| Mr Ben Sékou Sylla, nous sommes tous des sans papiers Mr Ben Sékou Sylla, nous sommes tous des sans papiers | |
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(Sanaba Coné Camara)
Article publié par Ibrahima Sory Makanera le 6 mars 2010 à 11h13
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Mr Ben Sékou
Sylla, nous sommes tous des sans papiers Le premier sentiment que j'ai éprouvé en entendant les
propos odieux tenus par Mr Ben Sékou Sylla sur les Guinéens à l'extérieur (et
non de l'extérieur) a été un sentiment de révolte et de profonde indignation. Mr Ben Sékou Sylla est, à l'heure actuelle, président de
la CENI, la Commission électorale nationale indépendante. L'ostracisme qu'il a
manifesté ainsi à l'égard d'une fraction importante de la population guinéenne
le disqualifie pour l'exercice d'une telle fonction. Qu'il revienne sur ses
propos, après avoir été désavoué par les principaux responsables guinéens, dont
le général Sékouba Konaté en personne, président de
la Transition, ne change rien. L'eau versée ne se ramasse pas. Ma réaction aux propos misérables de Mr Ben Sékou Sylla
peut paraître quelque peu tardive. Si elle n'a pas été spontanée, c'est parce
que j'ai pris le temps de la réflexion. Plusieurs semaines après ses
déclarations, j'ai encore du mal à croire qu'un responsable politique ou de la
société civile ait pu tenir un tel langage. Mr Ben Sékou Sylla a estimé que puisqu'il y a parmi les
Guinéens à l'extérieur des sans papiers et des repris de justice, ils ne
devraient pas prendre part au processus électoral en Guinée. Quelle aberrante
extrapolation ! Pendant longtemps, les Guinéens à l'extérieur ont été
tenus pour des « anti-guinéens » pour la seule raison qu'ils menaient
un combat farouche contre la dictature. Que Mr Ben Sékou Sylla en rajoute fait
déborder le vase. Les Guinéens à l'extérieur sont des patriotes qui n'ont
jamais renoncé à une parcelle de leur nationalité guinéenne, même quand ils
sont porteurs de passeports étrangers pour leur faciliter les formalités
administratives et l'insertion dans leurs pays d'accueil. Ils sont fiers d'être des Guinéens et ils le restent dans
tous les gestes de la vie quotidienne. Ils le prouvent tous les jours. Témoin,
les transferts d'argent qu'ils font au profit de leurs familles restées au
pays. Il est certain que ces montants dépassent de loin les maigres subsides de
l'Aide Publique au Développement (APD) dont s'enorgueillissent les bailleurs de
fonds occidentaux. Rappelons que pendant des années la Guinée n'a pratiquement
rien reçu de la communauté internationale en raison de la politique
discriminatoire et injuste de ces bailleurs de fonds sous la férule du Fonds
monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, sous le prétexte
irraisonnable que la Guinée ne remplissait pas les « conditionnalités »
arbitrairement fixées par ces institutions. J'en appelle aux anciens ministres
des Finances qui peuvent en témoigner. Je les invite à révéler les chiffres de
l'aide extérieure reçue par la Guinée durant, par exemple, les années 1990 et
les années 2000. Qu'on m'excuse d'insister sur l'aide et le soutien
apportés par les Guinéens à l'extérieur à leurs frères et sœurs Guinéens à
l'intérieur du pays. Nous, Guinéens à l'extérieur n'en tirons aucune gloriole
ni aucune autosatisfaction car c'est un devoir sacré que nous accomplissons
ainsi. Selon des estimations très crédibles, nous représentons jusqu'à un tiers
de la population guinéenne totale, soit 3 à 4 millions de personnes. La majeure
partie de la catégorie adulte de celles-ci fait au moins un geste une fois par
mois au bénéfice de parents à l'intérieur du pays. Ce qui représente des
dizaines de millions d'Euros par an. Les Guinéens à l'extérieur se substituent ainsi dans une
large mesure à la Sécurité sociale dans un pays où cette dernière ne profite
qu'à une infime minorité de la population, à savoir les fonctionnaires (environ
100 000 personnes) et les retraités de la fonction publique qui
constituent un nombre encore beaucoup plus restreint. Les Guinéens à
l'extérieur comptent bel et bien parmi les principaux bailleurs de fonds du
pays. En disant cela, je ne fais que mettre au jour, que dis-je au grand jour,
un fait acquis bien caché. C'est une vérité qu'il faut révéler. Mr Ben Sékou Sylla, nous nous déclarons tous des
« sans papiers », par solidarité avec nos compatriotes que vous
pointez du doigt sans vergogne et avec un mépris insupportable. Vous nous avez traités de « sans papiers ».
Bravo et merci ! Seulement, nous, nous gagnons honnêtement notre vie.
