| Comment Nicolas SARKOZY a –t il perdu ? Comment Nicolas SARKOZY a –t il perdu ? | |
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(Ismael BAH, Membre de l’UMP)
Article publié par le 16 mai 2012 à 7h39
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Comment Nicolas SARKOZY a t il perdu ? Entamé en pleine période de
croissance, mais bouleversé par la triple crise financière, économique et de la
dette, le mandat présidentiel qui s'achève aura connu au moins une constance:
l'inexorable impopularité du président sortant. Elu avec plus de 53% des
suffrages, Nicolas Sarkozy avait pourtant su séduire les Français au cours de
sa campagne éclair, menée en rupture avec sa propre famille chiraquienne et
axée sur la nécessité de réformer le pays. Débutant son mandat avec un beau
capital de 65 à 70% d'opinions positives, le chef de l'Etat a pourtant vu sa
cote de popularité fondre comme neige au soleil, atteignant des records de
discrédit politique. Et contrairement à ce que veulent bien en dire ses
partisans de l'UMP, la crise historique qui a changé la face du quinquennat
n'explique pas tout. L'ÉTAT DE GRÂCE: MAI-AOÛT 2007 Le premier trimestre de la présidence
Sarkozy a pourtant tout d'une lune de miel. Faisant fi des polémiques du début
du quinquennat, du Fouquet's aux vacances du mois de
mai sur le yacht de Vincent Bolloré, l'opinion approuve à une très large
majorité les (nombreuses) initiatives de celui pour lequel s'imposera le
néologisme "d'omniprésident". Si les
élections législatives sont moins favorables que prévu, l'ouverture aux
personnalités venues de la gauche, la place accordée à la diversité dans le
gouvernement et le "paquet fiscal" voté dès l'été, vaste projet de
loi instaurant le bouclier fiscal et la baisse des droits de donation,
rencontrent un écho positif auprès des Français. Symbole de cet état de grâce, la
libération des infirmières bulgares au mois de juillet marque le premier succès
retentissant de la diplomatie française sous l'ère-Sarkozy. Pendant ce temps, l'économie française
se porte bien. Si les banques pressentent déjà les secousses financières à
venir, dont la crise des subprimes qui achèvera de
précipiter le monde dans la récession, le chômage baisse ou se stabilise. La promese du "choc de croissance" tient encore.
Quand vient l'heure des congés du mois d'août, Nicolas Sarkozy culmine à 69%
d'opinions positives dans le baromètre Ifop pour Le
JDD que nous avons pris pour base d'analyse*. LE PRÉSIDENT BLING BLING:
SEPTEMBRE 2007-AVRIL 2008 Mais la belle mécanique s'enraye. Dès le
mois de septembre, la cote du chef de l'Etat s'effondre de 8 points. Début de
l'usure du pouvoir? Pas seulement. Car la déflation de popularité de Nicolas
Sarkozy s'étend, voire s'accélère. Après les fêtes de Noël, nouvelle chute de 9
points. Tant et si bien qu'au mois de mai 2008, alors que l'hôte de l'Elysée
fête le premier anniversaire de son élection, le bilan est accablant: Nicolas
Sarkozy a perdu 30 points de popularité en 12 mois. La part des Français
insatisfaits a elle grimpé de 33 points. Que s'est-il passé? Si la donne
économique n'a pas encore véritablement changé, la situation personnelle du
président de la République a pris une tournure de Vaudeville. Les luxueuses
vacances aux Etats-Unis du couple présidentiel au mois d'août ont révélé le drame
intime qui se noue au sommet de l'Etat. A la rentrée, l'orage vire à la
tempête: Cécilia divorce, mais elle est vite remplacée par Carla Bruni. La
séquence people tranche avec la tradition "jupiterienne"
du style présidentiel de De Gaulle et François
Mitterrand. Photos à Disneyland, Noël en Egypte, week-end à Petra, Rolex et
Ray-Ban perturbent jusque dans l'électorat le plus conservateur du président de
la République, devenu "le président Bling Bling". L'épisode du salon de l'Agriculture de
février 2008, au cours duquel Nicolas Sarkozy gratifie un badaud d'un très peu
présidentiel "Casse-toi pov' con",
n'améliore pas l'image de l'hôte de l'Elysée. L'image du chef de l'Etat ne s'en
remettra pas, malgré la batterie de sondages commandée alors par l'Elysée. Politiquement, les choses se gâtent.
La visite d'Etat de Mouhamar Kadhafi en décembre,
dont la tente se dresse fièrement dans les jardins de l'hôtel Marigny, est
perçue comme une humiliation. La première sanction dans les urnes ne tarde pas:
les élections municipales de mars 2008 sont un échec pour la droite qui ne
conserve son bastion marseillais que d'extrême-justesse. PRÉSIDENT DE LA CRISE :
JANVIER-DÉCEMBRE 2008 Sur le plan intérieur comme
international, le président de la République ne chôme pas. Fin 2007, les
chantiers de réforme s'enchaînent, dont l'emblématique Grenelle de
l'Environnement, qui pose les premiers jalons d'une réforme écologique très
ambitieuse. Surtout, la France prend la présidence tournante de l'Union
européenne. Critiqué sur le front domestique, l'activisme et l'omniprésence de
Nicolas Sarkozy en Europe donne en revanche quelques résultats. Relance de la
construction européenne avec le compromis (critiqué) du Traité de Lisbonne,
lancement de l'Union pour la Méditerranée, intervention remarquée dans la crise
russo-géorgienne... Le volontarisme du chef de l'Etat sur la scène européenne
sera récompensé par un score honorable aux européennes de juin 2009, où l'UMP
arrive en tête. L'irruption de la crise financière à
l'automne 2008, avec la faillite de la banque Lehman Brothers lui donne une nouvelle fois l'occasion de
s'illustrer. Abandonnant la doxa libérale sur laquelle il s'est fait élire,
Nicolas Sarkozy pourfend le capitalisme financier, prône une régulation
mondiale au G20 en associant les puissances émergentes, garantie le sauvetage
des banques et l'épargne des Français. Fin 2008, après la présentation d'un
vaste plan de relance de 28 milliards d'euros, sa cote atteint 44% de
satisfaits. Un rebond qui semble durable au moment où le PS s'enlise dans un
congrès de Reims fratricide. LA PRÉSIDENCE DES SCANDALES: AOÛT
2009- JUILLET 2010 S'adaptant à la crise, le style de
Nicolas Sarkozy se représidentialise: fini les
vacances à l'étranger, direction Brégançon. Mais une série de polémiques
entache les efforts du chef de l'Etat pour regagner la confiance des Français.
