
Dalein Diallo a décliné l'invitation du Chef de l'Etat, préférant s'en remettre
à la décision finale de la Coordination du Foutah et de son parti. » (Lire).
L'UFDG avait
démenti en précisant que face à l'exigence du président d'avoir une réponse
immédiate, Cellou a simplement dit qu'il ne peut répondre avant de se concerter
avec le bureau politique de son parti.
Comme chacun
peut le comprendre, la situation guinéenne est si grave qu'Alpha Condé
s'attaque et renvoie même des diplomates étrangers de la Guinée parce qu'ils
sont peuls ou supposés sensibles aux injustices que le pouvoir fait subir aux
Peuls !
Malheureusement
l'opposition guinéenne n'a même pas daigné informer le peuple de ces faits. Il
a fallu qu'un Européen nous donne ces informations déroulées devant des
représentants de toutes les institutions républicaines en Guinée !
C'est donc en
connaissance de cause que la communauté internationale a élu la Guinée dans le
programme du Fonds de l'ONU de consolidation de la paix. En effet ce fonds a
été créé et est destiné normalement aux pays sortant de conflits pour appuyer
les activités qui contribuent directement à leur stabilisation et pour empêcher
une reprise des affrontements (Lire).
La Guinée a déjà reçu 12 millions et
demi de dollars américains de ce Fonds de l'ONU (Lire). Donc il
n'y a plus aucune raison que l'ONU ne soit pas impliquée dans le processus
électoral de la Guinée comme dans les autres pays bénéficiant de ce fonds pour
la certification des résultats des élections et l'assurance de la sécurité des
leaders politiques et de la population.
Donc l'opposition doit demander l'implication de l'Onu dans
l'organisation des élections législatives.
Aux problèmes
d'insécurité que connait le pays, il faut ajouter la volonté prouvée d'Alpha
Condé, comme pour le second tour de la présidentielle 2010, de n'organiser des
législatives que s'il est certain de les gagner par tous les moyens (Lire 1 & 2). Il n'a pas
hésité de dire publiquement lors de sa dernière visite en France qu'à part
Cellou Dalein Diallo (le Peul), aucun de ses autres opposants n'aura un député
au futur parlement guinéen. Une autre raison suffisante pour qu'on fasse
appelle aux Nations Unies pour sécuriser le pays et finaliser la transition en
Guinée.
GUINEEPRESSE.INFO