Pouvez-vous en dire autant ? Toutes les villas que vous possédez, d'où
viennent-elles ? Et surtout, il faut tourner sa langue plusieurs fois dans
la bouche avant de parler car votre propre fille et la mère de celle-ci sont
réfugiées en France dans les conditions que vous savez. Vous avez déclaré que nous ne pouvons pas voter aux
prochaines élections. Ne savez-vous pas qu'un Guinéen ne perd jamais la
nationalité guinéenne, même lorsqu'il en prend une autre ! Vous bafouez un
droit fondamental des Guinéens qui est inscrit dans la Constitution, un droit
inaliénable et imprescriptible. Il devient évident que vous ne méritez pas de
diriger la CENI et, moi personnellement, je demande votre destitution. Ce
faisant, je me fais la porte-parole de la majorité des Guinéens à l'extérieur
dont vous voyez d'ailleurs les réactions indignées sur le Net. Dans la foulée, je demande que le « Ministère des
Guinéens de l'Extérieur » soit rebaptisé « Ministère des Guinéens à
l'Extérieur » pour bien marquer le fait qu'ils ne sont pas exclus de la
communauté nationale. Il faut qu'on en finisse avec cette politique qui refuse
de voir en face la réalité guinéenne, à savoir que l'histoire de notre pays a
fait qu'il y a des Guinéens à l'intérieur et des Guinéens à l'extérieur. Nous
allons combler ce fossé qui a été creusé artificiellement et entretenu pour des
raisons politiciennes par des politiciens irresponsables. Lorsque j'ai écrit au mois d'août dernier un article
intitulé « Guinéens de l'intérieur et Guinéens de l'extérieur, même
combat », un de nos compatriotes, Ibrahima Kourouma,
dans l'un de ses commentaires, s'est fait le porte-parole de certaines
personnes qui estiment qu'il s'agit là d'un faux problème. C'est bien
l'attitude de ceux qui se voilent la face pour ne pas regarder la réalité dans
les yeux. Pauvre de nous, qui refusons obstinément de poser les vrais problèmes
afin de les prendre à bras le corps. Combien de Guinéens à l'extérieur ont tenté le retour au
pays natal et se sont heurtés à l'ostracisme farouche de certains Guinéens à
l'intérieur tels que Mr Ben Sékou Sylla ! Pour 10 candidats au retour, il
n'y a pas plus de 1 à 2 au grand maximum qui réussissent à se
« dédouaner », pour employer cet horrible terme qui est souvent usité
en Guinée, et à se réintégrer, en raison de cette tendance incarnée par Mr Ben
Sékou Sylla et qui est, malheureusement, profondément enracinée dans notre
pays. Une tendance qu'il faut combattre farouchement et extirper totalement de
la mentalité guinéenne. Mr Ben Sékou Sylla n'est pas le seul à nous dénier la
qualité de Guinéens à part entière. Le nouveau Premier ministre lui-même, Mr
Jean-Marie Doré, a déclaré devant témoins que « les Guinéens de
l'extérieur ne connaissent pas les réalités guinéennes » et qu'ils ne
peuvent pas « pour le moment » participer à la Transition en Guinée.
On fera appel à eux plus tard, peut-être
Quand on pense que cet homme a été
résident à l'étranger pendant des décennies, bien plus longtemps que ceux
auxquels il dénie le droit de participer à la Transition, faut-il désespérer de
certains responsables guinéens ? Oh que non ! Je ne suis pas de
celles ou de ceux qui se résignent. Si des compatriotes comme Ibrahima Kourouma
veulent dire qu'il n'y a pas de différence entre les Guinéens à l'extérieur et
les Guinéens à l'intérieur, alors nous disons la même chose, sauf qu'il a tort
d'affirmer que de parler de ces deux catégories est un faux problème. Car le
problème est bien réel et il est vain de chercher à l'éluder. J'appuie bien fort la proposition de quelques-uns de nos
compatriotes qui soutiennent qu'il faut mettre sur pied un Haut Conseil des
Guinéens à l'Extérieur qui devrait constituer un puissant lobby pour peser sur
les destinées de notre pays. De tels Conseils devraient se mettre en place dans
chacun des pays du monde où résident des Guinéens. Ces Conseils, qui peuvent
s'appeler autrement, se regrouperaient par continent, en Afrique, en Europe, En
Amérique et en Asie. Au sommet de la pyramide, il y aurait le Conseil Mondial
des Guinéens à l'Extérieur, qui tiendrait une Assemblée annuelle en Guinée et
qui désignerait des représentants à l'Assemblée nationale. Je propose que nous fassions une pétition pour demander
la refonte totale de la CENI et, par conséquent, le remplacement de Mr Ben
Sékou Sylla par une personnalité de la société civile qui soit plus
consensuelle. Que les Guinéens à l'intérieur et les Guinéens à
l'extérieur se donnent la main pour doter notre pays d'institutions
républicaines solides et pérennes, et nous pourrons sortir la Guinée du
sous-développement en 5 à 10 ans, c'est-à-dire à court ou à moyen terme. Nous
avons les ressources matérielles et humaines pour réaliser une telle
performance. C'est un défi qui est à portée de main et que nous pouvons
relever. Sanaba Coné
Camara Pour
www.guineeactu.com |
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