Eté 2009, une petite phrase à connotation raciste de Brice Hortefeux
ciblant un militant UMP provoque un scandale. Une vague de controverses,
alimentées parfois par une opposition socialiste en pleine reconstruction,
secoue alors le quinquennat. Parmi elles, l'affaire de l'Epad,
dans laquelle Nicolas Sarkozy tente d'imposer son fils, Jean Sarkozy, à la tête
de La Défense, fait fuser les accusations de népotisme et choque jusqu'à
Neuilly-sur-Seine. La cote du président rechute à 36% d'opinions positives au
mois de novembre. Le débat sur l'identité nationale qui
s'ouvre dans la foulée, voulu par Nicolas Sarkozy et piloté par le ministre
Eric Besson, vire à la foire d'empoigne, sur fond de dérapages racistes et
islamophobes. L'affaire Woerth-Bettencourt qui se
profile, sur fond de réforme des retraites, ajoute les soupçons de scandale
politico-financier qui achèvent de déstabiliser l'exécutif. Pour ne rien arranger, la situation
économique se dégrade et le chômage repart en flèche. Conséquence, les Français
infligent un camouflet à la majorité présidentielle lors des régionales de mars
2010. Déjà toute puissante, la gauche réalise un quasi-carton plein et retrouve
des couleurs. En mars 2010, l'impopularité de Nicolas Sarkozy atteint un palier
historique avec 65% d'insatisfaits. En quête d'un rebond, Nicolas Sarkozy
opte pour un sévère virage à droite durant l'été 2010. A l'occasion de son
discours de Grenoble, après deux incidents violents impliquant des gens du
voyage et des délinquants, le chef de l'Etat prône une ligne ultra-sécuritaire,
liant immigration et délinquance et ciblant ouvertement les Roms. Parallèlement, alors que se profile la
crise de la dette, le gouvernement tente d'imposer au forceps au réforme du régime général des retraites, repoussant la
date de départ à 62 ans. Le bras de fer avec les syndicats s'impose comme le
plus grand conflit social du quinquennat. Et s'il ne cessera de défendre cette
réforme, Nicolas Sarkozy en paie le prix dans les sondages. Nouvel effondrement
de la cote du chef de l'Etat: en octobre 2010, seuls 29% des Français se disent
satisfaits de sa présidence, soit moins que son socle électoral au premier tour
de l'élection de 2007. Le taux de mécontents franchit la barre des 70%. Cette impopularité se prolonge et
s'aggrave jusqu'au lendemain des cantonales de mars 2011. Si la majorité
parvient à contenir la poussée de la gauche, l'irruption d'un Front national
revigoré par la présidence de Marine Le Pen fait de l'ombre au chef de l'Etat,
dont certains sondages prédisent une hypothétique élimination dès le premier
tour de l'élection présidentielle de 2012. LA PRÉSIDENCE AUSTÈRE: ÉTÉ
2011-FÉVRIER 2012 Dans la dernière ligne droite de son
quinquennat, Nicolas Sarkozy avait prévu de freiner le rythme des réformes afin
de faire la pédagogie de sa politique et soigner une image qui peine à
s'améliorer. La crise de la dette va l'en empêcher. Se présentant comme
"un capitaine courage" dans la tempête économique et financière qui
continue de secouer l'Europe, Nicolas Sarkozy tire les leçons de son début de
quinquennat raté, et confie la barre à François Fillon, dont la cote de
popularité a mieux résisté à la crise. Alors que le gouvernement durcit le
ton à l'égard des immigrés, quitte à alimenter les soupçons de flirt avec
l'extrême-droite, François Fillon annonce en l'espace de trois mois deux plans
d'austérité visant à réduire drastiquement les déficits de l'Etat. Cherchant à
moins s'exposer, Nicolas Sarkozy emprunte un style quasi-monacal. la grossesse de Carla Bruni est passée sous silence et le
président de la République multiplie les initiatives et déplacements à
l'international afin de mieux se démarquer d'une opposition socialiste en pleine
organisation de ses primaires citoyennes. Si la cote de popularité du chef de
l'Etat se stabilise, elle se maintient néanmoins à un niveau très bas: 34% de
satisfaits. En cause: la promesse de voir le chômage baisser d'ici à la
campagne présidentielle est d'ores et déjà enterrée. Et la crise des déficits
empêche toute perspective de relance. Une situation à laquelle l'entrée en
campagne du candidat-président, en février 2012, ne changera rien ou presque.
Malgré un faible rebond de sa cote de popularité, Nicolas Sarkozy restera dans
l'histoire comme l'un des présidents les plus impopulaires de la Ve République. Ismael BAH, Membre de l'UMP |
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